Le circuit des haouanet

 

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Par Alix Martin


Conjuguons, aujourd’hui, un vieux préjugé : en automne la mer est froide et il y a beaucoup de méduses, qui est faux avec une préoccupation déjà ancienne : développer le tourisme culturel à thème.

Empruntons le « Circuit des Haouanet » qui conduit, à travers le pays, depuis les plages de Kélibia jusqu’aux monts de Khroumirie. Il peut être parcouru dans n’importe quel sens et coupé, au moins, en deux tronçons.

 

À travers la « chora » de carthage

Nul ne peut nier que Aspis / Clypea / Kélibia était dans le territoire de Carthage. A l’entrée de cette ville, une petite route est équipée d’un panneau indiquant : oued Kratef. Elle mène jusqu’à la belle nécropole à Haouanet d’El Harouri qui compte 12 tombeaux rupestres auxquels il faut ajouter les 4 ou 5 qui se trouvent tout près, dans l’oued El Hajar. Ils sont originaux à bien des égards. Ils sont creusés en enfilade, conformément à une structure libyque, un couloir d’accès mène à des chambres, un escalier permet d’en atteindre une autre. Le long du couloir, dans une paroi, un escalier mène à la « terrasse » creusée de « cuvette » et de « drains ». Seraient-ce les vestiges d’un culte des morts, d’un rite libatoire ?

Puis, cap à l’ouest ! Dans le village de Bir Bou Regba, une petite route va vers l’ouest et le jebel Behelil, appelé aussi jebel Mangoub : le mont percé !

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Une – deux avec celle toute proche de Sidi Atrach ! – magnifique partie du site est formée de 26 tombeaux creusés sur 3 étages dans la falaise qui borde l’oued. Certains sont ornés de peintures rupestres, d’autres de colonnes engagées, d’autres de moulures ou de graffitis représentant des personnages « gesticulant » devant un animal cornu, percé de flèches.

Sur le sommet et à l’arrière de la colline, d’autres tombeaux sont décorés d’une colonne et d’un chapiteau « ionique » soutenant une niche.

De nombreux tombeaux creusés dans la colline voisine de Sidi M’hamed Latrach sont ornés de frises et de peintures pariétales.

Allons un peu plus loin dans l’ouest. Depuis l’autoroute de Hammamet, juste avant la sortie « Hammamet sud », une route prend à droite vers Hammam Jedidi et Zaghouan.

Au sommet de jebel Jedidi, dont la crête dentelée pourrait bien être la célèbre « paroi de la scie » où Hamilcar a écrasé les mercenaires révoltés, il y a aussi des Haouanet.

Allons plus loin, remontons vers le village de Sidi Zid et allons jusqu’au pied du jebel Sidi Zid. Dans une vallée encaissée et boisée ont été creusés dans les deux versants plus d’une douzaine de Haouanet. Ils sont remarquables par leurs lits, la petite fosse creusée dans le plancher et leurs décorations : bucrane, signe de Tanit, serpent, tête anthropomorphe, tête de taureau et pieds de lit. Seraient-ils récents et très influencées par la culture punique ? D’autant qu’un bourg berbéro-punico-romain était bâti au pied de la colline ?

Si vous avez flâné en route, Zaghouan peut vous accueillir pour déjeuner. Vous choisirez entre un établissement en ville, un à proximité du nymphée ou à la campagne : au « Dar Zaghouan ». Partout, vous serez bien accueilli !

La remontée vers Tébourba puis le jebel Ansarine prendra une bonne heure. Vous y découvrirez deux nécropoles composées de 17 tombeaux à Henchir Jel et 4, un peu plus loin, à Dma Lahssini, à proximité de carrières antiques !

De la route, on distingue les Haouanet, petits et frustes, creusés dans la veine de calcaire blanc. Derrière eux, on se demande si ceux que l’on voit sont, pour la première fois, des sépultures bâties, le point de départ d’un mausolée ou des sépulcres à chambres superposées. Ceux de Dma Lahssini, plus grands, dont la façade est décorée, sont peut-être tardifs ou destinés à des gens riches !

Avez-vous encore le temps, en descendant vers Medjez El Bab, de vous arrêter à Chaouach ? Les Haouanet ont été creusés dans deux collines situées au-dessus du village. A l’ouest, 24 Haouanet dont 10 précédés d’un couloir d’accès et 6 aménagés sur deux étages, précédés d’une petite esplanade. A l’est, une vingtaine de tombeaux en mauvais état. Sur le site, cohabitent des Haouanet, un dolmen et un tumulus : trois types de sépultures appartenant peut-être à des peuples, des époques et des cultes différents.

 

Des frontières de carthage à la khroumirie

Où que vous ayez passé votre soirée, la deuxième partie du voyage se déroulera en Numidie.

En bordure de la route de Tabarka, un peu avant Sejnane, deux Haouanet vous accueillent. Il faut traverser Sejnane, prendre la route de Bizerte et tout près du carrefour avec la route de Cap Serrat, on découvrira une dizaine de Haouanet, près de la demeure de Jemâa, la potière, un peu sorcière et guérisseuse !

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Les « niches » ornant certains tombeaux ont une façade sculptée en forme de fronton de temple : influence hellénistique ? Punique ? Romaine ? Prenez le temps d’admirer les poteries « berbères » de Jemâa, avant de repartir.

Puis, on reprend la route vers Tabarka. Un peu avant d’arriver à Nefza, au pied d’un viaduc en pierres, magnifique, et dans un énorme rocher isolé, deux groupes de petits Haouanet, très frustes, ont été creusés.

Avant Ouchtata, prenez à gauche la route menant à Zaga qui vous amènera en zigzag jusqu’à la « route des Chinois » joignant Béja à Aïn Draham. A Zaga aussi, il y a des Haouanet et les vestiges d’un fort byzantin.

Juste avant le poste d’Aïn Snoussi, une petite route goudronnée conduit à travers bois au hameau de Kef El Blida. Au sommet d’un piton rocheux, isolé, qui sert encore de cimetière, se dressent 4 Haouanet. L’un d’eux est orné d’une peinture unique représentant un bateau monté par des soldats. Elle pourrait dater des IVe ,Ve siècle avant J.C..

Puis, on revient sur ses pas, jusqu’à Aïn Snoussi et on continue vers Aïn Draham. A trois ou quatre kilomètres d’Aïn Snoussi, une toute petite route prend à gauche. On laisse, au carrefour, son véhicule et on emprunte la piste qui s’enfonce vers le sud. Chemin faisant, des paysans vous indiqueront la falaise voisine, creusée de Haouanet, sur quatre étages, appelée Zouaïnia. 9 Haouanet, certains dotés d’un fronton triangulaire en façade, d’autres pourvus d’une petite chambre latérale en annexe ou dans l’axe de la chambre principale, ont été aménagés.

Les Haouanet ont gardé presque tous leurs secrets. Quel peuple les a creusés ? Pourquoi se mêlent-ils si rarement aux tumulus et aux mégalithes ? Certaines peintures et éléments décoratifs permettent d’en dater certains des IIIe ou IIe siècle avant J.C.. Les lits sculptés de ceux du jebel Sidi Zid prouvent que ce sont certainement des sépultures à emplois multiples. Destinés à qui, ils sont relativement peu nombreux : des prêtres, des chefs ? Comment étaient-ils fermés : une fermeture facile à ouvrir pour pouvoir les réemployer !

A quoi servaient les nombreuses niches creusées dans les parois de multiples Haouanet, les petites fosses des planchers et des parois : à loger des offrandes, les ossements des morts précédents, les « restes » de leurs animaux ou femmes ou enfants ou serviteurs préférés ?

Il existe bien d’autres sites : ceux qui sont très connus tels que Bulla regia et Kalaat Esnam où Hanout, dolmen et tumulus cohabitent.

D’autres sont moins connus : plus d’une vingtaine dans les collines des Mogod, dont le site d’El Biban avec des peintures et plus d’une trentaine en Khroumirie de Zouara à Aïn Draham !

Le circuit des Haouanet pose encore beaucoup de questions ! Et puisque vous êtes arrivés à Zouaïnia, Aïn Draham et Tabarka vous tendent les bras. Ne les refusez pas !

A.M

 

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