Université de Paris Ouest-Nanterre: Habib Kazdaghli docteur honoris causa

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Par Anne-Marie Montebello

 

 

 

 

Jeudi 11 juin après midi, nous sommes rassemblés à l’entrée de l’amphithéâtre Jean-Marie Koltès où va être décerné à cinq personnes le titre de docteur honoris causa. C’est aussi la clôture d’une série de manifestations qui ont marqué le cinquantenaire de la fondation de l’Université de Paris Ouest – Nanterre – La Défense. La plupart d’entre nous n’ont jamais assisté à ce type de cérémonie. Et pour cause ! Elle est plutôt rare : l’Université de Nanterre en l’occurrence ne l’organise que tous les cinq ans environ. Cette année, deux femmes et trois hommes sont honorés : la sociologue argentine Elizabeth Jelin qui place la question de la citoyenneté et des Droits de l’Homme, la répression politique et les inégalités sociales au centre des ses préoccupations ; l’universitaire étasunienne Angela Davis, célèbre militante des droits civiques et professeure de philosophie ; l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros des Castro que les persécutions de la dictature dans son pays ont amené à quitter la capitale pour s’investir dans l’étude des sociétés indiennes où il a développé une réflexion novatrice ; Daniel Cohn-Bendit qui s’est fait connaître en 1968 à Nanterre avec le mouvement du 22 mars et qui depuis a mené une carrière politique européenne ; et (nous le mentionnons à la fin pour ménager l’effet de surprise mais il n’a pas été présenté en dernier), l’universitaire tunisien Habib Kazdaghli. Sa fille, des amis, tunisiens ou non, et en particulier des membres de la mosaïque tunisienne, sont présents.

Nous ne savons pas très bien pour la plupart en quoi consiste cette distinction même si nous comprenons qu’elle honore des individus d’exception. Comme le rappelle Florence Bellivier, professeur de droit privé, marraine d’Habib Kazdagli pour cette cérémonie, c’est une tradition qui vient du XVIIIe siècle aux Etats unis d’Amérique, et qui est arrivée en France au lendemain de la première guerre mondiale. L’Université de Nanterre l’a introduite en 1979. Son président, Jean-François Balaudé, a évoqué le choix de la communauté enseignante qui, consultée, a abouti à ce résultat : il s’agit de distinguer « des personnalités politiquement engagées en faveur du progrès et des droits humains, faisant de l’émancipation de tous et en particulier des plus fragiles la vocation de toute une vie, tant dans leurs champs de réflexion et leurs activités scientifiques que par leur action publique, ce qui leur confère une aura internationale ». On ne peut mieux parler d’Habib Kazdaghli.

 

École tunisienne : levier d’ouverture et d’ascension sociale

Il va de soi que le doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (la FLAHM, peut-on trouver acronyme plus pertinent ?) n’a pas parlé de lui-même dans ces termes flatteurs. Il a évoqué son origine modeste et a fait l’apologie de la conception tunisienne de l’éducation qui, de la fondation, en 1875, du collège Sadiki, pépinière d’une génération qui mènera son pays à l’indépendance, à l’Université moderne, a été pendant des décennies un puissant levier d’ouverture et d’ascension sociale. C’est en Tunisie qu’il a fait la totalité de ses études et il souligne à ce propos que ce doctorat est le premier diplôme qu’il reçoive à l’étranger. Il rend hommage à son éducation biculturelle : elle lui a permis de goûter aux grands textes littéraires et philosophiques arabes et français. Il n’oublie pas  sa formation d’historien et  sa défense passionnée, en tant que chercheur, de l’histoire des minorités, de ces Grecs, ces Juifs, ces Italiens, ces Maltais… qui ont contribué à la complexité et à l’originalité tunisienne.

Il n’insiste pas sur le procès qui lui a été intenté à partir d’une gifle imaginaire et durant lequel il a reçu le soutien du conseil scientifique de sa faculté et de la communauté universitaire tunisienne. C’est sa marraine pour cette cérémonie, Florence Bellivier, professeure de droit civil, secrétaire générale adjointe de la fédération des ligues des Droits de l’Homme, qui le fait. Un procès contre les libertés académiques qui veulent notamment que l’acte de dispenser et de recevoir l’enseignement se fasse à visage découvert, qui est aussi un procès contre la laïcité et l’éducation, au nom de principes religieux dont il était supposé qu’ils sont partagés par tous. Son collègue et ami Habib Mellakh, autre père tranquille intraitable lorsqu’il s’agit de défendre les libertés académiques, a rendu compte au jour le jour de cette période très difficile dans des messages quasi quotidiens, publiés par la suite sous le titre de Chroniques du Manoubistan (Cérès éditions, 2012), le mot de Manoubistan étant une création des salafistes. Il décrit ce qu’ils voulaient faire de la faculté. Habib n’avait pas attendu ces sinistres événements pour défendre les libertés. Militant du Parti communiste tunisien, lequel a été l’objet de sa thèse universitaire, il s’est battu contre le régime dictatorial qui a dominé la Tunisie pendant des décennies.

Face à l’obscurantisme et au refus du savoir universel, on trouve la Caravane de la Mémoire, réseau pluri-disciplinaire qui depuis 2007 s’intéresse, par le biais de séminaires itinérants, aux ressources patrimoniales. Des chercheurs de nombreux pays se sont associés à cette initiative qui a pour partenaires initiaux le Maroc, l’Algérie, la Tunisie (la FLAH de la Manouba) et le Liban. C’est dans le même esprit de défense de la complexité que, le rappelle Florence Bellivier, Habib Kazdagli se bat pour que le tourisme ne soit pas seulement un tourisme de plage.

 

Doctorat dédié à Chokri Belaid, à Mohamed Brahmi, aux soldats et agents de l’ordre, victimes du terrorisme

On est frappé, durant cette cérémonie, par l’amour que porte Habib Kazdaghli à son pays, objet de ses préoccupations les plus nobles comme les plus ordinaires. Il insiste à plusieurs reprises sur le fait que la distinction qu’il reçoit dépasse sa personne, que c’est son pays que l’on honore, les efforts d’une population dynamique qui a su déjouer, jusque dans les résultats de l’Assemblée constituante, en janvier 2014, la tentative de l’asservir et de l’instrumentaliser au service d’une doxa.

Comment s’étonner qu’il dédie son titre à ses compatriotes, son avocat Chokri Belaid, le député Mohamed Brahmi, les soldats et les agents des forces de l’ordre engagés dans la défense du territoire tunisien, qui ont perdu la vie dans cette bataille pour les libertés.

On se s’étonnera pas non plus qu’il se plaise à voir, dans l’organisation non préméditée de cette cérémonie juste avant les élections tunisiennes du 21 décembre, « un signe de bon augure pour un dénouement heureux de la période de transition avec une l’avènement d’une république civile et démocratique soucieuse de la préservation et du renforcement des libertés fondamentales, des libertés académiques et du projet moderniste tunisien ». Il finit bien sûr son allocution par un hommage au rôle d’avant-garde joué par l’école et par l’Université de la République.

Beaucoup de fierté et d’émotion, et même s’il n’y a pas d’applaudimètre, on peut affirmer, sans risque d’être contredit, que ce sont les paroles du doyen de la faculté de Tunis La Manouba qui ont été la plus applaudies, témoignant de la sympathie que recueillent tant ses efforts que ceux des Tunisiens que ce jour-là il représentait.

Premières Journées nationales de dynamisation de la recherche scientifique

 

Le 15 et 16 décembre 2014, les premières journées nationales de dynamisation de la recherche scientifique ont été organisées à Hammamet par l’agence nationale de la promotion de la recherche scientifique (ANPR) avec le soutien du Projet d’appui au système de recherche-Innovation (PASRI) financé par l’Union européenne à hauteur de 12 millions d’euros.

Cette initiative, dont l’ouverture a été assurée par Monsieur Taoufik Jelassi, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et des technologies de l’information et de la communication et Madame Laura Baeza, Ambassadeure, Chef de Délégation de l’Union européenne en Tunisie a réuni les principaux partenaires socio-économiques et industriels de l’ANPR ainsi que les responsables de structures de recherche, autour d’un thème d’actualité en Tunisie: la dynamisation de la recherche et de l’innovation.

 Lors de son intervention, Madame Laura Baeza, Ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie a insisté sur le fait que «l’académie et l’entrepreneuriat doivent composer une seule entité avec des niveaux de complémentarité au service d’une économie de savoir et de haute valeur ajoutée.». Elle a rappelé le potentiel de la Tunisie dans le domaine scientifique et le soutien apporté par l’Union européenne pour stimuler la recherche et l’innovation tout en confirmant que « l’UE va continuer à travailler avec la Tunisie à travers un dialogue bien établi sur les politiques de la recherche et la mise en œuvre des programmes concrets. ».

Ces journées ont pour but de présenter le paysage de la recherche : état des lieux, le projet de réforme en cours, la coopération internationale notamment avec l’Union européenne. Une attention particulière sera également accordée à la mission de l’ANPR et aux modalités de montage et de gestion des projets.

 

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