Tunisie : il faut sauver le soldat croissance !

Les négociations avec le FMI au moment des crises économiques sont importantes du fait de leur impact non seulement économique et financier mais aussi politique. Les exigences et les réformes demandées par l’institution de Bretton Woods sont généralement assez élevées dans la mesure où elle souhaite, à travers un traitement de choc, rétablir rapidement les grands équilibres macroéconomiques et sans accorder parfois l’importance qu’il faut aux équilibres sociaux et aux aspects structurels. Les négociations sont souvent difficiles et complexes et les gouvernements cherchent à préserver cet équilibre précaire entre les mesures à prendre pour le rétablissement des grands équilibres d’un côté et les impératifs politiques et sociaux de l’autre.
Les négociations avec le Fonds sont essentielles pour les pays car elles conditionnent non seulement son appui, mais surtout celui des autres institutions financières multilatérales et des investisseurs sur les marchés internationaux. Les institutions multilatérales mettent l’accent dans leur appui aux pays qui sont sous programme avec le Fonds, sur la nécessité de parvenir à un accord avec l’institution de Bretton Woods. Par ailleurs, les investisseurs internationaux accordent une grande importance à un accord avec le FMI et considèrent qu’il constitue une garantie qui réduit les risques liés à leurs investissements dans les pays.
Les négociations de notre pays avec le FMI ne diffèrent pas de celles des pays qui connaissent les mêmes difficultés même si l’on a demandé avec d’autres pays du « printemps arabe » de nous accorder un traitement spécifique du fait des difficultés qu’éprouvent les pays en transition à réunir les consensus nécessaires à la mise en place de réformes majeures. Du coup, les revues du FMI deviennent un grand motif de préoccupation pour les pouvoirs publics non seulement économique et financier mais aussi politique. Et la dernière visite pour la troisième revue du Fonds n’a pas échappé à cette règle et elle est devenue l’enjeu de surenchères particulièrement dans un contexte d’incertitude sur l’avenir du gouvernement.
Le communiqué de presse publié comme à l’accoutumée, est on ne peut plus clair sur l’analyse du Fonds de la situation économique mais aussi les défis de l’économie tunisienne ainsi que les mesures/conditions à mettre en place afin de boucler cette revue et permettre au Conseil d’administration de voter l’octroi de la troisième tranche du prêt du Fonds dans le cadre du Mécanisme élargi de Crédit. De ce communiqué, il faut retenir deux éléments importants : la méthode et le contenu. Au niveau de la méthode, le FMI le précise de manière on ne peut plus claire. Fini les atermoiements et les hésitations, ce qu’il veut aujourd’hui, ce sont des actions décisives et déterminées. A bon entendeur de retenir la recommandation/condition.
Et au niveau des politiques, le FMI suggère de façon précise les choix à mettre en place dans l’espace de ce court communiqué. Le premier de ces choix concerne la politique monétaire dont l’institution de Bretton Woods suggère le resserrement pour lutter contre l’inflation, au mépris des voix qui s’élèvent pour critiquer la sortie prématurée de l’expansionnisme monétaire à même de tuer dans l’œuf le frémissement de la croissance qui commence à pointer à l’horizon obscurci de notre économie.
La seconde recommandation concerne l’ajustement des prix des produits subventionnés et particulièrement ceux de l’énergie pour faire face à la hausse des prix du carburant sur les marchés internationaux. Cette sortie rapide du système des subventions pourrait renforcer cet effritement de la classe moyenne et remettre en cause l’une des grandes spécificités du modèle social tunisien.
La troisième recommandation est liée aux promesses de réformes annoncées par le gouvernement et jamais réalisées. Pour cette revue, le FMI semble tenir à l’application de la réforme des caisses sociales dont le texte est prêt depuis plusieurs mois et que le gouvernement ne cesse de reporter en attendant le consensus des partenaires sociaux.
Enfin, la question qui tient à cœur à l’institution de Bretton Woods plus que toutes les autres, est celle de la masse salariale dont elle ne cesse de répéter qu’elle est proportionnellement la plus élevée au monde. Le FMI recommande de nouveau de la contenir, ce qui constitue un message clair pour les prochaines négociations salariales entre le gouvernement et l’UGTT.
Le communiqué présente l’essentiel des recommandations de l’institution de Bretton Woods pour notre pays. Il s’agit de mesures marquées par une vision qui met l’accent sur les grands équilibres macroéconomiques, notamment les déficits jumeaux et l’inflation qui constituent l’obsession de l’institution. Ces mesures et cette vision ne semblent pas accorder l’importance nécessaire aux défis structurels qui sont au cœur de la fragilité de la croissance tunisienne. Particulièrement, cette vision à court terme dont l’objectif est de rétablir au plus vite les grands équilibres, pourrait heurter un investissement mis à mal par un environnement des affaires qui laisse à désirer et voir la croissance économique se réduire comme une peau de chagrin.
Plus que jamais, la reprise vigoureuse de l’investissement et de la croissance reste le grand défi de notre économie. L’ensemble de nos efforts doivent s’inscrire dans cette dynamique et particulièrement les choix de politique économique doivent favoriser ce retour de la croissance qui reste le seul garant d’un rétablissement des grands équilibres mais surtout du retour de la confiance. Alors, sauvons ensemble le soldat croissance avant qu’il ne soit emporté par les tumultes du large. n

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