Enquête sur le Tunisien et le taxi : Je te hais… moi non plus !

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 «Je hais les taxis ! » Ce cri du cœur poussé par une dame qui n’en trouve pas au bout de plus d’une demi-heure, est poussé tous les jours par une foule de Tunisiens aussi pressés que stressés. Et c’est vrai que les Taximen sont énervants, bien que nécessaires. Agaçants, bien qu’essentiels.

Nous avons écouté les doléances des clients, des chauffeurs de taxis et des autres automobilistes. Leurs propos sont parfois étonnants et souvent révoltants. Petite cerise sur le gâteau : nous vous donnons à la fin de cette enquête les coordonnées, adresse et numéro de téléphone, de l’organisme qui est chargé de leur gestion…

Quartier de Lafayette, midi trente. La dame qui est là depuis près d’une heure arrête enfin un taxi libre. Le chauffeur se penche de son côté et demande : « vous allez où ? » Elle répond : « Bab Saâdoun ». Sans rien dire, le taxiste redémarre, la plantant là, seule, avec sa rage et son désespoir. Elle nous déclare : « ils me font toujours ça, comme si c’était à eux de décider de ma destination. Et bizarrement, leur destination ne correspond jamais à la mienne ! Comme aujourd’hui, ils me plantent souvent là sans ménagement ! »

Cette situation est un grand classique, c’est le lot quotidien de milliers de Tunisiens. Et lorsqu’on a la chance, en pleine heure de pointe, de monter enfin dans un taxi, on a droit à plusieurs situations plus désagréables les unes que les autres. Il y a celui qui vous met des chants religieux à plein volume, des chansons libanaises à tue-tête, du raï et même du mézoued, une musique qui ne plait pas à tout les monde.

Il y a aussi ceux qui veulent absolument bavarder avec vous, même si vous êtes fatigués et que vous n’avez pas envie de discuter. Il y a ceux qui passent leur temps à regarder la dame ou la jeune fille dans le rétroviseur et à lui faire des avances qui deviennent vite des gros mots quand elles ne répondent pas favorablement.

Une jeune fille nous confie ses mésaventures avec plusieurs taxistes : « je monte toujours derrière pour éviter toute proximité. Mais certains n’arrêtent pas de me regarder dans le rétroviseur et ils tâtent le terrain avec des questions personnelles. Et comme je ne réponds pas, ils se mettent à me raconter leurs relations avec leurs femmes avec des mots crus. D’autres me demandent en mariage et me font un véritable interrogatoire de police. »

Certains utilisateurs de ce moyen de transport nous ont signalé les taxis qui allongent le parcours et vous font le tour du monde au lieu d’emprunter le chemin le plus court, sous prétexte que la circulation est dense. Autre arnaque classique la manipulation du compteur qu’ils mettent en mode nuit, soit 50% plus cher !

Une jeune étudiante a vécu une variante de ces arnaques : « en allant d’El Menzah VI au Bardo, vers 10H30 du matin, donc en dehors des heures de pointe, la circulation était plutôt fluide. Cette course ne dépasse pas les 3dt800 habituellement, mais je m’aperçois en milieu de chemin que le taxi n’a pas mis son compteur. Et quand je lui fais la remarque, il me répond : « le compteur est bloqué, on va s’arranger ». A l’arrivée, le taxi demande 7dt500. Il a fallu une longue négociation pour qu’il accepte 5dt500. A peine descendue, le taxi a embarqué un client qui va certainement vivre la même mésaventure. »

Un client d’un certain âge nous a parlé des taxis jadis : « certains chauffeurs portaient une tenue spéciale, ils étaient rasé de près, ils vous ouvraient la porte et vous aidaient à placer vos bagages si vous en aviez. Aujourd’hui, ils sont mal habillés, mal rasés et toujours très pressés. Ils préfèrent les touristes et les trajets longs. Ils s’arrêtent avant l’endroit voulu et vous disent continuez à pied, ce n’est pas loin… »

Au cours de cette enquête, nous avons également rencontré quelques chauffeurs de taxis et c’est Hassen qui résume le mieux leurs propos. Il est dans le métier depuis plusieurs années et il tente de défendre sa corporation : «Bien sûr, c’est facile de critiquer mais personne ne connait nos problèmes en interne. Moi par exemple, j’ai les traites de ma voiture que j’ai achetée l’an dernier et que je vais payer encore longtemps. Il y a les pièces de rechange qui coûtent de plus en plus cher, les taxes… »

Emporté par son élan, il se lâche sur un ton agressif : « sans oublier les petits incidents, les dégradations de certains clients, les agressions jour et nuit, les insultes des autres utilisateurs de la route. En plus, lorsque l’on est coincé dans les embouteillages, la consommation de gasoil  monte en flèche… A la fin de certaines journées, je ne gagne même pas de quoi payer les traites… »

Alors, comme bon nombre de ses collègues, il a choisi de ne travailler qu’en dehors des heures de pointe et de sélectionner les clients selon leur destination. S’ils vont loin, il les prend en charge, mais si c’est pour aller en centre ville, si c’est pour passer par Bab Saâdoun, la place du Bardo ou par Ennasr, il passe son chemin, se mettant par la même en infraction.

En effet, l’article 56 du décret n°2554-98 relatif aux transports publics de personnes par voiture de taxi en Tunisie précise que « la carte professionnelle du chauffeur de taxi peut être retirée entre une semaine et un mois, si ce dernier refuse d’assurer le service de transport, lorsque le véhicule est à la disposition du public. »

Récemment, une jeune fille a publié sur Facebook une vidéo surréaliste. Elle monte dans un taxi et demande à aller en centre ville. Refus du chauffeur. Elle prend alors son portable et commence à le filmer. Le ton change immédiatement et le « non » devient un « oui » bien plus conciliant. Les nouvelles technologies sont de plus en plus utiles pour se faire respecter…

Les autres utilisateurs de la route ne sont pas plus tendres avec les taximen. Les reproches sont nombreux et c’est Sami, un jeune commercial qui passe lui aussi ses journées au volant qui résume les griefs : « ils s’arrêtent brusquement pour charger des clients, ils ne mettent leur clignotant qu’à la dernière seconde, leurs portes s’ouvrent de façon intempestive et surtout ils ne se gênent pas pour vous piquer la priorité, sous prétexte qu’ils travaillent et que le taxi c’est leur gagne pain… »

Les plus décriés restent les taxis de groupe qui se conduisent très mal sur les routes. « Eux, c’est le Far West ! » assure un père de famille qui a eu deux accidents avec ces énergumènes. Même leurs collègues, les petits taxis se plaignent : « ils nous piquent nos clients, conduisent dangereusement et ne respectent ni les Stops, ni les feux rouges. En plus, ils ont obtenu leurs autorisations sans passer tous les examens que nous passons… »

A cette époque où tout est désorganisé et où les règlements sont bafoués, les autorités de tutelle devraient reprendre les choses en main et remettre ce pays dans le sens de la marche. Et les taxis, éléments importants dans la vie du citoyen, devraient réapprendre le respect de leurs clients et améliorer leur qualité de service…

Sachez enfin qu’en cas d’abus ou de conflit avec un chauffeur de taxi, vous pouvez vous adresser au « Service des taxis, rue des juges, Menzah 6 » ou à « La Chambre syndicale des Taxis, UTICA. N° 4 Rue Ferjani Belhaj Ammar 1003 cité El Khadhra. Téléphone 71 142 000 » pour porter plainte ou simplement informer les responsables des excès subis. Et en cas de harcèlement sexuel, pensez à utiliser votre portable pour filmer la scène en toute discrétion…

 

Yasser Maârouf

 

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