Le Jebel Essma… Les princes des forêts

Les princes des forêts

 

 

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Naguère, la « fête de l’arbre » était célébrée à la mi-novembre. Les préoccupations actuelles permettront-elles que l’on pense aux arbres et aux forêts, ne serait-ce qu’un jour dans l’année, alors qu’ils nous rendent d’éminents services ? Même si personne n’accepte de nous accompagner, nous irons, tout de même, fêter les « Princes de nos forêts » au … Jebel Essma.

 

Le Jebel Essma

Il est situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Bizerte dans la chaîne des collines de la région des Mogods, le long de la route joignant Bizerte à Sejnane.

Depuis le sud-ouest du bourg de Bechateur, une ligne de collines orientée sud-ouest / nord-est va former vers l’ouest le versant nord-ouest de l’oued Sejnane. Le Kef Touro (499 mètres) situé au nord du bourg de Teskraia, et le Jebel Essma et ses 401 mètres d’altitude font figure de monts dans un ensemble de collines de 250 mètres de haut en moyenne. La route de Bizerte à Sejnane suit le pied des versants nord bien arrosés et reboisés. Essayez d’imaginer des forêts qui bordent les deux côtés de la route, parfois viennent au ras de la route, après un fond de vallée, plus ou moins large et cultivé.

On peut aussi arriver au pied du Jebel Essma en suivant la route qui traverse le bourg de Teskraia. Environ 10 kilomètres après cette bourgade, on est surpris par la grande taille des arbres qui en couvrent les premières pentes. Un peu plus loin, on découvre au sud de la route une belle piste qui mène à la maison forestière du mont. On laisse là son véhicule et … il ne reste plus qu’à s’abandonner à sa fantaisie parce que, de la maison forestière, partent de grandes pistes qui mettent la forêt à la disposition des visiteurs.

Les randonneurs, amoureux de la nature, vont cheminer au pied d’immenses résineux abritant des sous-bois de lentisques, de bruyères et de myrtes qui embaument. Les chênes verts des forêts d’origine ont d’abord été remplacés par des chênes lièges qui ont été « massacrés » durant la 2e guerre mondiale. Le pays privé de pétrole a alors surexploité ses forêts : les cuisines, les usines, l’éclairage des rues, les moteurs des véhicules, tout fonctionnait soit au charbon de bois soit au « gaz au bois » appelé aussi « gazogène ». C’était un gaz combustible obtenu à partir de la « distillation » du bois. Toutes les villes se sont dotées d’une grande « usine » dévoreuse de bois ! Heureusement, une grande politique de reboisement alliée à une pluviométrie généreuse a permis de reconstituer des forêts de résineux et d’eucalyptus parce que leur croissance est rapide et que l’exploitation des forêts est plus vite rentable.

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Les randonnées

Pour les randonneurs, une piste mène, à 1 kilomètre environ de la maison forestière, jusqu’au sommet, matérialisé par un signal géodésique bâti à proximité d’une petite falaise, au début d’un versant sud assez raide. En face, à 1 kilomètre environ, se dresse le Jebel Hazemat dont les 273 mètres d’altitude sont encadrés par deux petites falaises.

Vers le sud-ouest, à 2 kilomètres du Jebel Essma, puis régulièrement à 1 kilomètre les unes des autres, les collines des Mogods invitent à la promenade. Quand on veut s’économiser, on descend jusqu’à la ligne isohypse de 200 mètres et on la suit sur le versant nord jusqu’à, par exemple, le « Kraïm Mermed » (299 mètres), situé à 4 ≈ 5 kilomètres du Jebel Essma. On le contourne et on revient en suivant la même ligne isohypse sur le versant sud.

C’est un régal en toute saison. On n’y rencontre personne. On chemine bercé par le murmure du vent dans les grands pins. L’air embaume, le silence règne. Sur le sol élastique, les « aiguilles sèches » crissent sous les semelles.

Ne le répétez pas ! Certaines années, on peut y récolter des paniers de « grandes lépiotes ». Nous préférons les manger grillées sur place. Les brindilles de pin et surtout les branches de lentisque, qui brûlent même sous la pluie, fournissent le combustible.

Dans ces forêts inhabitées, les sangliers et les grands ducs sont abondants, les porcs-épics et les chats sauvages fréquents. Mais, on y rencontre très souvent la « dame des bois » : les belles bécasses mordorées. Certes, même au printemps, ou en automne, on peut être surpris par des pluies imprévues, parfois abondantes, qui arrivent de la mer et qui durent assez longtemps pour gâcher la journée. Mais, en toute saison, une visite aux potières de Sejnane voisines ou un petit « tour » dans Bizerte meublent agréablement ce qui aurait pu être du temps perdu !

 

Une page d’histoire

En se promenant dans ces bois, on peut imaginer ce qu’ont pu être, au printemps 1943, les combats livrés aux troupes allemandes par « Les Corps Francs ». C’étaient des Nord-africains, Français surtout, mais pas seulement, désireux de combattre les troupes nazies mais en dehors d’une « organisation » militaire qu’ils jugeaient obsolète parce qu’elle avait perdu, en France, la première partie de la guerre mondiale. Ils ont participé vaillamment à la prise de Bizerte le 7 mai 1943. Dans les mêmes collines, au même moment, un corps de parachutistes anglais qui avait débarqué à Cap Serrat, a été obligé de réembarquer parce qu’il se trouvait complètement isolé, coupé des autres troupes alliées qui combattaient plus au sud, le long de la route joignant Mateur à Tabarka. Aux alentours d’Aouana, un petit monument commémoratif rappelle les longs combats des Anglais au pied de deux collines qu’ils avaient appelées la « Blanche » et la « Verte » en raison de la végétation qui couvrait l’une et du calcaire qui tapissait l’autre.

 

Les forêts

Pour tous les amoureux de la forêt, que nous sommes et tous les gens « raisonnables » de ce pays – et il y en a beaucoup ! – la forêt est incontestablement une richesse importante.

Rien que dans les gouvernorats « défavorisés », dit-on, de Jendouba, Kasserine, Le Kef et Zaghouan, elles produisent 12.525.000 m3 de bois. Chaque année, le seul gouvernorat de Jendouba produit 37.000 m3 de liège !

Indépendamment de tous les avantages des forêts, que même les élèves de l’école primaire connaissent, en matière de protection des sols, de production d’énergie renouvelable, de production de matières utilisées en médecine, chimie, cosmétique, d’absorption de gaz carbonique, de dégagement d’oxygène, etc. … elles ont un rôle important à jouer dans les domaines de la protection de la biodiversité, du nourrissage du bétail, de l’écotourisme et même dans celui du plaisir d’être en contact avec la nature.

 

Problèmes

Les incendies de forêt deviennent de plus en plus nombreux. De 150 par an, il y a 10 ans, ils sont passés à 400 en 2012. 4000 hectares de forêt ont été brûlés l’année passée. Le pays perd entre 6000 et 25000 dinars pour chaque hectare incendié. Il faudra 20 à 25 ans pour que la forêt brûlée redevienne productive ! Il devient donc urgent d’examiner le problème. Certes, beaucoup d’incendies ont des causes naturelles : la foudre par exemple. Mais, un grand nombre est dû à l’activité humaine : négligences, incompétences et délits : 90 % sont d’origine humaine dit le Directeur de la Sécurité civile italienne. Il serait donc souhaitable, avant d’acheter un matériel onéreux, d’examiner les motivations des incendiaires. La forêt méditerranéenne a toujours existé, elle devrait pouvoir survivre à notre civilisation productiviste.

 

Alix Martin

 

 

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