Tunisie : Destination touristique  » Low-Cost Haut-de-Gamme « . Pourquoi pas ?

En matière de tourisme, il est possible d’adopter les stratégies les plus ambitieuses en termes d’amélioration de la qualité tout en gardant les pieds sur terre et sans que cela ne bouleverse foncièrement l’ordre traditionnel des choses.
La qualité ne se conjugue pas toujours avec le luxe ostentatoire.
Une offre de luxe n’est crédible que si elle bénéficie d’abord et avant tout d’un environnement général de luxe. Or, la destination Tunisie depuis le début de son aventure touristique ne s’est jamais positionnée dans le haut de gamme …
Et cela pour plusieurs raisons : environnement général peu propice, manque de traditions et d’expériences professionnelles, production hôtelière de masse, packaging TO de masse, bradage, compétitivité par le prix, mauvaise gestion et pratiques déloyales…etc
La conjugaison de tous ces facteurs et d’autres encore qu’on n’ose pas révéler, explique l’état délabré des lieux .
Même les rares hirondelles ou exceptions à cette situation n’atteignent pas une masse critique suffisante pour faire le poids et ne sont pas à l’abri de la déferlante irrésistible qui entraîne tout le monde vers les abysses de la non rentabilité.
Et ce n’est pas un hasard si toutes les tentatives de redresser la tête et d’entrer dans le cercle vertueux de la qualité ont subi la dure réalité de l’inefficacité à tous points de vue.
Combien de ministres armés de bonnes intentions ont dû rendre les tabliers avant d’y comprendre quelque chose ? Combien de ministres, pour ne pas avouer l’échec de leurs tentatives, ont cherché à gagner du temps en commandant de nouvelles études aussi dispendieuses que stériles ?
Même l’approche pragmatique de l’actuelle ministre ne semble pas être en mesure de révolutionner les choses et opérer des transformations de fond du paysage touristique tunisien.
On peut soigner l’apparence de la cerise à mettre sur le gâteau mais on ne doit pas négliger le gâteau.
Et ce gâteau demeure, bon gré malgré, le monolithisme du tourisme balnéaire de masse avec son packaging réducteur de marges et sa saisonnalité marquée.
La diversification de l’offre, seule clé pour l’étalement de la fréquentation touristique, passe nécessairement par les différentes formes de tourisme alternatif (culturel, écologique …etc ). Mais il est exclu de croire qu’on sera en mesure de créer plus de 5000 lits alternatifs valables et de générer des dizaines de milliers d’emplois pour les cinq ans à venir.
En précisant que l’hébergement alternatif devra être accompagné d’une véritable stratégie différenciée et alternative de production, de commercialisation et de communication.
En d’autres termes, la cerise sur le gâteau fera joli, certes, mais ne nourrira pas son homme, comme on dit.
Beaucoup estimeront que je divague et que je joue à l’empêcheur de rêver en rond.
Je leur réponds que le réalisme n’empêche pas de rêver…efficacement.
Ne pouvant transformer radicalement ni le modèle de développement touristique en cours, ni la configuration de l’offre actuelle, ni l’image de la destination, ni l’environnement général et sécuritaire du pays pour les prochaines 5 ou 10 prochaines années, la destination a intérêt à se positionner non pas dans un tourisme haut de gamme qui serait coûteux et peu crédible, mais dans un tourisme « Low-Cost Haut-de-Gamme« , si l’expression est permise .
En d’autres termes, un tourisme compétitif par le prix et par la qualité mais ciblant le « ventre » du marché qui constitue le plus fort potentiel sur tous les continents et essentiellement européens.
La Tunisie n’accueille actuellement que 2 à 3 % seulement des vacanciers méditerranéens dont le nombre, selon l’OMT, est appelé à doubler pour les prochaines 20 années.
Alors, faisons de notre proximité aux marchés européens un atout et du packaging de masse une opportunité.
Faisons de la Tunisie la plage naturelle de l’Europe et de la Russie comme la Floride ou Cuba le sont pour l’Amérique du Nord.  Ouvrons nos cieux pour établir un véritable pont aérien vers tous les aéroports du pays, sans complexes et sans restrictions d’aucune sorte. Simplifions les procédures administratives.
Libérons la circulation des capitaux et des hommes. Capitalisons sur l’énergie innovante de la jeunesse. Faisons de la Tunisie le plus grand Free-Shop extra européen aux portes de l’Europe, du Maghreb et d’Afrique. Agissons au niveau de la fiscalité pour être au moins au niveau de la concurrence. Ouvrons nos entreprises hôtelières et touristiques à l’expertise professionnelle internationale. Développons un tourisme intelligent et durable dans les régions marginalisées en stimulant le potentiel innovateur d’une jeunesse diplômée mais désœuvrée. Formons et réformons nos formateurs. Encourageons l’investissement sous toutes ses formes. Éliminons sans regrets et sans états d’âme les « bras cassés » de là profession hôtelière, source de tous les maux et de tous les bradages.
En un mot, et en attendant que le pays retrouve un équilibre politique, économique et sécuritaire durable, engageons-nous dans une stratégie réaliste qui ferait de la Tunisie une destination touristique « Low Cost Haut-de-Gamme » en choisissant des voies passantes sans perte de temps, sans rupture avec l’acquis et sans logomachie creuse et stérile.
Après le succès fulgurant du transport aérien Low-Cost dont personne au début ne donnait cher de son brillant avenir, soyons les premiers à nous engager dans la même logique et profitons de nos avantages géographiques et climatiques exceptionnels.
Vues sous cet angle, les solutions sont plus que jamais à notre portée.

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19 Jan 2018

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