Week-end à Kerkennah

 

téléchargement (2)
Quelle idée saugrenue : aller à Kerkennah en automne ! Pour quoi faire ? Voulez-vous venir avec nous ? Nous vous invitons à partager un week-end à Kerkennah.

 

L’ile aux mille palmiers

D’abord, le départ. Nous partirons vendredi après-midi, assez tôt pour ne pas manquer la dernière rotation du « bateau ». Comme le temps est généralement beau en automne, nous nous assiérons sur les bancs, de la plage avant et nous ne perdrons rien du spectacle : la vague d’étrave ourlée d’écume que le soleil couchant teinte de reflets roses, les fonds voisins, couverts d’algues qui ondulent au passage du navire, les mouettes et les goélands qui suivent le sillage, croyant en un bateau de pêche et espérant quelques morceaux de poisson, le soleil qui se couche là-bas doré sur l’immensité bleue du golfe de Gabès …

Avez-vous remarqué qu’à partir du mois d’octobre, une heure avant le coucher du soleil, la lumière se teinte de jaune et permet de prendre des photos magnifiques. Avant de partir, allez admirer les vieux remparts de Sfax, Bab El Bhar et la Kasbah couverts d’une patine dorée.

Sur le bateau, observez, à droite, au sud-ouest, le reflet roux du soleil sur les vaguelettes vertes ou turquoise. Le voyage ne dure qu’une heure, mais, en automne, la nuit tombe vite. Vous aurez le temps de voir briller au ciel les premières étoiles. La ligne noire de l’île ponctuée par les lumières du port et du bourg de Sidi Youssef sort lentement de la nuit. Ne vous dépêchez pas : on vous attendra à l’hôtel qui n’a que peu de clients en cette saison.

Dînez sans vous presser et allez vous étendre sur la plage, sur une chaise longue ou sur une grande serviette après vous être bâti un oreiller en sable. Laissez-vous bercer par le charme d’une belle nuit kerkennienne.

Durant ces mois-là, la lunaison sera complète et vous pourrez choisir un week-end avec ou sans lune. Présente, elle sera à l’est et elle soulignera les têtes échevelées des palmiers. Absente, la clarté opalescente des étoiles se reflètera dans la mer qui vient murmurer à vos pieds sur le sable.

Le lendemain, le spectacle de milliers de régimes de dattes jaunes d’or ou coq de roche suspendus à des arbres aux palmes lavées des poussières de l’été, invite à se promener le plus tôt possible. En auto ? Mais, l’île est si petite que vous serez vite déçu. Les habitués emportent toujours un vélo ou en loue un sur place. Les amateurs s’en vont à pied, sur de petits sentiers sablonneux, entre des murets de pierres sèches sur lesquels poussent souvent de petits agaves violets.

Dans toutes les directions, en une heure de marche, on atteint un village où on salue tout le monde, où on se met au courant de la vie de l’île ! On est tenté, ici par un marchand de fruits, là par un estaminet d’où s’exhalent des parfums de « lablabi », de poissons grillés et de feu de charbon.

Par là, à l’écart, à l’ombre d’un bouquet de palmiers, un pêcheur répare une nasse ou raccommode un filet. De nombreuses boutiques sont ouvertes. Des artisans travaillent : l’île vit, mais on ne le voit pas quand on passe – trop – rapidement en auto.

 

Les plaisirs

Vous pouvez ne pas être « attaché » à votre hôtel et aller manger, à la « fortune du pot », dans une des petites auberges locales : l’automne, c’est la saison des petits poulpes et les kerkenniens connaissent de multiples recettes. C’est aussi la saison des grosses daurades grasses et pleines d’œufs, des gros sars (Kahlaya) qu’on fait griller, farcis de pain, d’ail et d’œuf mêlés à de l’huile. Les « serres » frites ou grillées sont délicieuses. Un couscous au poulpe ou une grillade de poissons frais dégustés sur une barque à voile, voguant lentement, est un régal. Seuls, le frisselis de l’eau sur la coque et le grincement de la drisse de voile contre le mât troublent le silence.

Ne vous inquiétez pas : l’eau n’a pas encore refroidi. Vous pouvez, sans appréhension, vous baigner ou aller relever les nasses des pêcheries avec de l’eau jusqu’à mi-poitrine.

Allez pêcher les éponges au trident. La « m’raya » permet encore de les voir à 12 ≈ 15 mètre du fond. L’hiver, elles seront cachées. Avec une « m’raya », essayer de trouver quelques « jambonneaux » : d’énormes bivalves appelées « Pinna nobilis » et goûtez-les. Le corps a un goût très iodé qui peut déplaire mais le gros muscle qui retient les deux « valves » est délicieux.

Avez-vous déjà pêché sur des rochers et mangé des huîtres des Kerkennah qui sont de la même famille que les huîtres perlières des rivages « arabes » ? Elles aussi, ont un goût très iodé qui surprend au début. Mais quand vous êtes en Thaïlande ou en Malaisie, vous ne commandez pas un « steak – pomme frites » ni une « chorba » !

Les Kerkennah, c’est toute l’année, mais surtout au printemps et en automne : la quiétude, la vie à un rythme normal, dirions-nous. La circulation et les embouteillages ne stressent personne. Stationnez votre voiture où vous voulez pour aller visiter le musée intéressant organisé par M. Fehri.

Personne ne protestera si vous stationnez longuement devant les boutiques-ateliers de Mme Fatma Samet dans le village des Ouled Kacem. Allez la voir : elle a exposé ses ouvrages à la foire de l’Artisanat et elle a beaucoup de talent.

Essayez d’aller déjeuner chez « Najet » à El Attaya. Elle cuisinera uniquement pour vous, s’il le faut. On peut aussi aller dîner au « Pêcheur » à El Attaya après s’être baigné dans la « mer » d’El Attaya : la « Bahiret Gremdi », un peu plus profonde que les autres plages. On peut même se faire conduire en barque jusqu’à l’Oued Mimoun par où cette « mer » se vide et se remplit à marée haute, en créant un violent courant. On peut poser mille questions à propos de la construction d’un « loud », de la propriété du fond de la mer où sont implantés les « chrafi ». On peut aller demander comment l’eau est pompée profondément et dessalée (presque « totalement » : mais ne buvez pas un café à l’eau de Kerkennah !).

 

Promouvoir Kerkennah

Non pas, en ressortant le vieux projet « Ecologico-touristique de Sidi Funkhal » qui date de « l’ancien régime » et qui n’est – une fois de plus ! – qu’un « juteux » (pour les promoteurs !) programme immobilier, sur la seule plage de l’archipel. On en parlait déjà, comme de l’aéroport, il y a dix ans ! 300 lits, des villas de luxe, des hôtels, de l’animation, etc. … comme si les autres zones touristiques tunisiennes battaient son plein, actuellement !

Ensuite, que sera l’écotourisme à Kerkennah qui n’a pas d’eau ? Que fera-t-on des eaux « usées » et des ordures ?

A notre avis, un « projet » touristique ne peut « réussir » que s’il est en « harmonie » avec son cadre. Avant de construire et d’inviter des touristes, faisons comme tout maître de maison normal et demandons-nous : « Que vais-je offrir à mes invités ? ». Les barques de promenade sont-elles prêtes ? Les fonds marins où ont été « mouillés » des blocs de béton et qui devraient « fourmiller » de poissons sont-ils aménagés ?

A terre, les chambres et maisons d’hôtes devraient être multipliées pour que l’argent des touristes « profitent » aux Kerkenniens. Pourquoi ne pas réhabiliter les broderies de Kerkennah qui étaient superbes ? Pourquoi ne pas promouvoir des « évènements » tels que des courses de « pointus » qui font fureur en Europe, le festival du poulpe en automne, celui du « sbars » et du « legmi » au printemps, ceux du mérou, du kerchou avec ses œufs en été et en automne ? Alors les visiteurs viendront en sachant quoi faire et les « aménagements » seront rentabilisés.

Allez vous baigner, marcher, respirer l’air iodé, profiter du silence, de la quiétude de Kerkennah et de l’amabilité légendaire des kerkenniens.

A.M

 

Lire aussi
commentaires
Loading...