S’adapter aux mutations climatiques pernicieuses

Certes, les pluies récentes constituent une consolation provisoire pour les pessimistes qui redoutaient le pire, une troisième année consécutive de sécheresse, du jamais vu de mémoire de météorologue. Elles ont quand même permis de préparer les labours, en vue des futures semailles de céréales et surtout d’assurer une récolte exceptionnelle d’olives, qui augure d’exportations record d’huile d’olive. Nos réserves en devises en ont bien besoin.
Cependant, il faudrait se rendre à l’évidence : le spectre des changements climatiques dans le monde et en particulier dans notre pays et de leurs conséquences désastreuses sur notre économie et notre société, ne se résument plus en montagnes de glace qui se détachent de la banquise polaire et dérivent sur les océans. Ils revêtent chez nous, depuis deux ans, des coupures dans la distribution d’eau potable en été et l’affection des volumes d’eau nécessaires à l’irrigation.
Quels sont les constats préliminaires et les signaux avant-coureurs de ce réchauffement climatique catastrophique ?
Le processus de désertification s’accélère, en ce sens que le désert avance vers le Nord au rythme de 50.000 ha chaque année à cause du surpâturage, de l’intensification de l’érosion éolienne, de la surexploitation des nappes alphatières et de la déforestation. Nous n’avons pas de stratégie de lutte contre la désertification sous forme de plantations de rideaux d’arbres, de création de nouveaux périmètres irrigués publics et d’ouvrages de lutte contre l’érosion hydrique.
La capacité de rétention des barrages réservoirs a été réduite de façon sensible à cause de l’envasement et du vieillissement des infrastructures.
Cela augmente les risques d’inondations et la capacité de combler les manques d’eau, certaines années de sécheresse en puisant dans les réserves constituées l’année précédente.
Nous vivons dans un pays soumis depuis vingt ans à une situation de pénurie d’eau absolue (stress hydrique aigu), soit moins de 500 m3 d’eau par an  et par habitant. Etablie à 419 m3 il y a deux ans, elle a encore baissé en 2017 après la sécheresse pour se situer à 376 m3.
Il y a eu en 2016 et 2017 des coupures d’eau potable répétées et quotidiennes en été dans plusieurs régions, outre la fermeture des vannes d’eau pour l’irrigation de certains périmètres publics irrigués.
Il faut dire que le réseau de canalisations d’eau de la SONEDE a beaucoup vieilli, ce qui engendre 30% de fuites, alors que le réseau de canaux d’irrigation dans les périmètres publics accuse 42% de pertes. C’est beaucoup, d’autant plus que la consommation d’eau est en croissance rapide et que la pluviométrie est en baisse sensible.
Nous avons un gros problème de gouvernance de l’eau dans notre pays.
Agriculture et tourisme, gros consommateurs d’eau, risquent de souffrir avec une baisse du produit brut de l’ordre de 30 à 50% au cours des trente prochaines années, outre les perturbations de distribution d’eau potable dans les ménages et les entreprises.
L’inflation galopante des prix de certains légumes suite aux limitations d’eau pour l’irrigation, a porté préjudice au pouvoir d’achat de la population.
En fait, quels sont les défis à relever dans un avenir proche et les enjeux à sauvegarder pour notre pays ? En réalité, ils sont multiples et de grande portée.
D’abord, assurer la disponibilité de l’eau potable pour l’alimentation de la population, mais aussi la sécurité alimentaire. C’est dire qu’il faut veiller sur l’approvisionnement régulier en eau des périmètres publics et même les étendre pour faire face aux besoins de la croissance démographique et aux impératifs de la croissance économique du pays.
La croissance de la production agricole, le développement du tourisme et l’extension urbaine impliquent une inflation de la consommation d’eau, d’où l’impératif de renforcer, de rénover et de moderniser nos infrastructures hydrauliques. De gros investissements sont à réaliser en perspective._
Le pouvoir d’achat de la population, le niveau de l’emploi dans le pays, le prix de l’eau, source de vie indispensable, l’hygiène et la santé publique, risqueraient de pâtir, si la disponibilité et la qualité de l’eau venaient à se raréfier ou à se dégrader dans les années à venir. Comment s’adapter à la sécheresse, survivre et sauvegarder les besoins vitaux de notre existence ?
Comment retarder les impacts négatifs et mieux encore, peut-on renverser la vapeur et faire reculer le désert ? C’est beaucoup dire.
Toujours est-il qu’il y a des mesures énergiques à prendre et des actions durables à mettre en œuvre.
Notre pays s’est engagé dans l’accord de la Cop 21 de Paris en décembre 2016, à contenir le réchauffement climatique à un niveau inférieur à 2°c à l’horizon 2050, grâce à la réduction des émissions de carbone, à la promotion des énergies renouvelables et à la promotion des ressources hydrauliques. Tout cela sur la base de la protection de l’environnement et du développement de l’économie verte.
Une nouvelle stratégie de gestion de nos ressources hydrauliques s’impose à tous les niveaux : mobilisation des ressources, stockage, gestion et distribution des eaux.
Ce qui nous manque cruellement, c’est de concevoir, diffuser et mettre en pratique une véritable culture de la rationalisation de l’eau par toutes les franges de la population et dans toutes les régions du pays.
Les comportements de gaspillage de l’eau sont donc à bannir sous diverses formes et selon différentes méthodes.
Comme laver sa voiture ou nettoyer son logement à grande eau, ne pas récupérer l’eau de pluie sur le toit des immeubles dans un réservoir propre pour l’utiliser, remplir les piscines individuelles, arroser copieusement un terrain de golf et du gazon, irriguer les cultures sous un soleil ardent, polluer les eaux des oueds…

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09 Nov 2017

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