Le tourisme a-t-il besoin de l’Open-sky ?

Disons-le ouvertement et de prime abord, l’Open-sky n’est pas un choix, mais une obligation, peut-être perçue comme une contrainte, mais il nous appartient de le transformer en une opportunité à saisir pour impulser la relance de notre activité touristique.
En effet l’Open-sky fait partie intégrante de la poussée irrésistible de la mondialisation de l’économie. “Un choix obligé », certes nous pouvons reporter de x années l’instauration de l’Open-sky en invoquant, vis-à-vis de l’Union européenne, tel ou tel argument, mais nous finirons par accepter, car nous sommes soumis à la loi des institutions internationales telles l’IATA et des groupements économiques régionaux comme l’UE. Ce qui importe, c’est que les mesures d’accompagnement que nous devons exiger en contrepartie garantissent à notre potentiel de transport aérien de continuer d’exister, sinon se développer et favorisent l’expansion de notre tourisme.
Mais déjà c’est quoi l’Open-sky ?
Une dénomination sympathique sinon magique pour désigner tout simplement la déréglementation du transport aérien.
En somme, n’importe quelle compagnie de transport aérien, appartenant à n’importe quelle nationalité peut atterrir et décoller sur tous les aéroports civils tunisiens, débarquer et embarquer des passagers sans accord ni conditions préalables, pourvu que ses avions répondent aux critères de sécurité édictées par l’IATA et en payant les taxes d’atterrissage et de décollage.
Alors qu’actuellement, les compagnies aériennes ont besoin de négocier des accords avec le pays d’accueil avant d’établir des liaisons aériennes régulières.
Les accords bilatéraux entre la Tunisie et les pays partenaires ne permettent aux compagnies des deux pays que des liaisons directes.
La 5e liberté est une étape intermédiaire entre un marché fermé réservé aux relations bilatérales et un Open-sky tous azimuts où les compagnies les plus puissantes écraseraient les compagnies modestes, au détriment de l’intérêt national.
Les compagnies low-cost fréquentent la Tunisie depuis plusieurs années selon des dessertes régulières après avoir négocié des conventions avec les autorités aéroportuaires comme Transavia qui aura 47 vols par semaine cet été au départ ou à l’arrivée en Tunisie.
Easy Jet et TUI-Jet sont venues renforcer la desserte du pays ce été respectivement à partir de Londres et d’Allemagne. Une compagnie espagnole a inauguré la ligne Barcelone-Djerba. On n’attend plus que le géant Ryannair.
La compagnie nationale soutenue par le ministère de tutelle (Transport : aviation civile) a toujours invoqué le préalable de sa propre mise à niveau pour demander le report de l’Open-sky par crainte d’une “concurrence sauvage” de la part des compagnies low-cost mais aussi des grandes compagnies du Golfe qui sont lourdement subventionnées en pétrodollars et qui convoitent le marché tunisien.
En effet, la position stratégique de notre pays pourrait en faire un hub aéroportuaire entre l’Europe, l’Afrique et le Proche-Orient.
De leur côté, hôteliers et voyagistes préconisent, ce qui est vrai, que l’Open-sky pourrait favoriser l’accès du marché tunisien au plus grand nombre des visiteurs en toutes saisons et ce, grâce à des prix abordables en permettant à toutes les compagnies aériennes de faire atterrir leurs avions.
Il n’y aura plus seulement les tour-opérateurs pour mobiliser la clientèle sous forme de package forfaitaire avion-transfert-hôtel. Il y aura également les individuels qui empruntent les vols des compagnies low-cost, après avoir choisi sur Internet un séjour dans un hôtel de leur choix ou procédé à une réservation à travers une agence de voyage tunisienne.
Il faut dire qu’en temps de paix (hors guerre libyenne) 90% des touristes qui viennent en Tunisie empruntent l’avion, ce qui signifie qu’en haute saison, la contrainte pour venir en Tunisie c’est le manque de siège avions.
Il faut dire que les marchés émetteurs de touristes européens connaissent des mutations rapides et profondes, auxquelles nous devons nous adapter.
En effet, il y a de moins en moins de longs séjours de vacances, soit 2 et 3 semaines de suite, une fois par an et de plus en plus de vacanciers qui viennent pour de longs week-ends (3 à 4 jours) 3 et 4 fois par an, du printemps à l’automne. Or, c’est le prix du transport aérien qui constitue la charge la plus lourde. De là est venue l’engouement pour le low-cost qui se base sur la réservation internet et le taux de remplissage élevé des avions pour faire baisser de façon spectaculaire le prix du passage.
Pour que l’Open-sky engendre un impact positif et réel sur le développement du tourisme tunisien, nous devons sortir du concept hôtellerie classique égal tourisme. En effet, l’hôtellerie est bien une composante essentielle du tourisme dans la mesure où un hébergement confortable, respectueux de l’hygiène et de la sécurité est indispensable mais les touristes ont également besoin de maisons d’hôtes, de résidences touristiques, de relais routiers, d’auberges, de petits hôtels de charme, de restaurants, touristiques, de locations de voitures, de manifestations culturelles et artistiques, de souks et boutiques d’artisanat, de musés privés, et surtout de taximen honnêtes et corrects à l’aéroport qui font payer le touriste le juste prix de la course selon le compteur et non imposer un prix imaginaire trois fois plus cher.

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