Transparence dans la vie publique : Quel rôle des médias?

L’Instance Nationale de Lutte contre la Corruption INLUCC et le Syndicat National des Journalistes Tunisiens, SNJT, ont organisé ce mercredi 24 octobre 2018, à Tunis, une journée d’étude sur le thème « Les médias et la transparence dans la vie publique ».
Dans son allocution, le président de l’INLUCC, Chawki Tabib, a affirmé que cet événement qui s’inscrit dans le cadre de la convention de partenariat de l’instance avec le SNJT vient traduire la volonté des deux parties de faire de l’année 2019, l’année de la transparence par excellence. « D’ailleurs le choix n’a pas été fait au hasard sur cette année particulièrement, étant donné qu’elle sera marquée par plus d’un grand événement, telles que les élections parlementaires et présidentielles. » a-t-il expliqué.


Il a dans ce contexte regretté l’état actuel des choses, indiquant qu’à quelques mois des prochaines élections, plusieurs manquements sont toujours à l’ordre du jour. Il a évoqué les soupçons de corruption planant autour du financement de certains partis politiques et médias. D’ailleurs, selon ses dires, ceci explique parfaitement la baisse remarquable du taux de confiance des tunisiens en les politiciens et médias. « On ne peut pas réussir la transition démocratique en l’absence de partis politiques et de médias crédibles. Il est grand temps de garantir un climat propice aux médias pour leur permettre de jouer leur rôle dans les règles de l’art. »a-t-il affirmé.
De son coté, l’INLUCC, en tant que partenaire du SNJT, ne ménagera aucun effort pour soutenir le secteur des médias, et ce, à travers, particulièrement, la mise en place de programmes de soutien aux journalistes telle que les sessions de formation en journalisme d’investigation à l’échelle nationale et régionale.

SNJT: la pauvreté, un milieu favorable à la corruption médiatique
De son coté, le président du SNJT Neji Bghroui a indiqué que la problématique de la transparence dans les médias est systématiquement liée à celle du financement des médias. « Le secteur médiatique est aujourd’hui un système corrompu. On ignore toujours les ressources de financement des médias les plus influents sur la scène. Les acteurs influents dans ce secteur, qui sont-ils ? » s’est-il interrogé. Et d’ajouter: « Certaines chaines de télé, sont toujours opérationnelles, alors qu’elles n’ont aucune ressource de financement déclarée, ni de revenus publicitaires. Qui est derrière ? Les structures des hautes institutions de l’Etat telle que la Banque Centrale de Tunisie, nous interdisent pourtant l’accès à ce type de données, qui pourraient réserver des surprises, sous le prétexte de la protection des données personnelles ».
Selon Neji Bghouri, ce n’est pas uniquement à travers les urnes, qu’on pourrait un jour instaurer la démocratie ou plutôt réussir la transition démocratique. « Les médias, en tant qu’espace public, jouent également un rôle primordial dans la mise en place d’une démocratie naissante. Toutefois, le climat actuel dans le secteur médiatique n’est pas du tout favorable à la tenue des élections. Ce secteur est marqué par la précarité et les dépassements sont innombrables. La pauvreté dont souffre le secteur ne pourrait que garantir un milieu propice à la corruption médiatique. Nous avons constaté une absence totale de volonté politique pour mettre en place un système médiatique propre et sain, en contrepartie, on constate une marginalisation totale des textes de lois et des hautes autorités. A titre d’exemple, la Haute Autorité Indépendante pour la Communication  Audiovisuelle HAICA, s’est vue dans plus d’une occasion, empêchée d’agir contre les dépassements commis par certains médias. » a-t-il expliqué.
Dans ce même ordre d’idées, Nouri Lajmi, président de la HAICA  a mis l’accent sur le rôle primordial qui devrait être joué par les médias dans l’instauration des principes de la transparence et la lutte contre la corruption. « Pour ce faire, les médias doivent, dans un premier temps, donner l’exemple dans le respect des principes et valeurs de la démocratie, de la transparence, et s’engager, ensuite, dans la guerre contre la corruption à travers les outils du journalisme d’investigation pour pouvoir révéler les vérités et mettre à nu les affaires de corruption« .a-t-il affirmé.
Il a dans ce contexte mis l’accent sur l’importance de la transparence en matière de financement des médias tout en appelant les autorités concernées à faciliter l’accès de la HAICA et aux journalistes à ce type de données pour leur faciliter la tâche.

Imed Hazgui: les journalistes ne profitent pas assez de leur droit à l’accès à l’info
De son coté, Imed Hazgui, président de l’Instance d’Accès à l’Information, a affirmé que les journalistes tunisiens ne tirent pas profit, comme il se doit, du cadre juridique complet dont jouit, selon ses dires, la Tunisie. « Les lois liées au droit du citoyen et du journaliste à l’accès à l’information constituent aujourd’hui un cadre juridique complet qui doit être exploité par les journalistes. Or, ces derniers, sont rares à avoir recours à l’instance pour dénoncer une interdiction d’accès à l’info. Ces lois nous donnent l’accès à une importante quantité de données, voire à des mines d’enquêtes d’investigation, toutefois, les journalistes n’en tirent pas profit. Ces données crédibles, officielles, peuvent être utiles pour révéler de grandes vérités sans pour autant être menacé de poursuites judiciaires. En 2018, seulement deux journalistes ont déposé des plaintes auprès de l’instance…  » a-t-il regretté.

FTDJ: la liberté d’expression et le pluralisme médiatique menacés
Intervenant dans le cadre de cette journée d’étude, Mohamed Laroussi Ben Salah, directeur exécutif de la Fédération Tunisienne des Directeurs des Journaux (FTDJ) a évoqué la question de la crise que connaissent actuellement plusieurs médias indiquant que ceci pourrait avoir de mauvaise répercussions sur la liberté d’expression et le pluralisme médiatique. Ce dernier est devenu, selon ses dires, menacé, compte tenu de la fermeture de plusieurs médias, durant la dernière période, à cause des difficultés financières. D’autres journaux et magazines, ont revu à la baisse, leurs nombres de pages, pour alléger les coûts et donc assurer leur pérennité. « C’est un combat réel et quotidien que mènent aujourd’hui les médias pour continuer à exister » a-t-il lancé. Et d’ajouter: « En raison de la suspension des abonnements et retrait des annonces publicitaires pour cause de critique, les journaux peinent aujourd’hui à trouver des ressources de financement. »

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