Exploitation du gaz de schiste, un impératif économique majeur

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Notre déficit énergétique atteindra cette année 3 millions de tonnes équivalent-pétrole, tandis que la compensation des produits énergétiques par l’État sera équivalente à 80% du budget de la Caisse générale de compensation. Il y a là un drame énergétique croissant avec la baisse de la production évaluée à 15% pour 2014 par rapport à 2013. Cette situation est devenue insupportable pour le budget de l’État dont le déficit est devenu abyssal. Dans cette conjoncture économique et financière morose, l’exploitation du gaz de schiste pourrait devenir un impératif économique sinon un choix obligé pour sortir de cette impasse.

Notre pays consommera en 2014 8 millions de tonnes équivalent-pétrole alors que notre production, gaz et pétrole confondus, ne dépassera pas 5 millions, de TEP. Cette production a baissé de 15% au cours des 8 premiers mois de 2014 par rapport à celle de 2013 qui était loin d’être un record en la matière.

L’absence de nouveaux permis d’exploration accordés en 2014 ainsi que le non-forage de puits depuis le début de l’année augure d’une baisse encore plus sensible de la production à l’avenir.

À cela s’ajoute le fait que les gisements les plus productifs sont en fin de cycle et que les sit-in sont fréquents pour handicaper le fonctionnement des forages en cours d’activité. Tout cela aboutit à un déficit énergétique croissant d’autant plus que la consommation connaît une progression régulière de l’ordre de 5% par an.

Quelle différence entre les hydrocarbures conventionnels ou non ?

Ce sont les conditions géologiques des gisements qui permettent la distinction entre hydrocarbures conventionnels et ceux dits non conventionnels.

Or, ces conditions dictent les techniques d’exploitation lesquelles pèsent lourdement sur les aspects techniques et financiers. En effet, pour le pétrole ou le gaz conventionnel (c’est le cas de la Tunisie) le gisement est concentré et piégé dans une roche, sorte de réservoir géant, exploitable verticalement par un ou plusieurs forages à fort débit. Alors que le gaz de schiste, lui, est emprisonné dans la roche-mère argileuse qu’il faut fracturer artificiellement afin d’en libérer le gaz et le canaliser dans le puits qui a été foré avant de le récupérer à la surface. Cela implique de larges superficies à utiliser en surface en forant des dizaines, sinon des centaines de puits, car ils doivent être horizontaux pour pomper un maximum de pétrole afin d’atteindre un seuil minimal de rentabilité financière qui ne peut s’estimer qu’à long terme.

Aux USA, le coût du forage d’un puits varie entre 4 et 8 millions de dollars, en Tunisie vu la rareté des sociétés de forage, le coût sera au minimum le double, voire le triple.

Gisements : entre promesses et certitudes

Les ressources potentielles en gaz de schiste en Tunisie révélées par l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) sont estimées à 510 milliards de m3, équivalent à une dizaine de champs comme Miskar, soit environ un siècle de la consommation nationale de notre pays.

Il s’agit de la localisation dans le Sud tunisien (Tataouine, Kebili et Gabès.)

D’autres roches-mères qui couvrent la Tunisie centrale (Kairouan, Sidi Bouzid et Kasserine) ainsi que le nord-ouest (Jendouba, Le Kef) sont susceptibles de constituer des ressources supplémentaires, mais n’ont pas été révélées par l’étude.

Évolution de la balance énergétique

Une étude réalisée en 2012, à la demande d’une compagnie pétrolière, par un bureau d’étude prestigieux, OXFORD économics, prouve que les résultats sont très encourageants pour la production énergétique en Tunisie : un gisement évalué à 18 milliards de pieds cube de gaz serait disponible.

Selon un expert en hydrocarbures, le déficit énergétique de la Tunisie devrait baisser à l’horizon 2016 puis se stabiliser jusqu’en 2020. Il est appelé à se creuser sensiblement par la suite pour atteindre environ 100 millions de TEP en 2040 et 200 millions de TEP à l’horizon 2060.

Ce qui est énorme. En devises il s’agit de 10 milliards de dollars US à décaisser en 2040, soit 14% du PIB pour approvisionner le pays en énergie. Inconcevable dans la pratique.

S’il y a autorisation pour évaluer les réserves des roches-mères en hydrocarbures en 2014 et si le scénario favorable est confirmé, nous pourrions atteindre en 2022 un équilibre énergétique et par la suite devenir, à l’horizon 2037, un pays exportateur avec un excédent exportable de 60 M TEP, ce qui serait un renversement de situation énergétique et économique remarquable.

Les vérités scientifiques du sous-sol et la technologie

Selon un expert tunisien en hydrocarbures, certains bassins géologiques en Tunisie recèlent les ingrédients nécessaires pour abriter des quantités appréciables de gaz et de pétrole non conventionnels que l’on peut techniquement récupérer.

Il reste à procéder à une phase d’exploitation-évaluation pour que ces potentialités deviennent des ressources récupérables et commerciales, avec forages de puits et prélèvements d’échantillons de roches pour analyses en laboratoire.

Il faudrait que des autorisations soient accordées par les autorités dans ce but à des sociétés qui détiennent l’expertise et le financement nécessaires : 6 à 8 ans sont nécessaires pour aboutir au minimum à un résultat qui n’est pas toujours garanti. Plusieurs scénarii sont possibles durant la période de 2014-2060.

Où en sommes-nous de l’exploitation du gaz de schiste ?

Nous en sommes encore loin, très loin, sur tous les plans. Il faudrait tout d’abord des études techniques et économiques puis la mise en place d’un cadre juridique et opérationnel bien sûr.

Il faudrait avant tout un feu vert de la part de la chambre des députés à deux niveaux. Tout d’abord l’amendement du Code des hydrocarbures par l’introduction et l’adoption de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, mais la partie n’est pas gagnée d’avance, car il y a des informations erronées, des idées préconçues sur de prétendues agressions à l’environnement, infondées sur le plan pratique.

Le pouvoir exécutif et les autorités de tutelle du secteur énergétique doivent «ramer» pour faire admettre cette nouveauté dans le Code qui a bien besoin d’être rénové pour s’adapter aux nouveaux impératifs de l’exploitation des hydrocarbures.

Ensuite, l’article 13 impose la décision de l’ANC en matière d’attribution des permis d’exploration préparés et conçus par la direction générale de l’énergie, avec le concours de l’ETAP qui est le bras exécutif de l’État sur le plan opérationnel en matière d’exploitation des hydrocarbures.

Impacts économiques et sociaux du gaz de schiste

Les retombées économiques de l’exploitation du gaz de schiste sont particulièrement prometteuses avec une contribution au PIB de l’ordre de 310 milliards de dinars par an dans l’hypothèse minimale selon les experts et pouvant aller jusqu’à 1.200 milliard dans le cas le plus favorable. L’hypothèse de création d’emplois bien rémunérés pour ingénieurs et cadres techniques et de gestion varierait entre 7.700 et 30.000 emplois par an. Ceci est valable pour les emplois directs, avec les emplois induits et indirects ce serait le double ou le triple.

Selon Imed Derouiche «cinq milliards de dollars US sont nécessaires pour l’exploitation du gaz de schiste en Tunisie». Ce qui implique des investissements étrangers. «Cela peut engendrer la création de 100.000 emplois et notre pays deviendra exportateur de pétrole.»

Environnement : les risques et les défis

Toute la problématique relative à la légalisation ou non de l’exploitation du gaz de schiste réside dans la nature des fluides auxquels on pourrait recourir pour fracturer la roche-mère afin d’en extraire le gaz ou le pétrole à récupérer en surface. Généralement l’eau est employée, qu’elle soit douce ou salée, mais cela peut être un produit chimique. C’est de là que provient la difficulté en Tunisie, où l’eau est rare et précieuse et de toute façon utilisée en priorité pour l’eau potable destinée à l’approvisionnement de la population et en second lieu à l’irrigation des terres cultivables. Cela peut être de l’eau salée amenée par un pipe-line à partir de la mer. Ce qui représente bien sûr un coût à évaluer en fonction des enjeux de production de gaz.

Il faut dire qu’il est possible de recycler cette eau à hauteur de 70%, ce qui réduit les volumes nécessaires à l’extraction du gaz. Les défenseurs de l’environnement invoquent les risques de pollution des sols cultivables par la diffusion d’eau mélangée au gaz ou au pétrole.

Les experts excluent ce risque de façon catégorique : l’extraction du gaz de schiste se fait à des profondeurs supérieures à 2.000 m (entre 3.000 et 4.000 m généralement) alors que la nappe phréatique se situe à 300 m au maximum

Les risques d’infiltration existent, mais ils sont minimes.

M. Imed Derouich, expert en hydrocarbures et directeur général de Petrofac, compagnie pétrolière anglaise qui exploite les gisements de gaz des îles Kerkenah, affirme que «sur 37.000 puits forés aux USA pour l’extraction du gaz de schiste, il y a eu des incidents sur deux puits. Dans ce cas on bouche le puits par un bouchon en béton et on creuse un autre puits plus loin

Il est certain qu’une législation appropriée doit être mise au point par une commission de spécialistes avant d’être transmise à la chambre des députés pour protéger les sites contre toute pollution.       

Ridha Lahmar  

 

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