Le temps des ruptures

Après le temps de la contestation, voici venu le temps des ruptures. Le 16e congrès de l’UTICA  s’est soldé par l’élection d’un nouveau président qui, dès les premiers instants,  a tenu un discours de rupture. Un discours qui le démarque nettement de tous ceux qui l’ont précédé à la tête de l’organisation patronale, souvent considérée comme un vassal du pouvoir en place et dont les dirigeants ont été souvent associés à des serviteurs dociles.
Au niveau politique, et au fur et à mesure que la date des Municipales approche, la même tentation a gagné les leaders de certains partis qui ont préféré rompre leur cordon ombilical avec l’alliance au pouvoir que de risquer de se discréditer par les résultats du scrutin de mai prochain. Ceux qui ont choisi de quitter l’accord de Carthage à mi-parcours, ne gagneront pas en échange. Avec leur stature de partis minoritaires et en perte de vitesse, les alliances qu’ils tentent de nouer risquent de leur apporter une plus grande raclée que le fait de maintenir le statu quo.
Samir Majoul, qui connaît les arcanes de l’UTICA, son fonctionnement et aussi les enjeux économiques du pays, n’a pas sa langue dans sa poche. Ses premières déclarations déclinent une personnalité forte, indépendante, cherchant à éloigner la Centrale patronale du jeu politique et de ses servitudes, source de son affaiblissement et de son incapacité à assumer pleinement le rôle qui lui revient de droit.
Le tout est de savoir s’il parviendra à maintenir le cap de l’indépendance de l’UTICA et à éviter son instrumentalisation à des fins politiques, ou s’il finira, par la force des choses, par  poursuivre le chemin tracé depuis longtemps par ses prédécesseurs.
Manifestement, le nouveau patron des patrons hérite d’une situation difficile avec une économie chancelante, un secteur productif en perte de compétitivité, un environnement des affaires et de l’investissement hostile et une situation sociale explosive. Depuis 2011, sous le poids hégémonique de l’UGTT, les gouvernements successifs ont choisi d’acheter la paix sociale par des augmentations salariales qui ont provoqué l’effet opposé à celui souhaité, pénalisant au passage l’entreprise par une fiscalité de plus en plus lourde et une administration tatillonne et peu efficace.
Au moment où l’UGTT est en train de fourbir ses armes pour engager le pays dans un nouveau round de négociations salariales dont les effets risquent d’être catastrophiques, l’on se demande si la nouvelle équipe issue du 16e congrès sera en mesure de tenir la dragée haute à la Centrale ouvrière ou, à tout le moins, trouver le moyen de contrebalancer sa toute-puissance.
Les jours à venir nous le diront et nous éclaireront sur la capacité de l’UTICA, version 2018,  de s’imposer en tant que force sociale qui a son mot à dire et qui est soucieuse d’améliorer son image, longtemps écornée par son inféodation au pouvoir politique et son incapacité à jouer à fond la carte qui lui permet de monter au créneau et de gagner en crédibilité.
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Dans le domaine politique, les alliances obéissent à une géométrie variable. Les ennemis d’hier deviennent, par on ne sait quel artifice, les amis d’aujourd’hui et les alliés d’aujourd’hui se montrent frileux et prompts à rompre leurs alliances en invoquant souvent des  arguments futiles. Dans ce registre, c’est le double langage qui domine et le fil conducteur qui permet d’expliquer les défections ou les ruptures entre acteurs politiques, est difficile à cerner.
Résultat, par le jeu purement électoraliste, d’acteurs dont l’assise populaire est incertaine et les programmes inexistants, les petits partis cherchent à sortir d’une situation de désespoir à une autre qui risque de les conduire à leur propre disparition. En choisissant de provoquer une crise gouvernementale, de précipiter le départ de l’équipe de Youssef Chahed, ils surestiment leur poids et leur influence dans l’échiquier.
Yassine Brahim, président d’Afek Tounes, qui a déclaré la guerre au gouvernement d’union nationale, en annonçant dans une sorte de précipitation  son départ de l’accord de Carthage, ne semble pas prendre la mesure de sa solitude au sein même de son propre camp. Discrédité, il n’entend pas baisser les armes, ni reconnaître ses erreurs. Les alliances qu’il est en train de sceller avec d’autres partis en prévision des Municipales, peuvent-elles le sauver ?
Mohsen Marzouk  a choisi la même voie tout comme le parti Joumhouri.
Les trois formations se permettent ce qu’elles interdisent aux autres et se démarquent d’une coalition qu’elles qualifient de contre-nature, seulement au moment où elles ont pris la décision de la quitter. Aberrant !

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25 Jan 2018

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