« Nidaa Tounes » est-il encore réformable ?

Nidaa  Tounes est-il  encore réformable ? Dans la crise actuelle qui est en train de l’éclabousser et de diviser encore ses rangs,  est-il possible d’espérer qu’il arrive à  recoller ses morceaux  et à retrouver sa cohésion et son harmonie perdues ?
Après les raclées qu’il a subies,  coup sur coup,  le 6 mai dernier et récemment lors  des élections des présidents des Conseils municipaux, ce parti dont la gestion et le fonctionnement ont été chaotiques,  pourrait-il réorganiser ses rangs, changer de discours et de méthodes d’action en prévision des élections  de 2019 pour éviter le même sort que celui d’autres formations  qui ont  aujourd’hui une existence fantomatique?
Même si son Directeur exécutif et d’autres figures, qui ont préféré le quitter  pour ses   dérapages incontrôlés, commencent à s’agiter et à chercher de nouvelles pistes qui leur permettent de sauver leur face, il semble que ces initiatives risquent de ne pas avoir une quelconque chance d’aboutir à un projet à la fois sérieux  et convaincant. Les tiraillements et les divisions qui ont secoué le parti du président Béji Caïd Essebsi, les errements de ses cadres, leur incohérence et incompétence manifestes, que ce soit à l’ARP ou même dans le gouvernement, sont en quelque sorte la source profonde du blocage que connaît le pays et de  la grave crise politique, économique et sociale qu’il est en train de traverser.
Au moment où il part  en lambeaux,  qu’il fait l’objet d’une instrumentalisation tous azimuts et que ses élus donnent l’impression qu’ils sont disposés  à offrir leurs services au plus offrant, il est curieux de constater que ses cadres, loin de retenir les leçons de leurs échecs répétés, font plutôt montre d’une arrogance suspecte.
Plus les divisions s’amplifient, les désaccords s’accentuent et  le discours manque de cohérence, plus les cadres du parti paraissent gagnés par une sorte de cécité qui les empêche de se remettre en question, d’où  leur fuite en avant et leurs  faux-semblants qu’ils ont encore suffisamment de poids qui leur permet d’influencer la vie politique et de changer l’ordre des choses.
Le Directeur exécutif de ce parti et la poussière d’individus qui obéissent à  ses ordres,  notamment parmi son groupe parlementaire, tout en poursuivant leur guerre fratricide contre Youssef Chahed, se montrent prêts à toutes les compromissions, à toutes les alliances contre-nature, non pour désamorcer une crise politique grave, mais pour assouvir leur soif de revanche, de vindicte. Dès lors, on est en droit de se demander si ce parti qui a suscité de grands  espoirs en 2014 chez toutes les familles démocrates et modernistes, est  encore en mesure de présenter des solutions, alors qu’il est en fait le grand problème à l’origine de toutes les discordances que le pays est en train de subir.
Ce  parti refuge,  auquel de nombreux  Tunisiens ont donné confiance parce qu’il se situe aux antipodes de ce que propose Ennahdha  en 2014, pourrait-il encore une fois jouer la même carte en 2019, alors qu’il a trahi la confiance de ses électeurs, a failli à toutes les promesses qui sont à l’origine de sa  retentissante victoire électorale tout en offrant des services inestimables au mouvement Ennahdha, qui est en train d’étendre ses tentacules partout et de redevenir une force politique qui risque de dominer  pour une longue période la vie politique dans le pays ?
Après l’échec retentissant aux Municipales,  ce parti  cherche à jouer de nouvelles cartes qui risquent d’être perdantes,  en continuant  d’agir comme si les Tunisiens avaient perdu leur mémoire et  que ce même parti n’assumait aucune responsabilité dans la crise que vit le pays.
Le  retour de  Ridha Belhadj, Mohsen  Marzouk et d’autres  figures,  qui l’ont fui,   sur la scène politique, les propositions qu’ils sont en train de formuler, notamment la formation d’une alliance moderniste afin de barrer la route devant le mouvement Ennahdha, donnent la pleine mesure sur l’extrême légèreté de ces acteurs qui essayent  de tromper les Tunisiens. Dans la guerre de tous contre tous des acteurs politiques, peut-on croire que ces dirigeants  soient uniquement animés par une volonté  de monter un nouveau projet mobilisateur, de concevoir un autre projet   de société, de développer un autre discours, non de régler de vieux comptes  et de combler par  opportunisme le vide politique actuel ?
Quel crédit pourrait avoir leur initiative,  qui consiste à faire table rase d’un  passé récent tumultueux, aux yeux d’un corps électoral qui semble avoir perdu pour longtemps toute confiance dans sa classe politique ? Dans tous les cas de figure, en voulant  jouer de nouvelles cartes, ils oublient qu’ils sont handicapés à la base et  que ce qui leur manque le plus, c’est la confiance des Tunisiens. 

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