Economie: bilan 2017 très discutable

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L’année 2017 touche à sa fin et l’heure est maintenant au bilan, comme le veut l’usage.
Six années après la Révolution, avec six gouvernements successifs et neuf ministres des Finances, la situation économique et sociale du pays ne cesse de se dégrader et le plus dur reste à venir. Sans surprise, le bilan n’est pas réjouissant et il va falloir tirer les enseignements et créer le changement, car comme le disait Einstein, « on ne peut résoudre un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré ».
En cause, bien sûr, les perspectives de croissance, qui ne cessent de se dégrader avec un chômage en nette augmentation. Ceci demeure source d’inquiétude dans la mesure où « l’élite politique » se montre toujours impuissante face aux défis et nous ne sommes donc pas à l’abri d’un nouveau ras-le-bol des jeunes Tunisiens.
En effet, la transition politique s’avère difficile et très fragile encore. Parallèlement, l’économie tunisienne se trouve encore sanctionnée par un climat d’incertitude économique et social. Il faut reconnaître que l’accord de Carthage ne s’est fixé aucun objectif clair et s’est limité à des généralités dont la mise en œuvre peut prêter à confusion. Ne disposant pas d’un programme de travail, l’action du gouvernement se résume presque à la recherche de fonds étrangers pour boucler le budget et satisfaire les tensions sociales. Sans vision économique claire, le gouvernement tente de résoudre une équation de plus en plus complexe et à plusieurs inconnues, mais l’exercice est extrêmement difficile.
Dans cette perspective, le choc de confiance n’a toujours pas eu lieu et la méfiance entre gouvernants et gouvernés demeure à un niveau jamais atteint par le passé. Aujourd’hui, il ne suffit plus de décrire la gravité de la situation mais arrêter un plan de redressement d’urgence, communiquer au public son objectif et convaincre la population que les efforts ne seront pas vains. Aujourd’hui, si tout le monde attend et souhaite le changement, il va falloir rassurer, car trop souvent, la peur du risque l’emporte sur les espérances de gain. Si un rééquilibrage de l’économie tunisienne est plus que légitime, paradoxalement, ce rééquilibrage fait peur, car quand on pratique depuis tant d’années la fuite en avant, il est difficile de s’arrêter. Et un rééquilibrage dans un tel contexte est forcément douloureux.
Repartira, repartira pas ? L’économie tunisienne est-elle au bord du gouffre ? Sans doute pas, même si les raisons d’être pessimiste ne manquent pas. Cependant, même si l’inquiétude peut être compréhensible, quelques éléments requis pour un redémarrage sont réunis (tourisme, industrie, etc.). Mais il faut reconnaître que cette reprise économique demeure fragile, d’autant plus que la situation de nos finances publiques est de plus en plus critique, ce qui fait planer des doutes sur les perspectives de 2018 et 2019.
Nous devons en effet observer une grande prudence quant au rythme de la reprise économique. Il n’y a guère de doute que la croissance ne retrouvera pas rapidement ses rythmes antérieurs dans la mesure où les équilibres macroéconomiques ont atteint des limites critiques. L’hypothèse à privilégier semble celle d’une reprise peu vigoureuse accompagnée de plusieurs risques qui pourraient conduire au report de la reprise économique. Ce scénario est considéré par beaucoup comme devant être le type de passage obligé à notre économie vers le rétablissement de ses grands équilibres macroéconomiques. Mais quels que soient ses facteurs déclenchants et la réaction de l’économie aux chocs, cette période sera économiquement et socialement difficile.
Aujourd’hui, il n’est pas inutile de rappeler que les composantes de la demande extérieure et intérieure semblent fortement touchées. Du côté des exportations, et même si nos partenaires commerciaux, essentiellement la zone euro, se rétablissent doucement, les perspectives économiques sont loin d’être au beau fixe. Aujourd’hui, parmi les risques possibles, figure une grave crise budgétaire conjuguée avec une crise de la balance des paiements.
Par ailleurs, la situation de l’investissement privé n’est guère plus encourageante. En effet, côté entreprise, le climat d’incertitude économique freine encore l’investissement. Pire encore, le phénomène de délocalisation prend  de plus en plus de l’ampleur. Du côté de la consommation privée, les mesures entreprises dans la loi de Finances de 2018 devraient en toute logique freiner la consommation. Une chose est sûre, l’année 2018 sera l’une des années les plus difficiles de l’histoire de la Tunisie.
De toute évidence, nous devons tous tirer les leçons et agir en conséquence, car il existe un seuil de tolérance chez les  jeunes insatisfaits avant qu’ils ne lâchent un deuxième « ça suffit » et recommencent à défier ouvertement le gouvernement. Il importe donc de mesurer les risques de tensions auxquels nous restons exposés, les difficultés sociales que cela induit et les obstacles nouveaux auxquels peuvent se heurter les entreprises dans leur activité.

Mohamed Ben Naceur

 

 

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