Les combats perdus de Marzouki

A qui  peut profiter la diffusion de témoignages dont de sérieux doutes entourent la sincérité et la neutralité ?  Un ex-président provisoire,   parachuté à Carthage par  la volonté d’Ennahdha  qui croyait en 2011  avoir pris les rênes du pouvoir pour longtemps,  devrait-il,  pour satisfaire son ego,  étaler les dossiers  qui concernent  la sécurité intérieure du pays, ses choix diplomatiques et toutes les tractations dont ce lieu a été l’épicentre, sur la voie publique ?  Un ex-président,  fut-il provisoire,  n’est-il pas tenu par l’obligation   de réserve?
Il semble  que chaque fois que la chaîne Al Jazeera, lui tend le micro,  Moncef  Marzouki oublie curieusement  toutes ces considérations, y compris celles qui ont un lien avec la fonction qu’il a occupé accidentellement, pour régler ses comptes avec tout le monde. Avec les autorités issues d’un processus électoral jugé unanimement démocratique, ses adversaires  politiques y compris l’opposition qui se réclame de la gauche ou socio-démocrate, les médias nationaux  qu’il ne porte pas dans son cœur et même le peuple tunisien, qu’il traite souvent avec mépris.
Dans tous les cas  de figure, les frasques incontrôlées de Marzouki  sont en train de le bousculer dans  un terrain glissant, dans l’erreur. Manifestement, ce n’est pas  en utilisant abusivement cette corde qu’il pourra monter au créneau, gagner en popularité, renforcer son assise et   espérer se retourner un jour à Carthage. En trouvant  un malin plaisir de se confesser devant Al Jazeera, il ne gagne pas en  estime chez  l’opinion publique, ni en  reconnaissance. Pourtant,   il persiste et signe, et chaque épisode fournit la preuve  de sa propension à poursuivre  sa fuite en avant et à proférer des contrevérités, et à porter atteinte aux intérêts du pays,  à ses institutions et à son peuple.
Dans son acceptation de la démocratie et de la gestion des affaires du pays, il n’existe qu’une seule vérité et une  seule condition  qui permettent à la Tunisie de devenir  libre et démocratique.   Cette exigence   ne peut être  satisfaite que   dans le cas où il   se trouve  aux commandes du pays, tout le reste ne relève que de l’insignifiant.
Pour lui, les  figures de l’opposition ne comptent pas, ni  même leur parcours militant,   l’action menée par la société civile n’a pas droit de cité chez lui,  les  médias nationaux  sont à ses yeux corrompus et à la solde de la contre-révolution et le peuple tunisien  ne vaut pas grand-chose,  parce qu’il le voit comme un « adepte de la triche, du mensonge et du vol ».
Dès lors, faut-il  s’étonner  de la vision manichéenne de Moncef Marzouki , qui voit le mal partout, tout en croyant, par ses  manquements répétés  à ses devoirs  envers la Tunisie,  apporter la bonne thérapeutique ?
Son témoignage à son média favori lui vaut,  à chaque épisode du « témoin de son époque », critiques acerbes et ressentiment d’une importante frange des Tunisiens qui sont élucidés sur son dédain de tout ce qui  est contraire à ses convictions et son refus d’accepter l’expression de la volonté populaire. Pour lui, la démocratie ne vaut que si elle le porte au firmament du pouvoir, à contrario, elle devient un processus illusoire, voire contre révolutionnaire.
Pour interpeller les Tunisiens, il ne trouve pas mieux que de semer le doute, d’entretenir la division, d’utiliser à fond  la corde tribale  et régionale et de régler ses comptes avec ses adversaires politiques. Point de place chez lui à un quelconque concours pouvant approfondir un débat public serein,  permettre aux militants de son parti de prendre conscience des défis qui  menacent le pays ou  renforcer   les fondements de la démocratie naissante.
A ce niveau, l’on peut se demander si la brièveté de la période qu’il a passée à Carthage, peut légitimement lui conférer le rôle qu’il veut nous faire croire et l’aura qu’il est en train de trouver chez cette chaine qui ne cesse de  parier sur lui en lui consacrant  jusqu’ici 16 épisodes ? Quelle crédibilité pourra avoir son témoignage ?
Outre  une  gestion  calamiteuse des affaires du pays, notamment de sa diplomatie  au cours de sa présidence éphémère, l’intérêt plus que suspect de la  chaîne Al Jazeera, dont tout le  monde reconnait les partis pris et  l’agenda politique, ne peuvent que desservir Marzouki.
Il est certain, que sa non élection  en 2014 lui est restée en travers la gorge et lui sert constamment d’alibi pour s’en prendre à  ses adversaires politiques, qu’il ne recule pas de les descendre en flammes et même au peuple tunisien, coupable à ses yeux de ne l’avoir pas choisi.
Il suffit de rappeler certaines de ses déclarations pour s’en convaincre. Pour lui, le    choix exprimé par les Tunisiens lors des élections de 2014 a consacré le « retour de l’ancien régime ». Son appréciation des attentats du 11 septembre 2001, provoque un sentiment de colère, n’a-t-il pas affirmé froidement qu’ils «  ont été commis par mes compatriotes, par des Tunisiens qui ont frappé aussi en Tunisie même et ce, à plusieurs reprises ».
L’étalage de dossiers classés secrets devant  un média étranger, n’étonne guère, lui, qui veut forger une raison par le déni systématique et l’affabulation. Quel crédit faut-il accorder aux révélations qu’il a faites au sujet du rôle qu’il a joué lors de l’attaque de l’ambassade américaine le 12 septembre 2012 ?
En affirmant que  les forces de sécurité tunisiennes n’ont rien fait pour protéger l’ambassade,  en arguant que  «Les grands dirigeants ont fermé leurs téléphones, ce qui montre que c’était prévu», il n’a fait que se discréditer. Le même jugement peut être fait sur  ses affirmations sur le  rôle qu’il a joué pour empêcher l’envoi d’éléments de  l›armée américaine» pour protéger l›ambassade.
Outre le  démenti cinglant qui lui a  été infligé  notamment par l’ex ministre de la Défense Zbidi, Marzouki, semble se plaire dans ce jeu qui lui permet de se délecter en nuisant  à son pays et à tous les Tunisiens, feignant d’oublier que le  combat qu’il mène  à travers la chaîne Al Jazeera est  perdu d’avance.

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03 Août 2017

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