Mohamed Lazhar Akrmi: De l’environnement électoral et des élections

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Avant de rentrer dans les détails des élections, il convient d’évoquer l’environnement électoral pour voir s’il est ou non conforme aux normes internationales qui supposent la neutralité de l’administration, un climat adéquat de sécurité, l’indépendance de la justice et l’absence de violences.

                                      

 

L’environnement électoral bénéficie jusqu’à nos jours des éléments essentiels à même de garantir le succès de ce processus.

En effet, malgré bon nombre de questions qui se posent autour de la Justice et la nécessité, voire l’urgence, de sa réforme, le cadre juridique dans notre pays reste suffisamment indépendant pour faire réussir cette phase transitoire et garder la neutralité de l’administration malgré les dépassements constatés à partir des multiples désignations anarchiques jusqu’aux tentatives d’influence exercées par des partis politiques.

Le phénomène qu’on constate aujourd’hui, est l’absence de la violence dans la campagne électorale, le taux de violence observé ne dépasse pas celui des pays de vieille tradition démocratique et on ne pourrait guère le comparer à celui des pays en voie de développement ou les pays arabes et africains.

Ceci signifie deux choses importantes :

Premièrement, que le citoyen tunisien refuse la violence et qu’il accepte le principe de la concurrence politique dans cette atmosphère instable et perturbée, sans exclusion et intolérance conduisant à l’élimination de l’autre.

Deuxièmement, il faut dire que la violence qui s’est amplifiée en 2012, était bel et bien une violence organisée, voulue, financée et orientée par certains partis politiques qui croyaient qu’ils avaient réussi à mettre tous les moyens effectifs et possibles pour dominer la vie politique, maîtriser la situation, et soumettre la société à leur orientation.

Ces mêmes partis, ayant décidé d’arrêter l’incitation à la violence, ont favorisé un climat de détente et on a pu constater que les gens reviennent à leur nature, et à leur caractère tolérant.

Est-ce que les élections actuelles pourraient éliminer les effets négatifs de la crise, accumulés durant les trois années précédentes dans le domaine économique et sociétal en général ?

Cette phase est très importante pour mettre en place des institutions légales d’un État stable.

Or l’effondrement de la finance publique, de l’économie, le chômage, le taux d’inflation, l’augmentation des prix, la frustration du citoyen, sont autant d’écueils difficiles à surmonter en 2015, 2016 ou même en 2017, et que l’avenir nous prédit une grande zone de turbulences.

En réalité, le conflit, aujourd’hui, est entre deux conceptions l’une est moderniste laïque, progressiste et l’autre islamique qui a échoué à asseoir une transition démocratique en Tunisie, en Égypte et en Libye.

Mais Ennahdha et après sa sortie du gouvernement le 9/1/2014 a, de nouveau, brouillé les cartes pour interdire la concurrence entre les deux conceptions en refusant le consensus en 2012/2013 et s’est attaché à la « légitimité », et aujourd’hui ce parti semble attaché au consensus au sujet de l’élection du président de la République.

Les Tunisiens ont élaboré une Constitution qui garantit le minimum de transparence et d’union nationale. Seulement, ceci est insuffisant au vu de l’absence d’un accord autour des questions fondamentales de la politique étrangère, comme la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, etc.

Sur le plan intérieur, éviter la violence et considérer la démocratie comme moyen adéquat dans l’application de la loi. L’État est le seul qui doit avoir le monopole de  la violence.

Les hommes d’affaires et les investisseurs étrangers ne peuvent travailler dans une atmosphère d’insécurité. C’est pourquoi il convient d’œuvrer à lutter contre le terrorisme, à appliquer strictement la loi, à renforcer les autres composantes de notre sécurité nationale, à promulguer des lois adéquates et donner confiance au citoyen.

La situation politique qui prévaut en Tunisie est caractérisée par une dichotomie.

D’un côté, nous avons une classe politique novice, rongée par les querelles et dont les composantes se situent parfois aux antipodes les unes des autres, avec des discours doubles et multiformes ; et de l’autre, nous avons une société qui souffre de difficultés de la transition démocratique et ne perçoit aucune solution à l’horizon.

En réalité, l’échec des politiques d’asseoir la confiance sur le plan social influe négativement sur l’avenir de la transition démocratique et fait que ce sont les pressions et soulèvements sociaux qui conditionnent l’agenda politique. Ces perturbations peuvent devenir incontrôlables et non maîtrisables par les moyens usuels et par la règle de la suprématie de la loi, ce qui constitue un risque de retour au premier carré de la violence et de l’anarchie.

 

L. A.

 

*  Porte parole de Nida Tounes

 

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