Retour sur les deux moments forts de la 9eme édition du festival de Mûsîqât

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La découverte de l’artiste malien Abou Diarra

Le 30 septembre 2014, le public de la 9ème édition de Mûsîqât s’est donné rendez-vous avec la musique ancestrale africaine et notamment Abbou Diarra, surnommé également le marcheur au Kamale ngoni. Dans l’espace féérique d’Ennajma Ezzahra à Sidi Bou Saïd, s’invitaient les esprits africains à travers les cordes de son instrument dont il est devenu l’un des plus fervents ambassadeurs.

Abou Diarra est un apôtre du voyage avec ce que cela implique comme déchirement, retrouvaille, itinérance et solitude. Il a sillonné, pendant plusieurs mois, les routes d’Abidjan-Bamako-Conakry. À pied, accompagné de son Kamale ngoni, traversant les villages les plus reculés d’Afrique de l’Ouest au même titre que les mégalopoles modernes. Actuellement installé à Paris, il est à la recherche permanente de sons enfouis dans la tradition malienne qu’il essaie de juxtaposer aux musiques urbaines contemporaines. Il ne manque pas chemin faisant de manifester son étonnement quant au fait qu’il avait trouvé en France un ngoni de 14 cordes.

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Cet étonnement l’incitait à travailler davantage et à moderniser le ngoni qu’il connaît en Afrique avec six cordes seulement. Depuis cette découverte, il n’arrête pas d’expérimenter des techniques inspirées des grands du jazz et du blues. Il fait donc usage de son ngoni aussi bien comme guitare, basse, harpe ou percussion. Le public de Mûsîqât a savouré ce mélange de genre en dansant et accompagnant ce rythme endiablé par des applaudissements, des danses et hochements de tête dans une atmosphère intimiste malgré l’exiguïté de l’espace.

Interrogé sur sa première visite à la Tunisie et sur l’amour de son art il répond en ces mots : «J’ai commencé la musique avec ma mère, chez nous quand il y avait un sermon de mariage ou un baptême, il n’y avait personne à la maison pour me garder. Donc ma mère était obligée de m’amener avec elle. Ainsi quand elle chante, je réponds à côté. Elle avait fabriqué un petit instrument qui s’appelle Yabara. Elle joue avec cet instrument devant le public lors des fêtes dans notre quartier. Quand elle termine, je prends l’instrument et je l’imite.  Des fois je dormais avec l’instrument et à chaque fois que je trouvais ma mère jouer je jouais avec elle, c’est comme cela que c’est venu cet amour pour la musique malienne et pour le Kamale ngouni en particulier».

Aussi, Abou Diarra à un amour particulier pour le reggae. En ce sens, il tente de rapprocher la musique malienne de ce que faisait le chanteur mythique Bob Marley ou encore du chanteur de blues Jimi Hendrix. C’est comme cela qu’il souhaite internationaliser son univers musical.

L’Inde s’invite avec la troupe de l’artiste Raghunath Manet

Le deuxième spectacle qui sort du lot de ce festival est bel et bien celui de Raghunath Manet. Ce dernier s’est produit avec sa troupe indienne le soir du 1er octobre 2014 avec des habits traditionnels indiens ornés de couleurs divers et variés. L’artiste avait un collier sur son cou ayant la forme de rayons de soleil et qui attirait l’attention par son originalité les spectateurs venus nombreux à ce spectacle.  Danseur, chorégraphe, musicien, compositeur, chateur, Raghunath Manet est considéré comme l’un des plus reconnus artistes indiens. Il est respecté en effet par la qualité de son jeu sur l’un des plus anciens instruments de musique indienne la vînâ. Cet instrument de musique qui provient des méandres de la région de l’Inde sud.

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La public de Musiquât a été enchanté par cette rencontre avec cet artiste, pour le moins, complet qui apporte dans son sillage l’univers de son pays natal.

Au micro de Réalités, après sa performance à Sidi Bou Saïd, l’artiste explique son parcours en ces termes : «depuis qu’il n’y a plus de maharadja, on a essayé de jeter les danseurs et les musiciens hors des temples. Aussi, la vînâ cet instrument ancestral sur lequel je joue n’a pas été suffisamment reconnu alors qu’il a marqué fortement l’histoire de la musique indienne. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de faire connaître cet instrument au monde entier et d’être parmi les rares musiciens qui continue à faire des performances avec».

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Par rapport à la question du choix de cet instrument. L’artiste répond : « tout le monde connaît effectivement le sitar qui est en réalité un instrument venu de Perse et qui a bien épousé la musique indienne mais le vrai instrument qui structure la musique indienne est la vîna ». L’artiste se présente par ailleurs comme danseur de Bharata Natyam.  Originaire de l'ancien comptoir français de l'Inde : Pondichéry, Raghunath Manet se lance très tôt dans cette danse classique du Sud de l'Inde dont il offre un petit bout vers la fin de son spectacle à Ennejma Ezzahra.

Sur le plan organisationnel cet artiste qui a fait le tour du monde et ayant chanté dans les plus grandes capitales mondiales telles que Londres, Paris, Rome a été approché par le tunisien Mohamed Alibi, organisateur de spectacle vivant à Paris souhaitant encourager la diversité culturelle dans notre pays. Il parle du processus de l’invitation en ces termes : «le contact était avec Didier Bellocq. C’est lui en effet qui produit Raghunath Manet et il est très connu dans le monde du spectacle en France. Dans mon travail, j’essaye de contacter les artistes qui sont bien encadrés et qui appartiennent à des maisons de production musicale. Ces maisons sont en effet la garantie que l’artiste respectera ses engagements vis-à-vis des  lieux qui l’accueillent pour ses performances. Ce n’est pas la première fois qu’on invite Raghunath Manet. L’artiste commence désormais à aimer la Tunisie car à chaque fois qu’il vient chez nous, il est bien accompagné du début à la fin. Bref, personnellement quand j’invite un artiste, je vis avec lui».

Espérons, pour finir, qu’un festival de la qualité de Musiquât se généraliserait à d’autres régions de notre pays. Souhaitons aussi que la mentalité tunisienne s’ouvre davantage à d’autres cultures car c’est dans l’ouverture et la tolérance que le pays se prospère.    

Mohamed Ali Elhaou

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