Sur fond de crise immobilière: Dans la jungle du marché de la location

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Étudiants, jeunes couples, sans parler des autres… Le grand ennui depuis quelques années est désormais le logement. Il est, de plus en plus difficile de trouver un logement dans la capitale. Les prix sont exorbitants, Les exigences et conditions souvent saugrenues et trouver un « toit » à la mesure de ses moyens, souvent modestes, et conforme à ses besoins, relève depuis de nombreuses années du parcours du combattant.

 

On s’improvise hôtel et les prix sont multipliés par 5 !

C’est une nouvelle résidence à l’avenue de la Liberté. « Lafayette » est un quartier qui convient parfaitement à bon nombre de couples qui travaillent … Nous sommes allés à cette résidence pour demander le prix de ce que l’on appelle « s+1 », un salon et une chambre à coucher. La réponse est claire « Je ne loue que pour de courtes durées, la nuit est à 90 dinars. Je peux vous faire un prix si c’est pour 1 semaine. 3 jours minimum » … Un appartement qui vaut dans les 400 dinars par mois est donc loué, souvent pour des étrangers, à 2 700 dinars par mois. Le choix est vite fait. Ne vous étonnez pas si certains propriétaires ne veulent pas de vos 400 dinars, ni même du double ! Ils ont leur business…

Lafayette, l’Aouina, la Soukra, le centre urbain nord, le Lac, le Bardo … Nombreux quartiers vous proposent ces formules.

Des pratiques qui encouragent fortement la hausse des prix des locations à long terme.

 

 

Spéculation et contrebande de l’immobilier

C’est dans le café du coin, dans chaque quartier, qu’on le retrouve. Il est assis devant son « cappucin », un stylo à la main et un journal ouvert sur la page des annonces. Il est toujours accroché à son téléphone et sa table, ce café là, c’est son bureau, son lieu de travail. On le connait tous dans le quartier et si vous demandez à n’importe qui une maison ou appartement à louer, on vous donnera son numéro. C’est le fameux « Samsar ». Quartier chic comme quartier populaire, il est toujours prêt à « sévir »…

Youssef, agent immobilier dans une enseigne internationale, une agence de la place, nous confie « C’est mon vrai concurrent, c’est mon ennemi. Il connaît tout le monde, il a les clés des apparts, les propriétaires et les locataires lui font confiance alors qu’il n’a, ni autorisation, ni patente. On ne connait pas sa vraie identité. Ces mêmes clients, quand ils arrivent dans nos bureaux, ils deviennent méfiants. Ils ont l’impression qu’on va les arnaquer alors que cet inconnu dans la rue qui travaille de manière anarchique gagne toute leur confiance »

Avec la hausse du loyer et les salaires qui ne changent pas beaucoup, peut-on parler d’une bulle immobilière ?

« La bulle immobilière a toujours existé en Tunisie mais dans une certaine mesure. Ce n’est pas du tout une bulle immobilière comparée au cas des États-Unis en 2007 et 2008 ou comme c’est le cas dans certains pays d’Europe. L’immobilier en Tunisie est un marché qui a beaucoup de défaillances. Des défaillances au niveau du cadre juridique et réglementaire, des défaillances au niveau des intervenants .Il y a des gens influents qui interviennent sans être spécialisés ni avoir de parcours dans ce domaine. Des gens qui n’ont pas d’expertise. Il y a donc beaucoup de disparités. Il y a aussi un problème d’ordre cyclique. Les prix dépendent beaucoup de la conjoncture. L’immobilier a toujours été abordé de manière sommaire sans analyse ni au niveau économique, ni même au niveau gouvernemental », explique Moez El Joudi, expert en économie.

Pour répondre à notre agent immobilier, Moez El Joudi affirme qu’il est important que ce corps de métier soit formalisé avec un cadre juridique et un champ d’activité clair. Dans un pays développé vous ne trouverez jamais l’équivalent du « samsar » car c’est une pratique sévèrement sanctionnée par la loi.

 

Les fantasmes du propriétaire tunisien

C’est chez nous que ça se passe, et c’est en exclusivité. Vous pouvez lire sur les annonces « pour étrangers seulement » …

C’est connu, les étrangers pensent en euro. Si c’est un étranger, le prix peut donc facilement doubler !

D’autres ont d’autres « exigences » … comme « le genre » … Vous pouvez ainsi lire « pour filles uniquement »

Encore un cliché, les filles sont plus sages, ils feront moins la fête et donc moins de bruit. La maison sera plus propre et mieux entretenue …

On peut lire aussi « Pour Africains » et c’est à croire que la Tunisie se situe sur le continent asiatique !

Des pratiques, qui, dans les textes, sont formellement interdites et pourtant nous continuons à les trouver dans des annonces, sur les sites Internet et dans les journaux…

 

Yasmine Hajri

 

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