Hausse du taux d’intérêt directeur : « une mesure isolée qui n’atteindra pas les objectifs escomptés », selon Ezzeddine Saïdane

Beaucoup de réactions ont été enregistrées suite à la décision de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), d’augmenter son taux d’intérêt directeur qui passe de 5,75 à 6,75%. L’économiste Ezzeddine Saïdane considère qu’il s’agit d’une mesure isolée qui n’atteindra pas les objectifs escomptés.
Il souligné, dans une déclaration sur Réalités Online ce lundi 18 juin 2018, qu’il s’agit, tout d’abord, d’une tentative de lutter contre l’inflation. « Je dis bien une « tentative », car les dernières augmentations du taux d’intérêts directeurs n’ont pas permis de lutter contre l’inflation », a-t-il précisé.

Baisse vertigineuse de l’épargne nationale
Par la suite, la BCT, poursuit l’économiste, tente à travers la hausse du taux d’intérêt directeur de corriger la situation de l’épargne en Tunisie. Cette dernière est en détresse selon lui. Alors qu’elle représentait 22% du PIB en 2010, désormais, elle est à 8% seulement selon Ezzeddine Saïdane. « Comment allons-nous financer l’investissement et les opérations de sauvetage de l’économie dans ce cas ? De surcroît, nous sommes de plus en plus endettés », a-t-il noté.
D’un autre côté, l’augmentation du taux d’intérêt directeur est une manière de satisfaire les demandes pressantes du Fonds Monétaire International (FMI) selon l’économiste. Ces demandes portent notamment sur le resserrement de la politique monétaire, qui passe, rappelle-t-il, par la hausse du taux d’intérêt directeur. Le FMI appelle aussi à une plus grande souplesse en matière de définition du taux de change du dinar, et ce afin de permettre à la monnaie nationale de se rapprocher de sa valeur réelle.

Une spirale inflationniste
Tous ces objectifs, d’après Ezzeddine Saïdane, risquent de ne pas être concrétisés. « Il nous faut une véritable politique de sauvetage et un plan d’ajustement structurel », a-t-il préconisé. Dans ce cadre, il appelle à réparer la situation économique pour réguler l’inflation, car cette dernière n’est pas uniquement le fruit d’un mécanisme monétaire.
L’inflation risque d’augmenter le coût du financement des investissements, au même titre que le coût de production dans les entreprises. Par conséquent, ces dernières seront contraintes d’augmenter leur prix, ce qui va inévitablement nourrir l’inflation. « C’est la spirale inflationniste où l’inflation se nourrit d’elle-même », a-t-il précisé. Le coût de l’investissement va aussi augmenter en raison du cours du dinar sur le marché des changes, étant donné que les opérateurs économiques vont devoir importer plus cher.

« L’agitation politique empêche d’entreprendre »
Dans ce même contexte, le consommateur tunisien subira lui aussi les conséquences de l’inflation, notamment sur le plan des crédits bancaires qu’il a contracté. De fait, Ezzeddine Saïdane explique que les taux d’intérêt seront revus à la hausse, à l’exception des crédits contractés à taux fixes. « C’est un sacré coût supplémentaire pour le pouvoir d’achat », a assuré l’expert.
Il sera difficile pour les pouvoirs publics d’atteindre les objectifs escomptés par la hausse du taux d’intérêt directeur d’après Ezzeddine Saïda, qui n’a eu de cesse d’insister sur la nécessité d’un plan d’ajustement structurel. Le tout est couronné par l’agitation politique qui empêche d’entreprendre et de réfléchir sur la situation économique. « La conjoncture actuelle est caractérisée par une hémorragie et par l’absence de stratégies visant à sauver le pays », a-t-il encore souligné.

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