L’attentat visait l’apport de Bourguiba

L’enquête aurait, peut-être, à bayer un large spectre. D’une part, la police technique inspecte et analyse les traces laissées sur le sol, et de l’autre, les sécuritaires initiés à l’optique anthropologique seraient bien inspirés de relier ces premières données au champ de la bipolarisation sociologique.
Quelle serait donc le groupe à distance impliqué dans l’attentat commis à l’avenue Bourguiba ? Chacun sait fort bien cela.
Deux bataillons luttent l’un contre l’autre pour imposer leur vision. L’un, à option théocratique et chapeauté par Ennahdha, préconise l’institution de la chariaâ et l’autre suit la voie frayée par Bourguiba.
Les théocrates excellent dans l’art de canarder les démocrates, voulait dire BCE de façon maladroite, car les jeux ne sont guère encore faits, comme Sissi, à sa manière guerrière, le dit. Fourvoyé au beau milieu de ce combat sournois, BCE lacha son vieil ami Ghannouchi dès l’instant où il vit l’étau resserré sur lui. Car, selon les avocats du Front, l’ami Ghannouchi paraît envier le sort de Salmane avec Khashoggi en Arabie et le duo Brahmi-Belaïd en Tunisie.
Pourquoi l’avenue Bourguiba et aux abords immédiats de l’immémorial théâtre municipal ? Avec les annuelles journées cinématographiques, adviennent les séances théâtrales ou musicales où la danse pourrait occuper une position royale. Ces démonstrations, jugées immorales par l’internationale frériste, offraient donc l’occasion idéale pour asséner au tourisme un coup fatal.
Hélas, une dame, pas très futée, ne pouvait y arriver à tel point que l’indice boursier n’a guère bronché, du moins les deux premières journées après l’explosion quasi ratée.
Le temps où les kamikazes tuaient plusieurs soldats et gardes nationaux, à la foi, paraît terminé.
Cependant, quand bien même les partisans de Bourguiba parviendraient à inverser le rapport de forces à l’Assemblée, nul ne perçoit, encore, l’issue de la compétition, tant l’internationale khouangiste cède au charme des armes. Ce constat explique, chez BCE, un certain désarroi.
D’une part, il s’agit de rassurer les touristes et les éventuels investisseurs venus d’ailleurs, et de l’autre, chaque nouvelle attaque, même sans graves conséquences, exige l’instauration, à répétition, de l’état d’urgence. Ghannouchi, lui, sait avancer à pas feutrés.
Il me faut la Police et l’Armée qui, disait-il, « sont contre nous », lors de son ultime rencontre avec Abou Iyadh, le fougueux et impatient takfiriste habile à parcourir de multiples pistes. Mais depuis, bien du chemin paraît avoir été parcouru par notre ami Ghnnouchi. Le Front populaire dirigé par mon ancien étudiant proclame la Police et l’Armée, noyautées par les gars d’Ennahdha. Une relation à double sens unirait donc, les traces laissées sur le sol, par l’attentat, au dédale de la bipolarisation sociale. Une formation sociologique des enquêteurs militaires et policiers ajouterait son apport spécifique à l’investigation menée sur les ennemis jurés de l’émancipation, assimilée, par eux, à la dépravation.
Interviewé ce mardi 30 octobre, Dhaou El Akermi, de Gafsa, mi-paysan parcellaire, mi-chauffeur, me dit : « Ijma3et Ennahdha mayhibouch ila3ra wichtih wirdih fi nahj Bourguiba ».
Avec sa marque imprimée sur le front par l’appui du tapis, Dhaou prie.
Même pour les musulmans pratiquants, l’image d’Ennahdha semble s’être beaucoup étiolée depuis Belaïd et Brahmi. Pour Dhaou, le recours au salaire de chauffeur compense, un tant soit peu, le maigre apport de la petite parcelle inapte à nourrir la famille. Ce cas de figure cligne vers le calvaire de l’agriculture et surtout infligé à la paysannerie parcellaire avec ces pluies torrentielles abattues même sur les zones pré-sahariennes du Sud oasien. Les chamailles politiciennes ajoutent leur grain de sel à la colère divine provoquée, sans doute, par la tartufferie des nahdhaouis, au moins en partie. Les barrages remplis à 50% de leur capacité narguent les terroristes et redisent que l’espoir, tout de même, demeure permis.
Aujourd’hui, les nouveaux coalisés promettent monts et merveilles au cas où les théocrates ne remporteraient pas les prochaines élections législatives et présidentielle.
Mais ils pourraient se tromper encore de société, au profit du cheikh Rached Ghannouchi.
Conservatoire d’anciennes codifications, le champ rural encercle et pénètre maintenant, les villes avec le croît démographique des quartiers périphériques.
Rien n’illustre davantage la ruralisation du monde social global que la différenciation linguistique.
Par sa fréquence hégémonique, le « gali ou gotlik » tend à l’emporter sur le « 9ali ou 9otlik » en voie de disparition avec les nommés ouled nanati.
Il suffit d’écouter Taboubi narguer les Marsaouis de Béji, apprécié par le peuple pour sa phonétique typique des appelés « barrania » par lesdits « baldia ». Hay Ettadhamen inquiète la rue du Pacha. L’énoncer n’est pas juger, mais analyser.

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