Carthage II, la procédure de la dernière chance pour la Tunisie

Sous l’égide de la Présidence de la République, les signataires de l’Accord de Carthage se sont mis d’accord pour la création d’une commission spéciale chargée d’élaborer une feuille de route économique et sociale pour la période à venir. Cette proposition gagnerait à être soutenue par tous les acteurs politiques et sociaux car il s’agit réellement de la dernière chance d’éviter une banqueroute dont les prémices sont déjà là.
La banqueroute est au seuil de la Tunisie
Les derniers crédits obtenus par l’État tunisien, tout le monde le sait, ont servi au paiement des salaires et, avant les élections de mai, à moins d’un miracle du FMI qui ne croit pratiquement plus en la capacité de ce gouvernement à relancer l’économie, l’État sera probablement incapable d’honorer ses dettes.
Pour tout le monde, il s’agit d’un air suranné qu’on entonne depuis deux ans, « banqueroute de l’État ». En fait, le Fond Monétaire International avait conditionné ses prêts à des réformes que le gouvernement a été incapable de présenter, en outre, le gouvernement s’est auto-mutilé avec une loi de Finances 2018 qui a entraîné des conséquences désastreuses pour les finances publiques qui connaissent déjà un énorme déficit par rapport aux recettes attendues.
La vérité est que le FMI a déjà trop donné à un gouvernement qui a été incapable du minimum. Par sa dernière dégradation de la note souveraine de la Tunisie, Moody’s relève que le gouvernement n’a entamé aucune réforme pour limiter la masse salariale complètement insensée du pays et ce, malgré plusieurs propositions faites par les ex-ministres des Finances et jamais avalisées par le gouvernement. En second lieu, aucune mesure n’a été prise pour limiter le déficit structurel de 2,5 Milliards DT  de la CNSS et de la CNRPS, malgré, ici aussi, de nombreuses propositions jamais suivies d’effet. Même chose pour la dette des entreprises publiques, qui est désormais de 12,5 Milliards DT, garantis par l’État qui traîne la patte sur tous les dossiers alors que les solutions sont, ici aussi très nombreuses, viables et parfaitement réalisables avec un minimum de savoir faire.

Un gouvernement tétanisé
Le flegme du gouvernement sur ces dossiers s’explique d’une seule manière, il pense que le FMI soutiendra tout de même la Tunisie, comme il l’a fait pour d’autres États. Ici, le gouvernement se fait des illusions sur son importance et même sur l’importance de la Tunisie aux yeux des bailleurs de fonds. Il faut savoir que même si la Tunisie mérite, de par son cheminement démocratique, d’être soutenue, ce soutien ne se fera jamais sur des bases branlantes et aucun banquier au monde ne peut continuer à financer un pays qui use des crédits pour payer ses fonctionnaires. Le défaut de paiement aura des conséquences néfastes pour le pays, surtout que sa faiblesse gouvernementale, son instabilité politique et sa fragilité sécuritaire risqueront d’entraîner la ruine de plusieurs secteurs pourtant capables de se relever assez vite si une volonté politique réelle existait.
Le FMI ne peut pas faire les Danaïdes et financer à fond perdu un État tétanisé par l’immobilisme de son gouvernement. Les projets de lois dorment dans les couloirs de l’Assemblée sans que les députés eux mêmes ne le sachent, encore moins le peuple. C’est ainsi que des lois fondamentales pour le relèvement du pays ne sont même pas défendues par le gouvernement lui même qui use, malgré sa jeunesse, d’une communication politique complètement dépassée. D’un autre côté, il faut relever le retour aux pratiques de l’ancien régime comme la mise au pas des journalistes et de tous ceux qui critiquent la marche arrière d’un gouvernement qui a pourtant eu entre ses mains toutes les possibilités de travailler sérieusement. Parallèlement, le gouvernement use de la Justice militaire pour sauvegarder l’illusion d’une lutte contre la corruption qui, dans les faits, est nulle et non avenue.
Pire encore, ce que les Tunisiens ignorent aujourd’hui, c’est que l’État est déjà en cessation de paiement envers nombre de ses fournisseurs. En fait, le pays tient encore debout encore grâce à un secteur privé qui se bat avec l’énergie du désespoir, sauf que ce secteur subi lui aussi l’inconséquence de la gestion de l’État, à commencer par les impayés, mais également par la mauvaise volonté manifeste du gouvernement de laisser travailler les investisseurs, les industriels et bien d’autres opérateurs économiques. Des centaines de solutions ont été présentées au gouvernement sans qu’il daigne seulement les étudier. C’est ainsi que des dizaines de grands projets et de réformes sont en suspend.

Carthage II peut sauver le pays
Ce que la Présidence de la République a proposé, c’est une procédure pour sortir de ce marasme. Les signataires de l’Accord de Carthage se sont mis d’accord pour la création d’une commission spéciale chargée d’élaborer une feuille de route économique et sociale pour la période à venir. Si les rédacteurs de cette feuille de route prennent en compte la vérité économique et financière du pays et proposent, en accord avec les partenaires politiques, économiques et sociaux, un plan de sortie de crise fiable, alors le pays pourrait être sauvé et repartir sur de bonnes bases.
Plusieurs spécialistes planchent en ce moment sur ce plan, il y a même des initiatives de la société civile qui sont en cours.
Si le nouveau plan Carthage II est mis en œuvre, il apportera à la Tunisie une énorme bouffée d’oxygène. Espérons que cette tentative de la dernière chance aboutisse, et surtout, que les politiciens obnubilés par la course au pouvoir laissent faire les spécialistes et comprennent qu’il s’agit ici de choses bien plus sérieuses que leurs gesticulations.

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