Interview exclusive avec Foued Lakhoua : «Confiance et optimisme en l’avenir du pays»

Foued lakhoua

Nous avons saisi l’opportunité de l’organisation par la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie ( CTFCI ) d’une conférence économique internationale sur la colocalisation en Méditerranée en coopération avec l’IPEMED pour demander à M. Foued Lakhaoua, président de la chambre et grande figure du partenariat tuniso-français, un entretien exclusif.

Il a bien voulu répondre à notre sollicitation avec sa pertinence et sa gentillesse habituelles.

Il faut dire que les relations politiques et économiques entre les deux pays sont au beau fixe et que les échanges de visites des responsables des deux pays n’ont jamais été aussi denses. Le président de la République, M. François Hollande, est venu deux fois en Tunisie en six mois, accompagné par une forte délégation du MEDEF la première fois.

M. Manuel Valls, Premier ministre, est venu à Tunis avec son ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, pour co-présider le 2 septembre la conférence internationale des Amis de la Tunisie Investir en Tunisie, Start-up de la démocratie.»

La chambre tuniso-française de commerce et d’industrie fêtera, les 16 et 17 octobre 2014, le 40e anniversaire de sa création, quel bilan pouvez-vous dresser de son activité ?

S’il y a un motif dont la chambre tire fierté, c’est à l’évidence le capital confiance dont elle jouit aussi bien auprès de la communauté des affaires, que ce soit en Tunisie ou en France, des institutionnels que des responsables politiques. Cette notoriété n’est pas venue ex nihilo, tant s’en faut. Elle vient couronner une action sérieuse et continue entamée depuis 1974 par les fondateurs de la chambre qui n’avaient épargné ni efforts, ni imagination, ni moyens pour faire de la CTFCI un interlocuteur écouté, respecté et recherché par les chefs d’entreprises tunisiens et français à la recherche d’opportunités d’affaires, de montage de projets de partenariat, de conseils, d’accompagnement, ou même d’une simple information. La chambre a toujours répondu présente à toutes les sollicitations qui lui sont adressées et elle a toujours trouvé la bonne démarche et les meilleurs arguments pour promouvoir, renforcer et entretenir les relations économiques tuniso-françaises. La chambre, avec d’autres structures et partenaires, a été un acteur dans le raffermissement des relations de la Tunisie avec la France, qui, nonobstant les aléas d’une conjoncture mondiale et régionale parfois difficile, demeure le premier fournisseur, le premier client et le premier bailleur de fonds de notre pays.

Les pas accomplis par la chambre en quarante ans se vérifient à travers la professionnalisation de ses activités. La CTFCI est l’une des premières Chambres, parmi les Chambres de commerce et d’industrie régionales, les Chambres de commerce et d’industrie mixtes et parmi les premières Chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger (CCIFE) à avoir obtenu la certification aux normesISO 9001 : 2000. Cette association, qui a toujours défendu l’indépendance de sa décision et de ses choix en ne consentant jamais à accepter de subventions, de quelque partie que ce soit, tunisienne ou française, a vu ses rangs se renforcer et le nombre de ses adhérents croitre pour atteindre aujourd’hui le chiffre d’environ 2.000 membres.

Ce bilan ne saurait être exhaustif, si je ne rendais pas un hommage particulier à des personnalités illustres qui ont contribué à sa création, au développement et au soutien de ses activités. Sans l’engagement de trois personnes, en l’occurrence feux Robert Palomba, Président du Groupe frigorifique et brasserie (aujourd’hui SFBT), Jacques Belanger du groupe «Linéaire», spécialisé dans les services de l’hôtellerie et M. Hachmi Habib Kooli, du groupe CETTI (textile) et de l’appui déterminant de feu Hédi Mabrouk (à l’époque ambassadeur de Tunisie en France) la chambre n’aurait pas pu voir le jour. Je dois ajouter également que sans la ténacité et la rigueur de ses Présidents, Habib Bourguiba Jr, Mahmoud Belhassine et Ridha Benmansour et le sens de la responsabilité de ses équipes dirigeantes, la CTFCI n’aurait jamais rencontré la reconnaissance et le respect qu’elle trouve aujourd’hui autant auprès de ses adhérents que de ses partenaires.

Quel programme de célébration la CTFCI a-t-elle prévu pour cet anniversaire ?

Pour bien marquer cet événement important, la CTFCI a préparé un programme en deux temps. Elle a programmé le 16 octobre 2014, avec l’appui de l’IPEMED (l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen) l’organisation d’une conférence économique qui abordera une thématique de grande actualité : la colocalisation en Méditerranée. Cette conférence enregistrera la participation de personnalités politiques et d’experts français et tunisiens, dont je citerai notamment MM, Jean-Louis Guigou, Délégué général de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMEd), Dominique Bouquet, auteur d’un rapport sur la colocalisation et Radhi Meddeb, Président de l’IPEMED.

Le deuxième temps fort de la célébration du quarantième anniversaire sera l’organisation d’une soirée au cours de laquelle seront décernés notamment des trophées à des personnalités ou aux familles de certaines autres qui ont concouru à la création de la chambre, à la promotion de son activité et au renforcement de son aura.

Vous organisez le 16 octobre, en partenariat avec l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) une conférence économique internationale sur la colocalisation. À quoi répond le choix de cette thématique ?

Au cours de cette journée dédiée à la réflexion et au débat, on va essayer de balayer bien des appréhensions et, surtout, des confusions parfois sciemment développées par des parties qui décrient ce processus comme un moyen pour pratiquer le dumping social et détruire l’emploi dans les pays d’origine.

On présentera, à travers des témoignages de chefs d’entreprises, des exemples de colocalisations réussies où par exemple la filiale tunisienne a réussi à sauver l’entreprise mère en France. Je dois mentionner à ce propos que la colocalisation se présente comme un choix stratégique offrant la possibilité de remodeler les notions de chaine de valeur, de partenariat gagnant-gagnant, d’innovation pour un redéploiement sur les marchés. Je suis convaincu que devant une situation de crise profonde il faut répondre par des solutions nouvelles. J’estime que les conditions sont aujourd’hui réunies pour une véritable stratégie de colocalisation des entreprises sur les deux rives de la Méditerranée. Une approche qui permettra aux dirigeants d’entreprises de valoriser au mieux les avantages comparatifs des deux rives, dans un souci de coresponsabilité économique et sociale.

Que fait la CTFCI pour promouvoir le partenariat tuniso-français en termes d’investissements privés au regard des tensions sociales et des risques sécuritaires persistants ? 

À situation exceptionnelle, la CTFCI a engagé une action soutenue, réfléchie et ciblée, non seulement pour préserver le tissu industriel et limiter les fermetures d’entreprises, mais aussi pour relancer l’intérêt et promouvoir le site tunisien des affaires. Au cours des trois dernières années, la chambre a redéployé son action, et ce, en misant davantage sur la promotion de la Tunisie en France à travers l’organisation de journées d’information dans les différentes régions françaises (20 journées ont été organisées en 2013 avec la participation de 500 entreprises françaises), l’assistance et l’accompagnement des entreprises adhérentes ayant rencontré des difficultés et l’accueil des entreprises françaises en mission de prospection commerciale ou d’implantation.

En se montrant réactive et constamment à l’écoute de ses adhérents, la chambre a contribué à la promotion du partenariat tuniso-français. Cela se reflète bien par l’existence (à fin 2013) de 1.270 entreprises françaises opérationnelles en Tunisie employant 125.000 personnes, l’investissement de 176 MD dans le secteur industriel et la cessation de l’activité d’une cinquantaine d’entreprises chaque année.

D’ailleurs 70% des entreprises tuniso-françaises ont réinvesti leurs bénéfices en Tunisie en 2012-2013 ce qui traduit la confiance dans le site Tunisie.

Comment relancer l’investissement extérieur, notamment en l’absence d’un nouveau code d’incitation aux investissements qui prend en considération les nouvelles réalités économiques du pays et les attentes des opérateurs économiques ?

Pour relancer l’intérêt des   investisseurs étrangers à la Tunisie, il est tout à fait essentiel de leur offrir un cadre juridique clair, simple et attractif qui réponde à leurs attentes. Plus le nouveau code des investissements tarde à voir le jour, plus l’attentisme des opérateurs perdure et plus le flou continue à persister, à s’épaissir même. En décidant de revoir le projet du nouveau code d’incitation aux investissements et de le retirer de l’Assemblée nationale constituante (ANC) le gouvernement à certes pris une bonne décision. La copie présentée manquait de cohérence et ne bénéficiait pas d’un préjugé favorable aussi bien de la part de la communauté des affaires que des spécialistes. Maintenant il y a une urgence pour le prochain gouvernement consistant à préparer une stratégie globale qui donne une meilleure visibilité aux investisseurs et qui renforce leur confiance dans les perspectives du pays. La CTFCI, faut-il le souligner, a pris une part active aux travaux des commissions spécialisées qui ont élaboré le premier projet et a formulé plusieurs réserves au sujet de certaines de ses dispositions.

Il faut tout d’abord mentionner que le code d’investissement en vigueur présente encore un cadre approprié pour l’attraction de l’investissement extérieur.

Les différentes études menées au niveau mondial ont montré que l’investisseur étranger recherche particulièrement :

— une stabilité politique et sociale,

— une main-d’œuvre qualifiée et compétitive,

— une infrastructure moderne et en adéquation avec les exigences du système productif.

Néanmoins une révision de ce code s’impose, notamment en matière de libéralisation de certains secteurs, d’assouplissement des procédures et d’incitation pour les projets qui s’implantent dans les zones défavorisées et qui présentent un degré élevé d’intégration ou d’innovation.

Entretien conduit par Ridha Lahmar

 

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