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Du tourisme à Sfax​

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En 2016, c’est-à-dire très prochainement, Sfax sera promue « Capitale arabe de la culture ». En avant-projet, dès le mois d’octobre, de nombreuses manifestations culturelles s’y dérouleront. Il est donc normal que nous allions nous promener dans la « Capitale du sud tunisien ».

 

Du tourisme ? pourquoi pas !

Contrairement au projet « Taparura » qui prétend faire de Sfax, s’il est réalisé, un pôle touristique, Sfax dispose déjà de tout ce qui est nécessaire pour intéresser de très nombreux visiteurs curieux.

Même si l’on hésite encore à situer les vestiges préhistoriques de la cité, qui ont dû être recouverts par la mer lors de la montée du niveau de la Méditerranée, on peut penser qu’elle a été un comptoir punique où les bateaux venaient s’échouer sur la grève près du village de Sidi Mansour.

Aucune preuve archéologique indiscutable n’indique l’emplacement exact de la Taparura romaine. Mais il semble bien que le plus ancien monument arabe ait été un « ribat » : un monastère fortifié construit, peut-être à l’emplacement de la Kasbah sous laquelle des vestiges très anciens ont été découverts.

Voilà un point de départ d’une promenade dans la Médina de Sfax. Bab El Bhar, la Kasbah et le musée de la Kasbah, nous font rêver à ce que pourrait être cette médina si elle était mise en valeur. Elle pourrait être la « Carcassonne » ou la « Dubrovnik » tunisienne et attirer des milliers de touristes.

Avant de monter jusqu’à la Kasbah, nous sommes passés au pied de sa tour impressionnante et nous avons admiré le rempart, tapissé d’une belle patine ocre, qui déroule la ligne brisée de ses pans de mur interrompus par les tours en saillie, jusqu’à Bab Diwan.

Cette enceinte, une des rares à être encore intacte, semble avoir été construite vers 859 sous le règne d’Ahmed Ibn El Aghlab à la même époque que la prestigieuse Grande Mosquée. La muraille, de 2000 mètre de pourtour, est flanquée de nombreuses tours, plus nombreuses face à la mer d’où venaient les attaques. Tours et courtines sont dotées de merlons en arc brisé. L’ensemble est renforcé par des « ouvrages » d’angle : la Kasbah et Borj Ennar en particulier.

La Kasbah, construite sur une petite élévation du terrain, comme le ribat, avons-nous écrit, du IXe siècle, domine la ville. La mer battait ses pieds naguère. Elle a été très remaniée : les vestiges aghlabides, zirides, ottomans, s’entrecroisent. Elle abrite une intéressante exposition qui donne une idée précise des techniques de l’architecture locale.

En s’éloignant vers l’Est, par la rue située en face de l’entrée du musée, on passera devant le café du Diwan logé dans une tour. Puis, on arrive à la hauteur de Bab Diwan. Certes, les grandes ouvertures face à la ville moderne sont récentes, mais si on prend le temps d’aller jusqu’à la petite porte latérale dont le seuil est au-dessous du niveau de la rue, on constate qu’il y avait là, une belle « porte à recouvrement ».

100 mètres plus loin, le magnifique minaret de la mosquée de Sidi Ammar Kammoun surprend. Sa construction au XVIIe siècle sur un mausolée, adossé au rempart, ne s’explique que par le rôle défensif qu’il jouait. Il illustre des traditions architecturales diverses : aghlabides, zirides, hafsides et des influences andalouses.

Au bout de la rue, à l’angle des remparts, se dresse Borj Ennar : le fort du feu d’où partaient des signaux d’alerte lumineux. Réaménagé et restauré, il loge, en particulier, l’A.S.M. de Sfax.

On tourne à angle droit, vers le nord. Puis on découvre Dar Jallouli : le magnifique musée des arts et traditions populaires, même si son entrée est très discrète. Une longue visite permet d’apprécier l’architecture de la demeure d’une grande famille sfaxienne, une exposition superbe de peintures sur verre, un décor et un mobilier traditionnels somptueux.

 

Le cœur de la cité

De nouveau, on tourne à angle droit, vers l’ouest : le centre, le cœur de la Médina, l’admirable Grande Mosquée. Nous avons écrit : « le cœur » car elle a été durant très longtemps, le « centre » où se prenaient toutes les grandes décisions, où étaient débattus les grands problèmes. Elle a été jusqu’au XIXe siècle, le sanctuaire où se déroulait la prière communautaire du vendredi.

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’elle acquiert son aspect actuel. La salle de prière a été agrandie. Elle est dotée d’un nouveau « mihrab ». Sa façade orientale déployant une succession de tympans surmontant des portes et des fenêtres est curieuse et très harmonieuse. Elle est ornée de panneaux antiques byzantins sculptés de paons affrontés de part et d’autre d’un panier, malheureusement, en grande partie, martelés. Des paons, symboles d’éternité encadrant une « corne d’abondance » peuvent parfaitement illustrer Sfax !

Allez grimper sur la terrasse d’un café voisin pour admirer le minaret garni d’un décor sculpté où l’épigraphie, le végétal et le géométrique se mêlent.

Après une longue visite à la Grande Mosquée, on ne fait que quelques pas pour entrer dans les souks. La lumière tamisée qui y règne, l’activité discrète que reflètent les discussions à mi-voix entre les acheteurs et les marchands, les étalages qui débordent des boutiques parfaitement rangées bien que pleines, au sens propre, de marchandises, le calme et l’amabilité des marchands assis dans leurs boutiques, tout cela crée une ambiance particulière qu’on apprécie, après le va et vient, souvent bruyant, de la foule qui se presse dans les rues avoisinantes.

Etoffes chatoyantes, tissages de laine, parfums locaux, productions artisanales, sont aujourd’hui concurrencées par la pacotille étrangère, hélas !

En continuant à flâner en zigzags, on arrive devant les vitrines brillantes des bijoutiers. Même si on y voit de moins en moins de pièces en filigrane, d’argent ou d’or, qui faisaient rêver, la magie de l’orfèvrerie joue toujours. Un peu plus loin, près des remparts où étaient relégué l’artisanat polluant, on découvre ce qu’il reste du fondouk des forgerons logé autour d’une grande cour. Les concurrences combinées du plastique, de l’aluminium et de l’« inox » ont eu raison des activités des forgerons, hélas !

On ne peut pas terminer cette promenade sans aller faire, au moins, un petit tour au marché de Bab Jebli, surtout au marché aux poissons dont les Sfaxiens sont si friands. Avez-vous goutté une vraie « marka sfaxia », une grillade de « sbars », pêchés autour des Kerkennah, évidemment, à la fin du printemps, une vraie « charmoula », un couscous au poisson, il y en a tant, des rascasses rouges au four, en hiver, quand elles ont le foie hypertrophié, un tentacule grillé de poulpe sec, quelques minces tranches de « boutargue », de vraies œufs de « kerchou » salés et pas encore complètement secs ?

Nous nous arrêtons pour regretter, par exemple, que le « petit chenal » ne soit pas encore, comme sur la « Côte d’azur » une marina au cœur de la ville et que le site de Thyna ne soit pas mis en valeur, une « maison » où on dégusterait des crus d’huile.

A notre avis, le touriste vient voir un endroit original qui mérite d’être vu. La dernière ville côtière tunisienne fortifiée, dotée non seulement d’une magnifique Grande Mosquée mais aussi de très nombreuses maisons patriciennes à l’architecture remarquable, des bâtiments religieux, tels que la mosquée et le mausolée de Sidi Belhassen El Karray, des souks encore vivaces, des rues encore bien pavées, bref, tout ce qu’on ne trouve pas ailleurs, rassemblé sur quelques hectares, cela attire le voyageur curieux.

Au fond, Sfax, dotée d’un aéroport et d’une autoroute, est de plus en plus facile à atteindre. La gamme de ses hôtels et de ses restaurants est à même de satisfaire toutes les exigences. Un week-end d’hiver ensoleillé quand le nord du pays est sous la pluie n’est-ce pas tentant ?

Alix Martin

 

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