Choix du Chef du Gouvernement: Accouchement difficile

 Après de douloureuses  contractions, Nidaa Tounes, parti sorti gagnant des dernières élections législatives, a accouché du nom du chef du Gouvernement. Le choix s’est subitement  porté sur Habib Essid, une personnalité considérée comme  « indépendante et d’expérience ». 

Le choix s’est subitement  porté sur Habib Essid, 65 ans, ministre de l’Intérieur, sous le gouvernement Béji Caied Essebssi. Pourtant, plusieurs noms ont circulé, au cours des dernières semaines. Des noms de Nidaa Tounes et hors de Nidaa. Ces tractations ont mis dans les vapes  les Tunisiens qui  ne savaient plus où donner de la tête, ni à quel saint se vouer.

Le nom d’Habib Essid, tel un joker, n’a été tiré, comme par magie, qu’à la dernière minute.

Un nom qui a été révélé en plein milieu  d’un accouchement difficile, dû  essentiellement aux dissensions  qui ont émergé au grand jour entre les « Nidaîstes ».

La question de la présidence du gouvernement a été,  des jours durant, au centre de toutes les polémiques au sein de la classe politique en Tunisie, notamment Nidaa Tounes. Désaccord sur le choix d’une personnalité indépendante et non partisane  pour la primature et au sujet   de la possibilité pour des députés de devenir ministres dans le prochain gouvernement.

Certains ne voyaient aucun inconvénient, à ce que le parti majoritaire gouverne tout seul et détiendrait ainsi les trois pouvoirs, sans prendre en considération les critiques qui peuvent lui être adressées  y compris celles du Mouvement Ennahdha. Le chef de file de cet axe , n’est autre que M Taieb Baccouch. D’autres, plus proches de Béji Caid Essebsi, ont soutenu l’idée inverse, celle du choix  d’une personnalité indépendante et non partisane. L’objectif est que, d’une part,  Nidaa Tounes ne gouverne pas seul et, de l’autre,  de « faire un clin d’œil  » en direction du  mouvement Ennahdha, qui a constamment plaidé pour un partage des pouvoirs et la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Pour trouver une issue à cette délicate problématique, la direction de Nidaa Tounes, a dû se  retrancher  dans la station balnéaire de Hammamet, le temps d’un week-end pour accorder ses violons et adopter un choix qui met un terme à des désaccords dont la résonnance commence à susciter questionnements et inquiétudes et qui risquent de provoquer des lézardes dans les murs de Nidaa.

A ce titre,  Mohamed Ennaceur, président par intérim du parti et de l’ARP (Assemblée des représentants du peuple),  a reconnu que la nomination d’Habib Essid, a « provoqué des remous au sein de son parti, dont certains responsables auraient préféré que le futur chef du gouvernement soit issu de leurs rangs ».

Satisfaction à Ennahdha

Mohamed Ennaceur a, par ailleurs, justifié le choix porté sur la personne d’Habib Essid, par son expérience et sa compétence  notamment «en matière de sécurité» et en matière économique.

Quoique les « Nidaistes » ne sont pas tous d’accord sur la nomination du chef du Gouvernement, il semblerait qu’en fin de compte, les frondeurs, ont, pour le moment, au moins, respecté la décision de la commission constitutive du parti.

 Par contre, du côté, d’Ennahdha, 2e force politique du pays, aucun véto n’a été émis à l’encontre du nouveau chef du gouvernement. Bien au contraire, des leaders du Mouvement se sont même félicités de ce choix.

Zied Laadhari, porte-parole d’Ennahdha,  a affirmé, sans ambages,  que son parti est prêt à collaborer avec le nouveau chef du gouvernement Habib Essid. Néanmoins, il a quand même indiqué, que la position du parti, par rapport au gouvernement, dépendra de sa composition, mais aussi de son programme et de sa feuille de route.

La nomination d’Habib Essid, lundi 5 janvier 2015,  vient mettre fin à toute les spéculations et les tractations qui ont accompagné ce processus. Mais, le feuilleton n’est pas pour autant terminé. s’il est vrai que la 2e force politique du pays, et les partenaires de Nidaa Tounes, en l’occurrence Afek Tounes, l’UPL et el Moubadra, sont d’accord sur la personne du Chef du gouvernement, il n’en demeure pas moins, qu’’une  controverse a éclaté au sujet de cette nomination.

il est admis que  le nouveau Chef du Gouvernement a de l’expérience et de la compétence. C’est un homme qui connait bien l’Administration tunisienne, et surtout les questions économiques et sécuritaires. Sa carrière professionnelle a démarré dans l’Administration, où, il était chargé des études d’irrigation agricole au sein de la Direction générale du génie rural (1975 à 1980). Depuis, il a évolué dans plusieurs postes de responsabilités dont  celles de  chef de cabinet auprès du ministre de l’Agriculture et par la suite, auprès du ministre de l’Intérieur, sous le régime déchu….  Après la Révolution, il a bénéficié de la confiance de Béji Caied Essebssi, qui le désigna, ministre de l’Intérieur succédant à Farhat Rajhi. En quittant ce poste, Habib Essid est resté dans les coulisses du  gouvernement de la Troïka, où, il a été nommé conseiller auprès de Hamadi Jebali, chargé des Affaires sécuritaires.  Autant de postes occupés dans les gouvernements d’avant et post-révolution, qui font que le personnage soit controversé par certains partis, dont le Front populaire.

Le plus dur est à venir

En effet, Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, a considéré la nomination d’Habib Essid, comme un « premier message négatif, envoyé par NidaaTounes  aux Tunisiens ».

Certains estiment que Habib Essid, ami de Béji Caied Essebssi, homme consensuel, aurait du mal à gérer son gouvernement voire même la formation de son équipe. Il serait soumis à des pressions de Nidaa Tounes et de ses partenaires, en l’occurrence Afek et l’UPL.

A ce titre, Hamma Hammami, a indiqué que Nidaa Tounes a, en quelque sorte, fui ses responsabilités et a exprimé une réelle crainte concernant l’hégémonie de l’institution de la présidence de la République. A son sens, il y a un risque que le « vrai » gouvernement serait à Carthage et non à la Kasbah.

Au-delà de toutes ces critiques, rappelons que Nidaa n’a, à aucun moment consulté Le Front populaire en ce qui concerne la nomination du Chef du Gouvernement et que le parti, selon ses dirigeants l’a appris, au même titre que les Tunisiens, via les médias.

Habib Essid est aujourd’hui chargé de former le prochain Gouvernement. Il entamera, selon ses déclarations, les concertations avec les différents partis politiques et la société civile, pour le choix de son équipe. Le plus dur est à venir pour lui. Il aura certes, à s’affirmer face à l’opinion publique, mais, il aura surtout la lourde responsabilité de composer son équipe, de mettre au point une feuille de route, et de guider le gouvernement, dans une phase difficile,  caractérisée par l’urgence des questions sécuritaires, la priorité des priorités du prochain gouvernement, mais aussi des questions économiques et sociales.

Comment Habib Essid choisirait-il son équipe ? Aurait-il les mains libres ? Une fois cette étape achevée, réussira-t-il à s’affirmer face à l’opinion publique ? Pourrait-il prouver son indépendance par rapport à Nidaa Tounes et à la Présidence ?

Autant de questions, que seul l’avenir pourrait apporter à ces zones d’ombre des réponses claires et convaincantes.

 Nada Fatnassi 

 

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