Tarek Chérif : Assurer la sécurité et réhabiliter la valeur du travail

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Président d’un groupe industriel et hôtelier et de la centrale patronale citoyenne CONECT, Tarek Chérif est une figure de la société civile qui se refuse de faire de la politique politicienne et de se porter candidat aux législatives. C’est pourquoi son témoignage revêt une importance d’autant plus particulière qu’il s’agit d’un investisseur actif créateur d’emplois et exportateur, fervent partisan du partenariat, de la PME et de la TPE, connu pour son franc-parler et la pertinence de ses propos. Il a accepté de se livrer à propos des mesures prioritaires et urgentes des 100 premiers jours du futur gouvernement.

Sécurité et stabilité

Il y a une priorité absolue. Assurer la sécurité est la première urgence partout sur le territoire tunisien.

Il s’agit de pérenniser la sécurité des personnes et des biens.

Cela entre dans le cadre de la mission du gouvernement que de restaurer l’autorité et la souveraineté de l’État, qui manquent beaucoup actuellement.

Nous devons passer d’une situation provisoire à un statut définitif, de l’instabilité à la stabilité. Le gouvernement doit installer la suprématie de la loi qui doit s’appliquer à tous, partout dans le pays.

C’est le déclic pour la relance de l’économie et l’instauration de la démocratie.

Pour rompre avec l’attentisme, la justice doit être tout à fait indépendante vis-à-vis des pouvoirs exécutif et législatif à la fois.

À partir de là, les investisseurs étrangers aussi bien que tunisiens viendront d’eux-mêmes.

Ce sont des décisions et des mesures qui s’imposent tout de suite. Il n’est pas question de les reporter ni de les retarder.

C’est à ce prix que la confiance sera restaurée chez les acteurs politiques et les partenaires sociaux, ainsi que chez les investisseurs et le peuple tunisien.

Réhabiliter la valeur travail

Le gouvernement doit réhabiliter la valeur travail, car il est absolument nécessaire de remettre tous les Tunisiens au travail. Une règle qui a été occultée depuis près de quatre ans, même les nations riches et prospères travaillent au minimum à plein rendement de 42  à 48 heures par semaine. Alors que dire d’un pays en développement qui tarde à sortir d’une transition qui dure depuis quatre ans avec multiplication des grèves et des sit-in dans tous les secteurs et toutes les régions ? Il ne s’agit pas seulement de présence au travail, de ponctualité et d’assiduité, mais de rendement optimal et de qualité de travail.

 

Libérer les initiatives et les énergies

Nous devons rompre avec les situations de rente. Tous les secteurs d’activité économique doivent être ouverts à la concurrence pour progresser, l’économie de marché a besoin de régulation et donc de concurrence, c’est le consommateur qui arbitre.

Il n’est pas question d’accorder des avantages aux uns ou aux autres, tous les acteurs économiques doivent être traités sur le même pied d’égalité.

Il faut absolument trouver une solution efficace à un problème fondamental, celui du financement de l’entreprise. Actuellement, ce financement fait défaut. Il est en effet nettement insuffisant pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, les vingt-deux banques commerciales manquent de liquidités. Ensuite, il n’y a aucune banque de développement, toutes les banques de développement sont devenues des banques universelles qui accordent surtout des crédits commerciaux contre des hypothèques. Il y a là une erreur stratégique qui doit être corrigée. En France, l’État vient de créer une banque de développement. Nous avons besoin de cellules techniques d’ingénierie financière dans les banques pour épouser l’esprit des investisseurs.

 

Décentralisation et développement régional

Si l’équation relative au maintien du pouvoir central actuel persiste, il est inutile de parler de développement régional. Toutes les décisions relatives au présent et à l’avenir des régions doivent être prises sur place dans les locaux par des responsables régionaux élus par la population, des chefs d’entreprises économiques et des institutions publiques à caractère social et culturel.

Simultanément, l’État doit financer et réaliser des infrastructures de base modernes pour attirer les investisseurs privés.

Nous devons raisonner en termes de régions économiques regroupant plusieurs gouvernorats complémentaires et limitrophes pour favoriser la viabilité des actions et des programmes de développement.

 

Code de l’investissement

Le code de l’investissement doit être revu et adopté de toute urgence pour répondre aux attentes des investisseurs tunisiens et étrangers.

Il doit être réellement attractif et incitatif si nous voulons promouvoir l’investissement dans notre pays, impulser la croissance et créer des emplois durables.

Le code doit aussi donner des garanties, de la visibilité et rassurer les investisseurs quant à leurs droits et devoirs.

La fiscalité doit baisser progressivement sur trois ans et plafonner à 15%.

Toute infraction au devoir fiscal devrait être sanctionnée au pénal.

 

Réformer le système éducatif

Il faut absolument réviser l’ensemble du système éducatif, de la base au sommet.

En effet, la baisse du niveau de l’enseignement a engendré la dévalorisation des diplômes. Le choix des filières vers lesquelles sont orientés les étudiants du supérieur doit être revu en fonction des compétences et des profils demandés par le marché de l’emploi et les attentes des chefs d’entreprises.

Il faut rompre avec certaines pratiques comme le rachat des candidats défaillants à concurrence de 25% des notes annuelles pour restituer à nos diplômes leur valeur.

Cela permettra de réduire le chômage parmi les jeunes diplômés du supérieur et améliorer la compétitivité de nos entreprises.

 

Mettre à niveau la formation professionnelle

Le secteur de la formation professionnelle doit être réhabilité et développé en fonction des besoins de l’économie et de la société tunisiennes.

Il permettra d’absorber une bonne partie des jeunes en rupture avec l’enseignement secondaire long et de doter les corps de métiers de compétences dont nous avons besoin. Il est difficile de trouver aujourd’hui des électriciens, des maçons qualifiés, des frigoristes, des chauffagistes et des techniciens en maintenance dans les secteurs de l’électronique. La mise à niveau des centres de formation s’impose d’urgence.

 

Un gouvernement de grande coalition

Afin d’entamer et de réussir les réformes des structures économiques nous avons besoin d’un gouvernement de forte coalition qui puisse avoir les coudées franches pour prendre des initiatives, adossé à une majorité confortable et stable pendant plusieurs années à la chambre des députés.

À partir de là un programme cohérent de développement du pays doit être conçu et mis en application et une lutte sans merci doit être livrée pour réduire la contrebande et mettre de l’ordre dans l’économie parallèle qui doit être absorbée graduellement par l’économie réelle.

La loi doit être appliquée dans toute sa vigueur, sur trois ans, avec obligation de payer les impôts et, si nécessaire, sanctionner au pénal les infractions et fraudes.  

 

 

Ridha Lahmar

 

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