Y a-t-il une police religieuse en Tunisie ?

Par - 26 Juin 2015

agr

Le chef du district de la police de Monastir a fait une descente  musclée, avant-hier 24 juin, 2015 dans un café situé au centre la ville et a violemment agressé une cliente. Filmée par une camera de surveillance et postée sur facebook, l’information s’est répandue à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux provoquant un tollé général. Certains internautes-indignés- en sont venus à accuser le gouvernement de recourir à une « police religieuse » pour faire la chasse aux non-jeûneurs.
Des descentes de ce genre, il y en a un tas et la polémique ne date pas d’hier. En effet,  depuis le début du mois de ramadan, la police a commencé à traquer les non-jeuneurs et à imposer aux propriétaires des cafés et restaurants la fermeture de leurs restaurants et cafés au cours la journée.
Dans un café-restaurant à Gammarth, les forces de l’ordre ont harcelé les clients sur place leur demandant de présenter leurs papiers. Ils ont également demandé au propriétaire de fermer les portes et évacuer le lieu. Les réactions indignées n’ont pas tardé de fuser de toutes parties..
Le Courant démocrate fut le premier parti politique à fustiger la fermeture des cafés, et ce, à travers un communiqué publié le 23 juin 2015. « Nous condamnons la fermeture des cafés pendant le mois de ramadan par les autorités. C’est une atteinte à la liberté de conscience la liberté individuelle des citoyens garanties par la constitution » peut-on lire dans le communiqué.
« J’étais la première à condamner ces pratiques. J’ai sollicité le ministre de l’intérieur sur le champ suite à la descente de Gammarth. Et c’est par esprit citoyen que je l’ai fait et non pas par esprit partisan. Car je n’accepterais jamais une telle atteinte à la liberté individuelle» a assuré Bochra Belhaj Hmida, avocate et députée de Nidaa Tounes au sein de l’Assemblée des Représentants du peuple dans une déclaration à Réalités Online.
Excédé par le comportement de ses agents, le ministère de l’intérieur a annoncé  hier après-midi que le chef de district de la police de Monastir ainsi que 4 autres cadres sécuritaires ont été démis de leurs fonctions.

Nidaa Tounes pointé du doigt

« Police religieuse » telle est l’expression utilisée par le dirigeant du Congrès Pour la République (CPR) Tarek Kahlaoui en réagissant à la descente de Monastir.
« Nous sommes face à une police religieuse. C’est même une atteinte à la loi avant d’être une transgression de la constitution. C’est une première en Tunisie, d’autant plus que cela a eu lieu sous la gouvernance  de ceux qui se disent « bourguibiens », a ironisé le dirigeant au sein du CPR.
En fait, tout le long de cette affaire, Nidaa Tounes a été à maintes reprises pointé du doigt. C’est bien leur administration qui a permis que ces descentes et autres fermetures de cafés et restaurants ouverts pendant le mois de ramadan aient lieu. Le parti élu au pouvoir qui n’a pas cessé de vanter le « modèle tunisien moderniste et progressiste » (Anamat el mojtamaîi) durant sa campagne électoral. Son cheval de bataille était « conserver le modèle tunisien authentique que la Troïka a voulu changer ».
La déclaration de Mohamed Ali Aroui, porte-parole du ministère de l’intérieur a mis la poudre au feu.
Selon Aroui ces descentes de contrôle étaient réglementaires du fait que, conformément aux lois et réglementations municipales, seuls les cafés et restaurants situés dans des zones touristiques avaient le droit d’ouvrir durant la journée pendant le mois du ramadan.
« Un ramadan aux relents afghans. Tout cela en moins de 6 mois. Mercis bajboujettes, vraiment», a réagi Kamel Tlilli sur son compte facebook.
Hatem Nafti a rappelé la fameuse phrase prononcée par Béji Caid Essebssi au cours de sa campagne électorale : « BCE : Ne pas voter pour nous équivaut à voter pour Ennahdha »
De sa part, le bloggeur Haythem Mekki a tourné en dérision les informations selon lesquelles, la police parallèle d’Ennahdha serait derrière ces descentes.

Un avis partagé par le caricaturiste Z qui a écrit dans l’un de ses derniers articles « le plus bizarre encore c’est ce perpétuel soupçon selon lequel même sous « Bajbouj » au pouvoir, des cryptos-barbus seraient derrière la fermeture des restos pendant le mois du ramadan ». Le caricaturiste va encore plus loin.  Pour lui ces pratiques ne sont ni le pré carré ni de la troïka ni celui du quartet.
Toujours selon le caricaturiste, le  problème réside dans le premier article de la constitution tunisienne, « ce virus constitutionnel  qui a islamisé le pays depuis Bourguiba ». « C’est tellement gros qu’on ne le voit plus: L’État tunisien est islamiste par son ADN qu’on se le mette bien profond dans la tête » dit-il.
« Le problème n’est pas ramadan. Le problème c’est l’article 1 de la constitution, qui stipule que l’islam est la religion d’État. A cause de ce virus constitutionnel, La Tunisie était déjà islamiste de temps de Bourguiba » finit-il par dire.

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