Lettre ouverte à Monsieur le ministre de la Santé

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C'est avec une grande stupéfaction et consternation que nous avons pris connaissance, non sans grande amertume, du contenu du dernier journal officiel de la République tunisienne paru le 12/09/2014 et plus précisément la décision de Monsieur le ministre de la Santé datée du 28/08/2014 et relative à la création de la commission technique du traitement et de la prévention de l’insuffisance rénale chronique.

Cette commission, investie d’une mission certes, consultative mais d’une importance capitale dans le domaine des maladies rénales chroniques afin de mettre au point une politique de santé ainsi qu’un programme de prévention de ces maladies le plus performant possible, de définir les besoins en ressources humaines et financières, de fixer les normes techniques de création et d’exploitation des centres d’hémodialyse, de promouvoir la recherche scientifique dans ce domaine et de développer la dialyse péritonéale comme une alternative à part entière d’épuration extra-rénale, compte pas moins de 15 membres dont seulement 02 néphrologues (13%) qui, de part leur formation, leur expérience et leur activité quotidienne sont les seuls qui détiennent une image réelle et aussi précise que possible de la situation critique dans laquelle se trouve le secteur de l’hémodialyse en Tunisie. Ce sont les seuls, capables de donner à cette commission la dynamique nécessaire pour orienter les choix judicieux et les décisions justes pour sortir le secteur de la médiocrité dans laquelle il s’enlise jour après jour.

Que viennent faire, Monsieur le ministre, des médecins anesthésistes réanimateurs, des médecins internistes, des médecins réanimateurs, ou mieux encore des médecins généralistes ayant acquis une compétence douteuse en hémodialyse, dans une telle commission qui se veut être crédible et déterminante dans un secteur aussi sensible et aussi coûteux aux contribuables, ceux-là mêmes qui vous ont donné toute leur confiance pour enfin voir le bout du tunnel ?    

Tous ces éminents spécialistes qui n’ont rien à voir, de part leur formation, avec les maladies rénales chroniques, n’ont-ils pas suffisamment de problèmes avec leur propre spécialité pour vouloir à tout prix s’immiscer dans celle des autres ?

Quel est le rôle, Monsieur le ministre, de la chambre syndicale des cliniques de dialyse et du syndicat des médecins généralistes hémodialyseurs dans une telle commission dont l’objectif principal est un travail purement technique de restructuration d’un secteur en faillite, avec des dépassements de toutes sortes et une qualité de soins laissant à désirer ? Le seul souci des uns est de multiplier par 1,5 ou par 2 la base de remboursement CNAM de la séance d’hémodialyse pour alourdir davantage l’énorme fardeau qui pèse déjà sur les épaules du contribuable et tirer le plus de profit (rappelons les multiples réunions avec la CNAM dans le but bien précis d’augmenter cette base de remboursement, l’énorme pression médiatique, les menaces de grèves formulées clairement par cette chambre syndicale occasionnant un effroyable mouvement de panique au sein des patients hémodialysés….), et la seule préoccupation des autres est de relancer la formation des médecins hémodialyseurs (à laquelle vous avez déjà  souscrit Monsieur le ministre) pour exclure davantage les néphrologues du secteur de l’hémodialyse, pourtant seuls capables d’assurer une prise en charge intégrale de la maladie rénale chronique, du stade initial jusqu’à l’hémodialyse et la transplantation rénale, et de mettre en œuvre une stratégie de prévention appropriée ; l’afflux de néphrologues de haut niveau de formation et en grand nombre (15 néphrologues/an) ces dernières années, ne semble pas être du goût de certaines personnes qui veulent à tout prix faire perdurer la médiocrité dans laquelle baigne, depuis plusieurs années, le secteur de l’hémodialyse dans notre pays.

Pourquoi ne pas laisser les véritables spécialistes en la matière, en l’occurrence les néphrologues, accomplir leur devoir national de reconstruction d’un secteur mené malgré eux et durant des années à la ruine, ruine dont il serait ici trop long d’en exposer les raisons. 

Ces néphrologues qu’on tente, sans cesse, d’avilir sans grand succès,  n’ont-ils pas contribué,  par leur abnégation et les efforts colossaux qu’ils ne cessent de déployer depuis des années,  à donner à la médecine tunisienne une excellente réputation qui a largement dépassé les frontières ? Je ne citerai à ce propos que 2 événements majeurs (à côté de tant d’autres !) qui ont hissé la médecine tunisienne à un rang international respectueux : l’avènement de l’hémodialyse et de la dialyse péritonéale dans un premier temps (années 1970), et le développement de la transplantation rénale dans un deuxième temps (1986), faisant figurer la Tunisie parmi les premiers pays d’Afrique et du monde arabe à réaliser de telles prouesses techniques.   

Je vous rappellerai aussi, Monsieur le ministre, au cas où votre mémoire serait trop courte,  que vous-même avez effectué vos premiers pas, lorsque vous étiez encore tout petit, sous l’œil attentif et vigilant  de vos maîtres néphrologues ! Vous comprenez maintenant l’immensité de notre stupéfaction et je vous laisserai le soin d’attribuer le qualificatif qui convient à un tel comportement, surtout de la part d’une personne qui se veut être d’abord et avant tout universitaire.

Monsieur le ministre, soyons dignes, oublions les querelles stériles, révisons nos décisions hâtives, n’abusons pas des pouvoirs éphémères qui nous ont été confiés et œuvrons sans relâche à l’essor de notre pays en donnant à chaque compétence le droit national et légitime de reconstruire sur des bases solides l’édifice dont elle détient les secrets les plus intimes, édifice qui, en définitive, abritera le citoyen tunisien et lui offrira les meilleures des prestations.   

F. M. B

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