Pour qui sonnera le glas ?

Un duel épique défraye la chronique médiatique et juridique. Hamma Hammami et Rached Ghannouchi, tous deux, à leur manière, un peu dingues, montent sur le ring. Après les révélations diffusées par le Front populaire, Ennahdha porterait plainte contre les propagateurs de propos dits menteurs. Selon le ministre de l’Intérieur, la chambre noire n’existe pas et par ce démenti préliminaire, le président d’Ennahdha ouvre le score du match spectaculaire.
Mais, hélas, le ministère public annonce une enquête spécifique et, sans vider tout à fait sa valise, Hamma égalise.
Vers quelle issue promise les deux procédures engagées pourraient-elles déboucler ?
Pour tous les Tunisiens aux aguets, le compte à rebours a commencé. Au cas où l’étau finirait par se resserrer autour de Ghannouchi, celui-ci, instruit par son passé, pourrait songer la nuit, à un second exil doré. Mais au cas où sa contre-attaque réussit, Hamma Hammami renouerait avec son expérience du pur et dur longtemps incarcéré.
Pour ces deux larrons, la rétrospective inspire la prospective, car ils sont fort loin de chercher à marcher la main dans la main.
Mais comme il faut bien une Qaïda, en guise de base arrière, notre ami Ghannouchi court, dare-dare, au palais où BCE l’avait pourtant snobé. Mais le vieux politicien blasé inscrit, par pertes et profits, le dédain affiché par son ami. Hamma, lui, fier, ne quémande l’appui d’aucune vipère. Il espère une justice apte à élucider, pour la première fois, deux notoires crimes d’Etat.
Cela ferait rougir le honte et pâlir de jalousie la justice des Etats-Unis, incapable, jusqu’ici, à coffrer les commanditaires de la fusillade focalisée, d’abord, sur Kennedy, puis réorientée vers Lee Oswald emprisonné, ce témoin à liquider. Avec les hauteurs de l’Etats, on ne badine pas.
Partisans de l’Etat civil et de la sécularisation, à vous de choisir. Ou bien le consensus, ou alors la réislamisation à coups de bâton avec nos enfants sur la montagne et les gardiens de la Révolution, membres virils de la société civile. Au terme de l’investigation que voilà, pour qui sonnera le glas ?
Qui vivra verra !
Ghannouchi a déjà perdu son procès intenté au mathématicien Salah Horchani, le cousin de mon épouse. Je suis donc bel et bien renseigné. Mais pourquoi Ghannouchi, aux airs de grand seigneur, adore-t-il à ce point, jouer le rôle du plaideur ? La réponse à la question pointe vers une autre interrogation. Pourquoi tant de citoyens lui en veulent et l’installent, sans cesse, au pavillon de mille et une accusations ?
J’espère, pour lui, le sang froid requis par le surplomb de la dépression. Antichambre de l’itinéraire suicidaire, celle-ci ravage le pays.
J’en parle en connaissance de cause puisque le désarroi et la colère viennent d’emporter un ami très cher, Mohamad Jarraya, docteur en médecine dentaire. J’avais commis un article dithyrambique sur lui dans cette revue et il vient de mettre fin à sa vie.
Mais revenons à nos moutons, après ces deux lignes venues au fil de la plume. Par qui, donc, sonnera le glas ? Le feuilleton à rebonds soulève, déjà, les vents de la passion. L’amphithéâtre d’El Jem rappelle à quel point le combat de nos ancêtres gladiateurs mobilise les spectateurs.
Que demande le peuple ?
Surtout d’éternels bagarreurs. Pour Hamma et Ghannouchi, entrés dans l’arène, la justice pointera le pouce vers le ciel, ou la terre, au lieu et place de l’empereur. A l’Ouest, rien de nouveau Baudelaire, lui aussi, le dit à sa manière : « Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte ! / Nous voulons, tant ce feu, nous brûle le cerveau,/ Plonger au fon du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? / Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau ! ».
Les ténors d’Ennahdha reprochent à ceux du Front populaire de focaliser l’attention sur le passé au lieu d’orienter les efforts vers les graves problèmes de l’actualité !
Cette esquive les rend suspects, car ils donnent l’impression de vouloir enterrer le dossier. Pourquoi donc ce faux-fuyant s’ils n’avaient rien à se reprocher ? C’est la poule qui chante qui pond l’œuf, enseigne l’adage légué par les sages. A l’opposé de la drôle d’idée, rien n’empêche de laisser la justice découvrir les assassins et de concentrer les efforts collectifs sur les procédés aptes à desserrer l’emprise de la crise. De même, rien n’empêche les membres du gouvernement de travailler correctement et de se présenter aux élections.

L’impossibilité supputée lève un coin du voile sur les magouilles d’Ennahdha et de son plan cousu de fil blanc.
Maintenant l’étau resserré sur Salmane, interpelé par Erdogan, paraît annoncer le temps des caméras où le panoptique mondial rend les cadavres et les kidnappés plus malaisés à cacher. Un opposant vivant dérange le sommet de l’autorité. Mais une fois liquidé par les tenants du pouvoir, il peut, à son tour, par un effet en retour, secouer l’assise du surpris en flagrant délit. En outre, pour un journaliste introuvable, combien de yéménites mordent le sable ? Pour la Tunisie, maillon faible du Maghreb, est-ce le moment d’organiser des exercices militaires conjoints avec l’Arabie ?                                        

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