La santé d’abord

Par Maher Ben Ghachem*

Tous domaines confondus, il est bien admis que l’élite médicale tunisienne supporte largement la comparaison avec la médecine au niveau international.
Pour preuve le nombre important d’étrangers qui viennent se faire soigner dans les structures privées en Tunisie.
Tout le monde connaît l’apport de ce secteur dans l’économie du pays et l’aura que cela donne à la Tunisie.
Il y a bien sûr d’autres secteurs où certains entrepreneurs brillent comme celui du marché de « l’intelligence » artificielle et sûrement d’autres…
J’ai attiré l’attention des plus hauts responsables, mais je veux sensibiliser le plus grand nombre de mes concitoyens sur le risque de voir ce secteur ne plus évoluer et même perdre de son brillant…
Je ne parlerai pas du domaine de l’enseignement et de l’état des hôpitaux car tout le monde connaît les problèmes et cela pose un vrai problème pour l’avenir.
Cela fera l’objet d’une autre réflexion.
Je suis inquiet pour l’immédiat :
-devant une pénurie de plusieurs médicaments qui se fait de plus en plus sentir.
-devant la difficulté de plus en plus pressante à avoir les différents implants chirurgicaux.
-et enfin devant l’incapacité de la pharmacie centrale d’honorer ses engagements.
On se retrouve à n’utiliser que ce qui est disponible et souvent il s’agit de produits de deuxième choix. Un exemple récent que je viens de vivre est celui du plâtre chirurgical.
Depuis plus de trente ans une Société tunisienne a développé le savoir faire dans la fabrication de ces fameuses bandes plâtrées (utilisées pour immobiliser certaines fractures).
On était très satisfait et cela avait permis de ne plus en importer.
Voilà que depuis quelques années une autre société s’est implantée à l’intérieur du pays ce qui à priori est bon pour la concurrence….
Malheureusement la qualité de leurs produits laisse à désirer et malgré nos remarques et même avec le temps la situation ne s’est pas améliorée.
Tant pis pour eux, diriez vous. Sauf que la nouvelle société est entrée en concurrence avec la première implantée en remportant des marchés au nom du fameux critère du « moins disant » au détriment du critère qualité -prix….
En période de crise et surtout de difficultés de paiement, le fabricant du meilleur produit a choisi d’arrêter sa production et nous voilà obligés d’utiliser un produit de deuxième choix…
Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres….
Sauvons dans l’imnmédiat la pratique quotidienne de la médecine en veillant à ce que les meilleurs produits soient disponibles.
La centralisation des médicaments au niveau de la Pharmacie Centrale et l’attribution des AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) est un secteur très sensible qui doit être résolu au plus vite.
Ces problèmes existent depuis des décennies et font l’objet d’intérêts financiers énormes.
Si plusieurs domaines nécessitent de grandes réformes et peuvent prendre un peu de temps, celui de la santé n’attend pas si on ne veut pas revenir aux temps où les gens cherchaient à tout prix à se faire soigner à l’étranger.

*Ancien Professeur à la faculté de médecine de Tunis

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22 Déc 2017

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