Promenade chez les saints

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Par Alix Martin

 

 

 

 

Puisque leurs mausolées sont voisins et qu’entre les deux, il existe un site intéressant, nous sommes allés rendre visite à Sidi Zid et à Sidi Salem El Garci, à une quarantaine de kilomètres au sud de Tunis. En raison de la sécheresse persistante, le ciel était voilé par de la brume de sable, venue du Sahara !

 

Les promenades

Connaissez-vous la petite route qui joint Mornag à Oued Zid et Bouficha ? Elle est merveilleuse. Dès la sortie de Mornag, elle zigzague d’abord entre de très belles propriétés agricoles, sur lesquelles ont été édifiées de magnifiques demeures, à l’ombre du jebel Ressas.

Puis, à partir de la « laverie » : l’usine construite au sud du Ressas, la petite route sinue entre des propriétés plus grandes. Mais les quelques pluies éparses, bien que notablement insuffisantes, ont fait reverdir toute la campagne.

On avance entre des collines souvent boisées et parfois plantées d’oliviers. Souvenez-vous en : au mois d’août, les berges des petits oueds qui bordent la route voient mûrir des quantités de mûres de ronce dont on se gave d’abord et dont, ensuite, on fait des gelées délicieuses et très coûteuses quand elles sont importées. D’après le « Vidal » de la phytothérapie, sa richesse en tanins confère à cette plante, très épineuse, des vertus astringentes et des propriétés antibactériennes.

Au fur et à mesure qu’on avance, la forêt se rapproche de la route. Autrefois, avant qu’elle ne soit refaite et élargie, il en partait de multiples pistes forestières qui menaient à des clairières qui étaient autant de coins à pique-nique. Aujourd’hui, il faut laisser son véhicule sur la route à l’endroit où vous voyez une trouée dans le bois.

Et puis, on longe le pied du Jebel Sidi Zid alors que l’oued a creusé de l’autre côté de la route, une vallée large et profonde. Elle est magnifique, à la belle saison : toute fleurie de lauriers roses.

Ensuite, on sort en plaine, après avoir dépassé le Jebel Sidi Zid. Une grande piste carrossable prend à gauche. Elle mène au mausolée de Sidi Zid et elle est bordée, presque complètement, par les vestiges d’un aqueduc bas. Il menait à un bourg d’époque romaine dont il ne subsiste qu’un vestige inclassable appelé Ksar Soudan : le fort noir. C’est un podium qui recouvre deux étages souterrains : temple ou … on ne sait pas. Au sol, on découvre des débris de colonnes torses en marbre, vert et de nombreux morceaux cylindriques de terre cuite qu’on utilisait, à l’époque, pour faire circuler l’air ou l’eau chaude. Il devait exister ici, un établissement de « bains » recouvert par le bâtiment d’une ferme coloniale, construite selon le plan d’une croix grecque, surmontée d’une coupole peinte en bleu comme celle d’une église orthodoxe.

Enfin, on arrive près du mausolée de Sidi Zid au pied du jebel couvert de thuyas de Berbèrie, d’oliviers sauvages, de lentisques et de bruyères en fleurs.

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Les découvertes

La première est macabre, des sauvages impies ont vandalisé le mausolée. Ils ont même exhumé le saint homme pour voir si sa dépouille ne cachait pas un trésor. Heureusement, les agriculteurs voisins ont réparé, un peu, les dégâts.

De l’autre côté de la route, sur le piémont, on distingue les vestiges d’un bourg berbéro-romain. Le site a été presque entièrement épierré. Il n’en reste que d’énormes contrepoids d’huilerie caractéristiques et de gros seuils de porte.

Puis, il faut s’engager dans le bois touffu. Certains « plis » du terrain font penser aux restes de « banquettes » de culture. Le nombre d’oliviers « sauvages » suggère que leurs ancêtres poussaient sur ces « banquettes » dans l’Antiquité.

Puis, sur une pente raide, aux cailloux glissants, presque à « quatre pattes » sous les branches basses piquantes et entremêlées, on découvre les premiers haouanet, dotés de deux « lits ». Ces tombeaux sont sans doute ceux des habitants du bourg voisin. Alors qu’une bonne douzaine de haouanet s’ouvre, sur l’autre versant, presque dénudé, ceux que nous cherchons sont complètement cachés par la végétation. Cette nécropole est pourtant remarquable par les décors des tombeaux. Ils sont dotés de « lits » dont les, pieds sont taillés dans le roc. Ils sont ornés de « bucrane » et de serpents. La « porte » d’entrée peut-être surmontée d’un « signe de Tanit » ou d’une « face » anthropomorphe. Mais, qu’ils sont difficiles à découvrir !

Nous devons dénoncer les destructions dont la plupart des haouanet ont souffert. Leur importance prouve que les vandales ignares qui les ont pratiquées étaient nombreux et y ont passé un temps certain sans que les autorités locales et nationales n’interviennent pour faire cesser cette atteinte au patrimoine national. L’intérêt du pays ne semble pas avoir été leur préoccupation majeure, les années précédentes. Heureusement, nous avons découvert trois autres haouanet inconnus et intacts.

Tant est si bien que nous renonçons à aller explorer ceux creusés sur l’autre versant, et nous pique-niquons dans un petit bois.

 

Le retour

Une magnifique petite route toute neuve conduit au hameau maraboutique de Sidi Salem El Garci : le fils de celui qui est inhumé près d’Enfidha.

Des dames, qui y habitent, prévenues de notre arrivée, nous attendaient avec des tabouna chaudes. Quel plaisir !

Les demeures construites à flanc de colline, en pente raide, dans un écrin de bois de pins d’Alep, montrent leurs façades immaculées visibles de loin.

Dans une pièce, un catafalque en planches, peintes en vert, masque une grotte : demeure « initiale », du Saint homme. Les pèlerinages sont nombreux et fervents, attestés par le lieu aménagé où on sacrifie les moutons offerts par les pèlerins.

Hélas, ici aussi, on nous montre, en bas du hameau, le mausolée saccagé de Sidi Sanhadji au milieu des tombes blanchies !

Des conversations se nouent. Tous les habitants se disent parents de Sidi Salem ! On nous montre la grotte où vivait Lella Saïda. Cette dame, encore vénérée, y est inhumée. Une dame âgée se révèle être Lella Khadija, la guérisseuse, renommée pour être capable de soigner la jaunisse.

Un bâtiment fermé à la visite s’avère être celui qui abrite le fils de Sidi Salem. On nous dit que « Mecella » (المصلّى), la mine voisine, s’appelle ainsi parce que c’est le lieu où Sidi Ali Azzouz et Sidi Salem, grands amis, ont prié, avant de se séparer : l’un allant vers Zaghouan, l’autre vers Enfidha.

On nous parle encore d’un enclos de pierres où on vénérerait « Sidi Somrane » mais on ne nous y mènera pas, peut-être est-ce un secret qu’ils protègent des « barb … ares destructeurs » ?

Puis, il faut bien se quitter. On se promet qu’on reviendra randonner dans les collines voisines : les Jebel El Mecella, Sidi Salem, Jabbès couverts de pins. Les sous-bois de cistes, de myrtes, de bruyères, de romarins et lentisques embaument et sont en fleurs dès les premiers beaux jours. On y découvre déjà des « boutons d’or », les fleurettes bleu pâle des romarins et de curieuses « nigelles de Damas » aux pétales mauves au lieu d’être blancs et les clochettes mauves des bruyères. Les derniers papillons se trompent de saison et prennent ce soleil automnal tardif pour celui du « renouveau ». On nous a chaudement invité à revenir avec des amis chasseurs car les sangliers, très abondants, font beaucoup de dégâts dans les cultures.

Avec le jebel Ressas en toile de fond, le paysage de collines traversé par la petite route – l’ancienne ! – qui nous ramène, s’humanise peu à peu. Un puis deux douars bordent la route, puis des plantations d’oliviers, ensuite des clôtures, enfin des maisons et une école. Nous sommes revenus, certains éreintés, mais tous très contents d’une promenade curieuse pour le moins.

 

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