Un week-end au far-west

 

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Une fois de plus ? Une fois encore, les charmes de l’extrême nord-ouest tunisien ont opéré : la Khroumirie nous a séduits et nous sommes allés découvrir une plage méconnue et des sensations nocturnes nouvelles.

Les sites préhistoriques

Tunis, Béja, Nefza, l’immense lac de retenue du barrage de Sidi M. Barrak, une petite route menant à la mer : la plage de Zouara. L’oued qui lui a donné son nom, aujourd’hui barré, n’est plus qu’un filet d’eau, en été surtout.

Entre les embouchures des Oueds Zouara et Berkoukech, s’étend, sur près de 9 kilomètres, une immense plage de sable, pratiquement déserte. Le paysage est en perpétuel changement : mise en défens, déplacement de dunes, boisement, coupes d’exploitation s’y succèdent. Un point appelé : Ragoubet Belgacem Ben Ali (7G29’E – 41G12’N), aujourd’hui noyé dans la forêt permettait de découvrir, à moins d’un kilomètre du littoral, toute une série de stations préhistoriques de toutes les époques. Il faudrait, aujourd’hui, des journées de recherche à pied et … pas mal de chance pour en retrouver quelques unes.

Aussi, le soleil qui faisait miroiter la mer, et les tentations d’un joyeux pique-nique à l’ombre des pins ont convaincu les visiteurs qu’il fallait d’abord profiter longuement de la plage, puis de l’ombre !

Ensuite, en fin d’après-midi, la remontée vers Béni Métir par la « route des lauriers » qu’on prend à Ras Rajel a offert une série d’émerveillements, bien que les bouquets roses des lauriers aient été moins fournis qu’au début de l’été.

La route passe par les « trois marabouts » au pied de la « R’cheda touila ». Une des très rares « roches dressées » pour ne pas dire « Menhir ».

Une douche fraîche, l’aménagement de son coin pour la nuit, un bon dîner et une ambiance conviviale ont conduit jusqu’à la veillée nocturne.

La nuit

Dans la nature, il existe différentes nuits : une nuit de pleine lune n’a rien de commun avec celles des nouvelles lunes toutes noires. Une nuit glaciale d’hiver prédispose à une immobilité emmitouflée, recroquevillé à l’abri de la brise hivernale alors que la douceur d’une nuit d’été incite à la promenade sous la pâle clarté des étoiles.

Les sons et les parfums, exacerbés par l’obscurité, sollicitent nos sens et troublent nos perceptions habituelles. Voir et écouter, la nuit, réclament un apprentissage.

Le profond « hou hou » d’un Grand-duc au vol absolument silencieux, le chant prolongé sur 6 ou 7 « houou » de la hulotte et le « piou piou » répété du Petit duc caractérisent un environnement forestier. Le bref glapissement d’un renard, les hurlements de chasse d’une meute de chacals, l’ultime cri aigu d’un lièvre capturé qui va mourir montent plutôt d’un maquis arboré. Le petit fanal vert jaunâtre de la femelle du vert luisant attire non seulement le mâle mais aussi les prédateurs. Sentir la nuit est un régal. L’humidité exalte les arômes : balsamique des pins, sucré du myrte, « mouillé » des mousses et tant d’autres : senteurs de la lavande, effluves des bruyères, et fragrances des calycotomes et des genets ou parfum des menthes.

Les étoiles

Excepté à la pleine lune, les étoiles nous tiennent compagnie. Vénus, « l’étoile du Berger », apparaît au coucher du soleil. Très vite, même un non-initié découvre la « grande ourse » puis il devine d’abord, avant de la situer vraiment, l’étoile polaire. Ensuite, petit à petit à partir de la « Voie lactée », on va situer certaines constellations. On place d’abord les constellations circumpolaires. En été, celles qui ont une forme particulière : le « w » de Cassiopée, reine éthiopienne, le dragon avec sa tête triangulaire et son long corps sinueux qui serpente d’abord au nord de l’étoile polaire, comme Cassiopée, puis entre la grande et la petite ourse. Le Cocher avec Capella, une des six plus grosses étoiles, au nord de Cassiopée. Deneb : la queue du Cygne brille constamment dans la voie lactée. Mais, un ciel estival de Khroumirie « fourmille » de myriades d’étoiles !

Rando de nuit

Et puis, on peut marcher un peu durant la nuit. La pleine lune fera naître des ombres fantastiques dans les bois. Les bruits prendront une ampleur alarmante, exagérée par nos « mythes » personnels. Non, aucun animal « sauvage » n’est dangereux en Tunisie, même pas le sanglier ni le cerf, en dehors des périodes de rut : septembre, octobre.

Ce vrombissement puis ce choc à la poitrine ou dans les jambes, c’est un énorme « Coléoptère » de la taille d’une phalange du pouce, dont nous cherchons le nom, doté d’une véritable corne de Rhinocéros au bout du nez.

A proximité d’un groupe de ruches, près du village, on est pratiquement certain de voir un sphinx à tête de mort. C’est un énorme papillon de nuit, de 6 à 7 centimètres de long, amateur fou de miel. Il « pille » les ruches. Le pauvre : il est rangé dans le genre « Achérontia » : Achéron, un des fleuves des enfers et il s’appelle : atropos, du nom d’une trois moires qui gèrent nos vies. « Clotho » et « Lachesis » président à la naissance et à la vie des hommes. « Atropos » est chargée de couper le fil de l’existence ! Savez-vous que ce papillon est capable de crier surtout quand on l’attrape ? Les tâches sur son thorax lui ont donné une mauvaise réputation !

Il y a tant de curiosités à observer dès la tombée de la nuit à Béni Métir. Les martinets noirs, qui survolent le lac jusqu’à la nuit, montent très haut pour dormir ! Le sommeil « n’intéresserait » pas la totalité de leur cerveau ! Les chauves-souris, qu’on entend crier quand elles se rassemblent, émettent des ultrasons inaudibles quand elles chassent ! La petite belette infatigable, rousse et blanche sur le ventre, longue d’une vingtaine de centimètres et pesant une centaine de grammes, chasse jour et nuit, tous les rongeurs ! La genette et le chat sauvage sont aussi des chasseurs nocturnes de rongeurs. Le porc-épic, discret, logeant dans les éboulis de rochers, s’en va, de nuit, « grognassant », à pas lents.

Passez une soirée dans la nature en montagne, auprès d’un tout petit feu qui fait bouillir un thé, allongé sur le gazon pour assister au spectacle multicolore d’un soleil qui se couche dans la pourpre et l’or en lavant le ciel d’un camaïeu de roses d’abord : « aurore », « fleur de pêcher », « lilas », « cyclamen », puis de gris : « gris perle », « cendré », « ardoisé », « de plomb », pendant qu’à l’ouest les bleus vont se noyer dans l’obscurité.

Après la touffeur de la journée, la fraîcheur permet de mieux respirer. Puis, à la douceur du crépuscule, succèdent les premiers souffles de la brise de nuit qui incitent à mettre une « petite laine ». Allez voir : c’est beau, la nature, la nuit, en Khroumirie.

Épilogue

Une nuit fraîche, un petit déjeuner copieux, agrémenté des produits locaux, une promenade à l’ombre des grands chênes – lesquels : zéens ou lièges perdent leurs feuilles en hiver ? – la chaleur ambiante et un trop long déjeuner ne prédisposaient pas à une visite studieuse de Chemtou. Heureusement, le vaste musée, très pédagogique, a été un havre de fraîcheur et a présenté une grande partie des « curiosités » du site que nous avons visité en après-midi.

Des « courageux », bravant le soleil, sont allés voir les ex-voto dédiés à Saturne Africain, l’emplacement du temple, la carrière, la bazina numide sous le forum et le grand pont romain. Certains ont même grimpés pour voir l’énorme colonne, encore couchée sur son lit de taille.

Ne pensez-vous pas que ce périple n’a rien à envier au « circuit Khroumir » que nous avons décrit récemment ?

Alix Martin

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