Néjib Sellami: « L’enseignement est une entreprise publique au bord de la faillite »

Néjib Sellami
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Où en êtes-vous dans les négociations avec le ministère ?

La situation est bloquée et aucune séance de travail n’est programmée. C’est le statu quo et il y a plusieurs points de litige qui ne seront pas résolus de sitôt

Le ministère de l’Education soutient que le blocage est dû aux primes, est-ce le cas ?

Nos revendications sont, certes, d’ordre financier, mais on revendique aussi une réforme globale de l’enseignement. L’éducation s’effondre. Il est néanmoins vrai que les enseignants tiennent à une amélioration financière.

Dans ce cas, pourquoi n’avez-vous pas laissé de côté les primes et discuté des autres revendications telle la réforme pour avancer ?

La situation financière des enseignants ne cesse de se compliquer et ils se sont montrés patients. Notons que le gouvernement n’a justement pas établi dans son programme budgétaire un budget pour l’amélioration de la situation financière des enseignants. La volonté politique d’améliorer la situation générale de l’enseignant est inexistante. Le dossier de l’éduction doit aussi être classé parmi les priorités au même titre que le terrorisme. Il faut aussi rétablir la valeur et le respect de l’enseignant. Cela influera forcément sur le niveau scolaire.

Pouvez-vous nous expliquer la nature des primes exigées hormis celle des examens que le ministère serait déjà disposé à accorder ?

La prime de déplacement qui n’a pas été révisée depuis les années 60, celle de production et une prime pédagogique se rapportant au rendement des enseignants. Nous exigeons aussi une prime de risque. L’enseignant travaille avec de la craie, debout et dans la tension. On répète que les enseignants ne travaillent que 18 heures par semaine et ont droit à beaucoup de vacances. Ces 18 heures nécessitent une présence d’esprit perpétuelle, du contrôle de la surveillance. L’enseignant doit préparer les examens, en dehors de ces 18 heures et un examen peut exiger 10 jours de préparation…

Qu’en est-il des cours particuliers ? N’est-ce pas là une rentrée d’argent ?

Seule une minorité donne des cours particuliers et sa peine est plus grande que les gains. Afin de mettre fin au phénomène, il faudra mettre fin aux raisons l’incitant : cela a un lien avec les salaires et c’est un phénomène social

Donc, les cours particuliers ont plus un rapport avec le salaire qu’avec un niveau scolaire ayant besoin d’être amélioré en dehors des lycées ?

Non, entre autres et c’est justement pour cela qu’on exige une réforme aussi. Des changements doivent être effectués au niveau des programmes, de l’orientation universitaire, des répartitions des élèves entre les classes afin qu’elles ne soient pas encombrées et que les élèves puissent suivre les cours aisément. Il faudra aussi accorder une importance à l’enseignement technique. Quand tout cela sera fait, le ministère peut établir des programmes de soutien au sein des établissements scolaires pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage.

Pourquoi avez-vous critiqué le ministre pour ses déclarations ?

Il a suscité la colère des parents et des élèves à l’encontre des enseignants.

Ces déclarations ont été faites vendredi et samedi, les murs d’un lycée à Kasserine ont été tagués avec des phrases insultant les enseignants. Le ministère souligne qu’il a le soutien des trois pouvoirs, pourquoi alors les dispositions d’augmentation n’ont-elles pas été prises? A moins qu’on le soutienne contre les enseignants.

Vous avez appelé le ministère à changer sa stratégie, quelle serait la stratégie à adopter selon vous ?

Qu’il accepte d’accorder l’augmentation et qu’il entame une réforme globale

Vous pouvez alors avoir droit à une double augmentation avec les négociations sociales que mène l’UGTT avec le gouvernement pour l’augmentation salariale dans le secteur public ?

L’enseignement fait partie de la fonction publique et il est normal d’avoir à la fois une augmentation propre à l’enseignement et celle qui sera accordée dans le secteur public. Cette dernière est une évidence qui nous revient de droit. Il faut savoir qu’aujourd’hui un enseignant touche moins qu’un vigile dans une entreprise bancaire.

Si le gouvernement avait la volonté politique pour améliorer la situation financière des enseignants, il aurait trouvé les fonds. Je cite l’exemple d’une banque publique qui a été au bord de la faillite et à laquelle le gouvernement a trouvé 300 milliards.

Je ne conteste pas la décision, il fallait sauver cette banque, mais on peut très bien trouver des fonds pour les enseignants aussi, car l’enseignement est une entreprise publique et elle est au bord de la faillite.

Quelles seraient vos dispositions si vous n’arrivez pas à un accord avec le ministère ?

Cela dépend de la décision du comité administratif. On a boycotté la semaine bloquée du deuxième trimestre et si le gouvernement ne nous donne pas satisfaction, le comité administratif prendra des dispositions afin de continuer à militer au cours du troisième trimestre. Il se réunit d’ailleurs à la troisième semaine du mois de mars.

Propos recueillis par Hajer Ajroudi

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