Les programmes économiques des partis politiques : Entre irréalisme et populisme

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Ambitieux et irréalistes, sont les programmes économiques des partis politiques pour les législatives 2014. Ceci n’étant pas une appréciation mais un fait. Ce fait est basé sur une situation économique actuelle très difficile et les enjeux sont considérables. Focus

Pour le diagnostic de ce qui est de notre économie, les économistes vous diront que l’économie tunisienne est actuellement en transition. Un modèle économique essoufflé et des indicateurs de crise. Ce qu’il faudrait faire en premier lieu selon ces économistes c’est de rétablir les équilibres financiers et budgétaires pour pouvoir sortir de la crise puis relancer cette économie. Une économie nouvelle puisqu’elle sera basée sur une vision nouvelle. La technologie et la valeur ajoutée sont les principales locomotives de cette vision. Le plus difficile est de rétablir les équilibres qui ne se font que sur des décisions douloureuses. Pour rétablir les équilibres financiers et budgétaires de notre économie, l’essentiel est de maîtriser les dépenses publiques à travers la masse salariale et la compensation, renforcer les recettes à travers l’investissement et la fiscalité. Pour répondre aux revendications de la Révolution il faut résorber le chômage et lever le déséquilibre régional.  Résorber le chômage implique une politique de réformes de la formation et de l’enseignement supérieur. Rétablir l’équilibre régional implique l’investissement dans ces régions notamment dans l’infrastructure. Dans le même cadre de rétablissement des équilibres, réformer les entreprises publiques en difficulté. Une chose est sûre c’est que la majorité des partis politiques n’ont pas bâti leurs programmes économiques sur la conjoncture et les indicateurs économiques actuels, tous en régression. C’est quand même irrationnel que devant  un taux de croissance, annoncé par la Banque centrale de Tunisie (BCT), de 2,3% pour 2014, que les programmes économiques tablent sur un minimum de 5% rien que pour 2015. La BCT table sur 3% pour l’année 2015. Sachant que les experts économiques s’accordent à dire que les années à venir seront difficiles, le taux de 5% de croissance serait exagéré. Les partis politiques poussent encore plus loin dans l’irréalisme quant à la manière par laquelle ces taux de croissance seront atteints. Le citoyen tunisien n’aura pas à s’inquiéter car aucune mesure courageuse et douloureuse ne sera entreprise dans les années à venir.  Un nouveau modèle économique, création de centaines de milliers d’emplois, des caisses qui seront pleines d’argent pour soutenir l’économie et des milliers de projets. Ces mêmes partis politiques n’ont pas intégré dans leurs programmes tout ce qui a été fait par le gouvernement Jomâa, et ne semblent pas se soucier de la continuité de l’État.

L’investissement

Depuis quatre ans l’investissement national et étranger est en déclin. La Tunisie le pays compétitif ne l’est plus. Le climat des affaires est incertain : une insécurité sociale, de la corruption et les incitations d’avant ne le sont plus. Comment peut-on rétablir la confiance des investissements directs étrangers et reprendre avec la création de projets. sans s’attarder sur le comment, Ennahdha propose « des réformes structurelles en vue de garantir un climat propice à l’investissement à travers l’élimination des obstacles devant l’initiative privée, l’encadrement de nouveaux investisseurs, le rapprochement entre l’Off-shore et l’On-shore. Il prévoit la création d’un conseil supérieur de l’investissement, la réforme du secteur bancaire, le développement des finances islamiques en vue de les porter à 50% des financements des marchés » le parti œuvrera à porter le rythme d’investissement de 24% actuellement, à 28 et 29% du PIB à la fin de 2019. Quant à Nidaa Tounes, le parti prévoit « de grands programmes nationaux qui augmenteront l’investissement public de 10% tout en ambitionnant de réduire l’endettement à moins de 45%. Selon le programme du parti, des investissements de l’ordre de 125 milliards de dinars seront mobilisés sur une période de 5 ans soit 40% de hausse par rapport aux dernières années. Afek Tounes, recommande la  libéralisation de l’économie des lourdeurs administratives et des procédures qui handicapent l’investissement. Afek Tounes préconise «  l’ouverture sur le monde et met l’accent sur l’importance de l’intégration maghrébine, le développement des relations avec l’Union européenne et de la conclusion d’un accord de libre échange avec les États unis, l’objectif étant de booster les IDE, lesquels seront la locomotive de la croissance » Afek Tounes appelle à l’annulation du code de l’investissement sans intérêt selon lui. En effet la Tunisie a perdu 2.000 milliards à cause des incitations fiscales. Le droit commun serait une garantie législative et réglementaire pour investir. Al Joumhouri recommande quant à lui une simple « révision des textes organisant les investissements extérieurs en adoptant le principe de la liberté totale d’investissement. La révision devrait toucher l’autorisation préalable exigée des étrangers désirant acquérir 50% ou plus des grandes entreprises industrielles tunisiennes. Les sociétés à participation étrangères pourront même avoir recours au recrutement d’ouvriers étrangers à hauteur de 30%, selon le programme du parti » Le programme économique du Front populaire « est basé sur la consolidation du rôle direct de l’État dans l’investissement et la création de richesses ». Ettakatol, quant à lui vise à augmenter le taux de l’investissement de 20% actuellement à 27% à l’orée de 2019.

Les entreprises publiques en difficulté, quel avenir ?

Devant une situation critique des entreprises publiques qui ne cessent depuis la Révolution de pomper l’argent du contribuable, Mahmoud Ben Romdhane de Nidaa Tounes nous dira que celles-ci sont un patrimoine national qu’il faut préserver. il dira aussi que Nidaa Tounes n’a pas une solution à chacune de ces entreprises mais il a des orientations.  il vous dira oui à la recapitalisation des ces entreprises à condition qu’il y ait un plan de redressement. En attendant un dialogue national est de mise pour en décider de l’avenir de ces entreprises. Afek Tounes est pour la privatisation de ces entreprises s’il est nécessaire. Protectionniste, le front populaire et selon Lotfi Ben Aissa, « prône l’arrêt complet de la politique de privatisation et la soumission des entreprises à caractère économique à des méthodes de gestion moderne à même de renforcer leur productivité et leur compétitivité » le Front populaire est en même temps contre la recapitalisation des banques publiques et exige que l’audit des banques publiques soit publié. Le Front Poulaire va plus loin et recommande la création d’une banque mutualiste pour sauver les banques publiques. Quant au financement, de cette banque il sera, soit de d’emprunt national soit de la recherche nouveaux bailleurs de fonds à savoir les pays des BRIC’S. Ennahdha a omis de préciser son avis par rapport aux banques publiques mais se référant sur son expérience au gouvernement, nous savons que c’est lui qui a instauré la recapitalisation des banques publiques dans la loi des finances de 2013. 

La fiscalité, cheval de bataille de la Tunisie

La Tunisie s’est déjà engagée depuis quelques temps à des réformes fiscales. En même temps un dialogue national sur les réformes fiscales sillonne depuis quelques mois les régions de la Tunisie. L’objectif, l’équité fiscale et renforcer les recettes fiscales. Tous les programmes des partis politiques préconisent des réformes fiscales. Ces réformes fiscales vont vers l’augmentation. Ennahdha à titre d’exemple voit la réforme fiscale à travers la révision du régime forfaitaire, la lutte contre l’évasion et la modernisation de l’administration fiscale. Selon Abdessatar Rejab d’Ennahdha, chaque réforme entreprise par son parti générera 4.500 millions de dinars. il n’y a que le Front populaire qui compte alléger la fiscalité et éliminer des mesures fiscales jugées injustes. Le régime forfaitaire selon le Front populaire est une aberration fiscale honteuse. Pour lutter contre l’invasion fiscale, le front populaire recommande la levée du secret bancaire.

Il faut rappeler que les programmes économiques des partis politiques n’étaient pas accompagnés de détails et de précisions quant aux moyens de concrétiser ces reformes. Malgré cela et selon Hassen Zargouni statisticien, le jour du vote le Tunisien votera sur des valeurs et pas sur des rationalités économiques. 

Les premiers cent jours du gouvernement : c’est décisif

Toutes les études dans les expériences des démocraties ont montré que les 100 premiers jours sont décisifs pour un gouvernement. Pour réussir ces 100 jours il faudrait identifier les chantiers dans lesquels va intervenir le gouvernement. Est ce que les partis politiques en lice pour les législatives ont-ils préparé ce plan des 100 jours ou cas où ils seront élus à la tête du gouvernement ? Sont-ils prêts au pouvoir et à gouverner ? Oui et non. Des partis politiques ont déjà préparé deux documents : le programme électoral plus le plan des 100 jours au pouvoir. Une fois élu, l’UPT donnera priorité aux messages de confiance qu’aux réformes. C’est la politique qui dominera les décisions de l’UPT. Quant aux décisions urgentes, cela touchera l’éducation, l’administration et la législation pour un gouvernement qui ne dépassera pas les 20 ministres.

Les actions d’Aljomhouri toucheront principalement la souveraineté, la sécurité et le terrorisme. le parti prévoit 25 réformes pour 25 ministres et notamment un inventaire des gouvernements précédents. Ettakatol quant à lui n’a pas encore mis les priorités des 100 premiers jours, il n’est pas encore prêt. Pour Afek Tounes, les cinq R pour les 100 jours : rétablir la confiance, redynamiser l’économie par réformes, responsabiliser le citoyen et recette de l’État. Mais en vérité il est fort probable qu’aucun de ces programmes ne se réalisera, en tout cas pas, en totalité. En effet les élections vont aboutir certainement à un gouvernement de coalition nationale composé des plusieurs partis. Comment feront-ils pour mettre en place le plan idéal pour la Tunisie pour les 100 premiers jours et pour les cinq prochaines années ? Prendront-ils compte de l’intérêt du pays ou seront-ils partisans ?

Najeh Jaoaudi 

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