Echec du Sommet du G7: Un pas vers la guerre commerciale !

Les pays du G8, devenu G7 depuis l’exclusion de la Russie suite à son invasion de la Crimée en 2014, se sont réunis pendant deux jours à La Malbaie au Canada au son des tambours d’une guerre commerciale qui se préparait suite aux mesures protectionnistes annoncées par le président américain Donald Trump. Les décisions américaines n’étaient une surprise pour personne, tellement le Président américain avait annoncé lors de sa campagne électorale et de son programme « America First » qu’il allait prendre les mesures nécessaires à la défense des entreprises américaines et à la réduction du déficit commercial américain.
Plusieurs chefs d’Etat ont essayé pendant de longs entretiens de dissuader Donald Trump de poursuivre ses promesses électorales. Le Président français Macron a joué un rôle particulièrement important dans ces discussions pour convaincre le Président d’abandonner ses initiatives en matière commerciale et dans le domaine du climat. Mais, ni ces discussions ni les fortes pressions exercées par la communauté internationale n’ont réussi à faire flancher le Président américain et ne l’ont amené à revoir ses positions. Au contraire, il a poursuivi ses discours et surtout ses tweets enflammés, mettant le monde au bord de la crise de nerfs. Pire, il y a quelques semaines, il mettait ses menaces à exécution en imposant une hausse importante des tarifs douaniers vis-à-vis de ses principaux partenaires commerciaux, notamment la Chine, le Canada et les pays de l’Union européenne.
Donald Trump a certainement misé sur l’incapacité de ses partenaires à constituer un front uni face à sa contre-offensive tellement leurs intérêts sont éloignés pour ne pas dire divergents. Or, ce pronostic s’est avéré faux dans la mesure où la plupart des pays ont décidé de réagir de manière forte face aux décisions américaines et d’imposer de fortes hausses des tarifs douaniers sur les exportations américaines. Ainsi, les pays de l’Union européenne et le Canada n’ont pas tremblé face aux menaces et aux décisions américaines et ont répondu de manière vigoureuse.
Restait alors ce qui devait être le sommet de la dernière chance et beaucoup espéraient que la réunion du G7 allait permettre à l’ensemble des dirigeants du Groupe de faire plier Donald Trump lors de leur rencontre des 8 et 9 juin passés et de revenir à de meilleurs sentiments. Les réunions et les discussions n’ont pas été de tout repos et la photo qui a circulé de ce sommet d’un Donald Trump assis les mains croisées et la Chancelière allemande ainsi que les autres dirigeants du G7 autour de lui, est significative de ces difficultés. Mais, en définitive, elles ont abouti à un accord péniblement négocié entre les pays membres. Ce texte, même s’il ne règle pas tous les différends et les problèmes, a été perçu par beaucoup comme un pas important dans la direction de la baisse des tensions et des bruits de botte qui régnaient sur le commerce mondial depuis l’annonce des décisions américaines suivies par les décisions de représailles européennes et canadienne.
Mais, c’était méconnaître Donald Trump et son caractère ombrageux particulièrement lorsqu’il s’agit du commerce international. Il a profité du mot « insultantes » prononcé par le Premier ministre canadien Justin Trudeau pour qualifier les hausses des taxes américaines sur l’acier et l’aluminium pour demander à ses conseillers, à partir de Air force one qui le prenait à Singapour pour rencontrer le Président nord-coréen Kim Jong-un, de retirer la signature américaine du rapport final. Et, comme si ça ne suffisait pas, il en a rajouté en publiant un de ses tweets dont il a le secret, traitant le Premier ministre canadien de personne « malhonnête et faible ». Bonjour l’ambiance !
Mais, ce retrait a laissé apparaître de grandes inquiétudes de la part des membres du G7 ainsi que de la part des grandes institutions internationales de ce qui pourrait être un pas supplémentaire vers une ère de turbulences et de guerres commerciales. Car, parallèlement à l’aluminium et à l’acier, Donald Trump avait réitéré sa menace d’imposer de nouvelles hausses des tarifs douaniers sur les importations américaines de voitures.
Cette décision est encore plus inquiétante pour les partenaires des Etats-Unis dans la mesure où ce secteur est plus important dans les échanges commerciaux que ceux de l’aluminium et l’acier. C’est probablement l’Allemagne qui est la plus visée, car le Président américain n’a jamais cessé de répéter qu’il voyait plus de Mercedes que de voitures américaines à New York. Il faut également mentionner que le secteur automobile représente le quart des exportations allemandes vers les Etats-Unis.
L’échec de ce sommet ouvre une ère nouvelle marquée par une grande incertitude au moins à deux niveaux. Le premier concerne l’avenir de la croissance mondiale déjà fragile que l’économie mondiale a commencé à connaître depuis quelques mois. Or, les premières conséquences de la guerre commerciale qui s’annonce entre les grandes économies mondiales vont peser de tout leur poids sur les premiers signes de la reprise de la croissance mondiale et pourraient la remettre en cause, nous renvoyant ainsi dans les escarcelles de ce que Larry Summers appelait la stagnation séculaire. La seconde incertitude est liée à la gouvernance mondiale et l’effritement du multilatéralisme avec la montée des populismes et la disparition d’après certains du G7 au profit d’un G6 +1. Or, la gravité de la situation actuelle est que la défiance de l’ordre multilatéral vient de la puissance mondiale qui a veillé sur lui depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à savoir les Etats-Unis.
Les turbulences que traverse notre monde vont renforcer la fragilité de l’économie mondiale et assombrir davantage le ciel de l’ordre mondial. Le spectre de ces tumultes ne se limitera pas aux grandes puissances mondiales mais touchera également nos économies et rendra les transitions en cours plus complexes et difficiles.

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