Quelle solution pour la question des mineurs clandestins maghrébins ?

On ne cesse de parler de ce vrai casse-tête qu’est la question des mineurs maghrébins clandestins, et ce sur la toile de fond de l’épineux problème de la clandestinité adulte en Méditerranée, qui est de plus en plus génératrice de délinquance, et surtout de drames.
Ces derniers jours, la problématique s’est trouvée illustrée de manière fort symbolique des rapports inégalitaires entre l’Europe et le Maghreb par la situation de nombreux mineurs marocains clandestins en Espagne.
Ce qui a entraîné des négociations en haut lieu sur leur rapatriement. Or, au lieu de se concentrer sur le strict plan des effets, n’est-il pas  enfin venu le temps d’évoquer les causes que cela soit du côté du seul gouvernement marocain que de ceux des pays maghrébins dans le cadre, éventuellement de l’UMA ?

Arrière-plan diplomatique
Les autorités marocaines et espagnoles ont entrepris récemment de négocier le rapatriement de près de 7.700 jeunes Marocains mineurs entrés de manière illégale sur le territoire espagnol.
Toutefois, il aurait été légitime, à cette occasion, de se demander si l’Espagne et l’Europe ne se trouvent pas de manière illégale, eux-mêmes, sur le territoire marocain avec cette survivance d’un temps révolu que sont les présides de Ceuta et Melilla. Partant, comment s’opposer efficacement à ce qui ne serait qu’un épiphénomène par rapport à un tel phénomène majeur d’une présence anachronique, vestige d’un temps passé ?
Certes, il ne s’agit pas ici de contester la nature juridique actuelle de ces présides, mais juste de s’interroger sur sa conformité aux intérêts de part et d’autre et qui, sans conteste, sont dans l’interdépendance des intérêts des nationaux du Maroc et des pays d’Europe continentale.
Comme cette dernière est déjà territorialement présente sur le sol marocain, pourquoi serait-ce à sens unique ? Pourquoi ne pas inviter le Maroc à intégrer l’UE dont il est ainsi formellement membre, sans parler de sa dépendance économique, financière et culturelle pour le moins ?
N’est-ce pas rendre justice ainsi au sens visionnaire du regretté Roi Hassan II qui avait déjà soumis une telle adhésion à l’Europe des années soixante comme une fatalité. Avec la mondialisation de nos jours, cette vision n’est que plus évidente.

Arrière-plan social et psychologique
On sait que les enclaves espagnoles sur le territoire du Royaume chérifien sont une porte d’entrée en Europe quasi régulière de clandestins, pas seulement marocains, mais aussi maghrébins et africains.
S’agissant du Royaume Chérifien, on compte actuellement pas moins de 400 enfants marocains présents irrégulièrement à Mellila dont les responsables font souvent état de la passivité des autorités marocaines à répondre à leurs demandes récurrentes de leur rapatriement.
C’est bien que cette question est des plus sensibles, puisque les jeunes, que la partie espagnole veut ramener dans leurs foyers, ont souvent la bénédiction de leurs familles dans leur aventure qui fait vivre ou survivre ces foyers. Ce qui est une réalité qui n’est pas propre au Maroc, se retrouvant quasiment pareil dans tous les pays du Maghreb.
Un tel aspect économique, propre à la réalité du phénomène du côté maghrébin, relève de la situation générale de détresse sociale, et même psychologique, chez la jeunesse maghrébine et dont les autorités ne peuvent se désintéresser.
Ce qui n’occulte aucunement les scrupules du côté européen, en l’occurrence espagnol, pour lequel le phénomène a trait à la dignité humaine du fait de leur législation très stricte au sujet de la protection des mineurs.
Comme le gouvernement Pedro Sanchez s’est montré très attentif à la gestion des aspects délicats de cette question sensible, pourquoi ne pas profiter des négociations actuelles pour situer la question  dans son cadre légitime, celui des rapports inégalitaires entre l’Europe et le Maghreb et de la légitimité du droit à circuler librement pour les ressortissants marocains ?
C’est bien de cela qu’il s’agit au fond : une circulation légale contrariée qui génère fatalement la clandestinité. Comme tout cours d’eau qui ne coule plus, il se transforme en marécage propice aux problèmes de santé, d’hygiène, aux épidémies.
Au lieu de se soucier de la cause du phénomène, l’on se suffit de traiter l’effet sans oser aller au creux des apparences, qui sont fausses à leur surface. On continue ainsi à se focaliser sur le leurre du rêve européen comme étant la motivation des clandestins, appelant à démontrer que c’est un mensonge, ainsi que l’a fait le secrétaire d’État espagnol à l’immigration auprès de son homologue marocain lors de son récent déplacement à Rabat.

Pour un visa biométrique de circulation
La meilleure façon de démontrer la nature de mirage de l’émigration en Europe est bien que les intéressés s’en rendent compte eux-mêmes de visu en leur facilitant les déplacements sous visa biométrique de circulation; ce qui ne changera en rien la pratique actuelle, sauf en la conformant au droit international et aux droits humains.
Il s’agira de la délivrance du visa gratuitement pour tous les Maghrébins pour un an au moins pour des entrées et sorties multiples durant une période maximale de trois mois au-delà de laquelle le renouvellement du visa s’impose, mais se fera de manière automatique. Ce qui empêchera le maintien au-delà des trois mois du séjour légal au risque de perdre le droit au visa.
On réalisera ainsi, comme par un tour de magie, une liberté de circulation humaine encadrée et rationalisée, puisqu’on continuera à prélever les empreintes digitales des demandeurs du visa, ce qui est, faut-il le rappeler, une grave violation de la souveraineté des États maghrébins. Il est à noter, également, que ce type de visa de circulation existe déjà, n’étant utilisé qu’au compte-gouttes et pour des catégories privilégiées.
Voilà ce qui tuera sans nul doute la clandestinité au lieu des solutions bancales actuelles qui ne sont que de l’ordre du cautère sur jambe de bois. On peut comprendre que la lourdeur d’une telle démarche fasse hésiter à sauter le pas; mais cela n’interdit pas d’y préparer le terrain.
D’autant mieux que l’outil adéquat précité existe donc et est parfaitement respectueux des réquisits sécuritaires, venant donner une solution juste et radicale au faux problème de la clandestinité. Car cette dernière n’est que la résultante de la fermeture des frontières et l’incapacité des jeunes, de plus en plus en dessous de l’âge de la majorité, de circuler librement. Or, rien ne saurait sérieusement les retenir de le faire au péril même de leur vie.
Le visa biométrique de circulation est la solution légaliste et éthique pour sortir de la politique actuelle en matière d’Europe qui est inutilement répressive, surtout qu’elle est de plus en plus devenue criminogène.
Il est bien temps de reconnaître publiquement que ce n’est que la frontière fermée qui encourage la clandestinité et amène aussi le clandestin à se maintenir sur le territoire européen; sinon il ne ferait que circuler.  Ce qui pourrait être rappelé de manière concertée par tous les pays maghrébins dans le cadre de l’Union du Maghreb. Il est à noter qu’elle est que préside actuellement un ancien syndicaliste Tunisien, Monsieur Taïeb Baccouche, qui avait appelé, du temps où il était ministre des Affaires étrangères de la Tunisie, à l’ouverture des frontières avec l’Europe.
L’UMA pourrait même axer une possible démarche en ce sens sur la nature immorale du visa actuel puisqu’on fait tout pour encourager la circulation des marchandises et des services tout en continuant à traiter comme moins que rien les humains. Or,ils sont bien les créateurs de ces richesses qui doivent même être à leur profit et non seulement pour celle d’une minorité privilégiée. Conséquemment, c’est bien une question de justice et d’éthique !

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