Tentation populiste

Dans un pays malade de sa classe politique, de son élite et des organisations de sa société civile, la tentation populiste a la peau dure et reste plus que jamais vivace. Chacun se met,  à sa manière et selon un agenda propre à lui, à cultiver un discours démagogique qui nous plombe et ne nous avance à rien. Dans la situation actuelle, complexe et confuse,  que vit le pays sur les plans politique, économique et social, on continue à s’ingénier à nous nourrir d’illusions, de faux rêves et de discours décalés, plutôt qu’à proposer des alternatives sérieuses, mobiliser à l’impératif de travailler ou consentir des sacrifices pour sauver un pays à la dérive.
Si on a pris l’habitude, depuis 2011, des dérives incontrôlées de l’UGTT qui cherche à tout prix à imposer sa loi et ses choix à tout le pays et maintenant à réclamer la tête du Chef du gouvernement et de son équipe,  dans un contexte d’affaiblissement extrême de l’Etat, à bloquer tout élan réformateur,  devenant un obstacle empêchant la Tunisie d’avancer, ce qui étonne, c’est le versement ces derniers temps du gouvernement Chahed dans ce jeu dangereux. Se trouvant aux abois, faisant face à un tir groupé de l’UGTT et de Nidaa Tounes, Youssef  Chahed a cru bon contre-attaquer afin de gagner des appuis qui lui manquent cruellement, et de la sympathie, non en tirant la sonnette d’alarme et en mettant les Tunisiens devant leurs responsabilités, mais  en versant dans une sorte de  populisme dangereux. Le gouvernement qui s’est senti pris pour cible, a réagi dans le désordre et, surtout, dans l’improvisation,  oubliant que  « le populisme est le plus dangereux des narcotiques, le plus puissant des opiums pour endormir et anéantir l’intelligence, la culture, la patience et l’effort conceptuel. »
Décrié par de nombreuses parties pour son échec dans la gestion des affaires du pays,  pour l’incapacité de son équipe à maîtriser ses dossiers et pour son immobilisme, le gouvernement d’union nationale est subitement sorti de sa longue léthargie.
Alors qu’on croyait que ses jours étaient comptés, on est surpris par la multiplication des annonces de tout genre à l’effet de brouiller davantage les cartes et de faire valoir sa légitimité et particulièrement  la qualité de ses réalisations.
Alors qu’on n’a eu de cesse de lui reprocher son inaction, son incapacité à gérer les crises, à répondre aux attentes des jeunes et des régions  et à initier des réformes, voilà qu’il commence à vouloir donner l’impression qu’il agit, entreprend et  réalise. Tous les sujets et  dossiers sont bons pour qu’il poursuive une offensive dont l’ambition est de changer l’image négative qui lui colle à la peau et de gagner en crédibilité.
A l’heure de la proclamation des résultats des examens nationaux  et de la préparation de l’opération d’orientation dans les institutions universitaires, le gouvernement n’a pas laissé l’occasion passer, multipliant l’annonce de mesures populaires au profit des étudiants issus de familles nécessiteuses ou venant de régions défavorisées.
Du coup, on s’aperçoit que l’égalité des chances dans les examens nationaux est un faux argument et qu’il faut aujourd’hui notamment, introduire une petite dose de discrimination positive dont profiteront les nouveaux bacheliers des régions défavorisées dans leur inscription dans les filières dites nobles.
Idem en matière  d’octroi des bourses à cette  même catégorie qui aura droit presque à un présalaire. Le Rubicon a été encore franchi par l’annonce de  l’octroi à 35 mille familles supplémentaires d’indemnités pour  familles nécessiteuses.
Le paradoxe dans tout cela est  que le gouvernement  qui peine à servir les salaires et les pensions de retraite, s’engage dans des dépenses supplémentaires qui ne peuvent pas être considérées comme des promesses électorales.
Comment va-t-il financer toutes ces mesures au moment où les caisses sont presque vides et que le pays est astreint à l’austérité par les institutions de Bretton Woods pour pouvoir postuler chaque trimestre à un peu d’oxygène ou plutôt de ressources qu’il ne peut plus mobiliser sur le marché monétaire ? C’est là toute la question.

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