Présidentielle : Hamadi Jebali entame sa traversée du désert

The Future of Tunisia: Hammadi Jebali

Alors que les annonces de candidatures aux scrutins législatif et présidentiel se multiplient et que les dossiers des prétendants s’acheminent vers l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) il est presque certain que Hamadi Jebali ne se présentera pas à la prochaine élection présidentielle. Ce constat vient des propos tenus par Rached Ghannouchi  le 14 septembre 2014, lors d’une réunion organisée dans une banlieue de Tunis sur le fait que le parti n’avait pas désigné Hamadi Jebali comme candidat à la présidentielle, car «la situation politique actuelle ne pouvait supporter qu’Ennahdha contrôle à la fois le parlement et la présidence.»

Le Conseil de la Choura (consultatif) d’Ennahdha, réuni samedi et dimanche 6 et 7 septembre 2014 à Gammarth, dans la banlieue de Tunis, a avalisé la proposition de son président, Rached Ghannouchi, d’opter pour un candidat consensuel pour la présidence de la République et non appartenant au mouvement islamiste. Cette décision signifie qu’Ennahdha abandonne définitivement son soutien à la candidature d’Hamadi Jebali, l’ancien chef du gouvernement provisoire (décembre 2011 — mars 2013) et ex-Secrétaire général d’Ennahdha.

Désormais Hamadi Jebali est davantage considéré au sein de son ancien parti comme source de divisions que comme homme de rassemblement. Aussi, il faut dire que Rached Ghannouchi ne lui a pas pardonné ses façons d’agir seul, parfois en outrepassant les structures bureaucratiques, mais bien disciplinées du parti.  Mais au-delà du personnage d’Hamadi Jebali, dont la présence donne l’image d’un parti qui vacille, le mouvement islamiste semble trouver des remplaçants tels que, Harouni, Zbidi, Dilou, Lourimi. Ceux-ci mènent un discours plus moderniste et équilibré. Ils comprennent les rouages d’un État tunisien, séculier dans sa construction. En ce sens, Ennahdha se montre pragmatique, car il sait qu’il a encore toutes les chances, malgré les tergiversations, les déboires et certains abus, de finir en tête face à une opposition minée par les calculs personnels et toujours désunie.

Ainsi le mouvement islamiste, conscient qu’il est encore menacé en Tunisie dans son existence même par les accusations et les attaques qui proviennent de tous bords, est bien convaincu qu’«une période de transition ne se gouverne pas avec une majorité relative de 51%, mais par consensus», comme l’a exprimé Rached Ghannouchi.  Et Ghannouchi d’ajouter : «il faut redistribuer le pouvoir pour éviter tout coup d’État, dissiper toute idée de despotisme et de retour à la dictature. Peu importe qu’Ennahdha arrive premier ou deuxième aux deux élections, le plus important est que quand notre parti quitte le pouvoir et l’Assemblée nationale constituante, il ne part pas en prison ou en exil». 

Hamadi Jebali, une nouvelle traversée du désert ?

Le souvenir qu’a laissé Hamadi Jebali chez les Tunisiens, correspond à la période d’un mouvement islamiste faible qui n’était pas prêt pour gouverner. C’est la période d’un parti qui vacillant incapable de maîtriser un certain nombre de problèmes que traverse le pays comme la question de la fuite du leader d’Ansar Al Charia, Abou Iyadh, sous les yeux de la police de Ali Laarayedh, alors ministre de l’Intérieur, l’attaque de l’ambassade des États-Unis et aussi l’usage excessif injustifié de la grenaille, connu par le nom de «Rach» et de lacrymogène périmé à Siliana par les forces de l’ordre en novembre 2012.  

À présent, Hamadi Jebali, qui a voulu prendre ses distances vis-à-vis de son parti est lâché par ce dernier. Aussi, la dimension nationale qu’il veut donner à son éventuelle candidature à la présidence et capter ainsi le maximum de voix à l’extérieur du mouvement islamiste est perçue par les partisans d’Ennahdha comme un signe de déviance voire même de rébellion.

Rached Ghannouchi et ses compagnons de la direction politique du parti ont voulu faire comprendre à Hamadi Jebali qu’il n’a aucun avenir politique en dehors d’Ennahdha. D’ailleurs Abdellatif Mekki, dirigeant d’Ennahdha, a démenti le 5 septembre 2014 sur les ondes de Mosaïque FM les informations circulant sur une demande de soutien au mouvement formulée par Hamadi Jebali pour sa candidature à la présidentielle. Il a avoué que Jebali avait l’intention de se présenter en tant que candidat indépendant. Aux dires de Mekki, Jebali n’avait donc jamais sollicité d’Ennahdha un quelconque soutien tout en précisant que tout membre du mouvement doit se plier à la position prise lors des réunions du conseil de la Choura. Selon cette logique, Jebali, tout en étant membre du mouvement, ne peut se présenter qu’en tant qu’indépendant sans l’aval du parti.

Jebali l’offensif vs Ghannouchi le prudent

Entre Jebali et Ghannouchi une grande différence existe dans la manière d’appréhender la stratégie politique du mouvement. Jebali est offensif, voulant prendre hâtivement le pouvoir et instaurer progressivement le 6e califat qui est pour lui un système ouvert acceptant technocrates, savants et de diverses obédiences politiques ; Ghannouchi quant à lui se montre plus prudent, il a opté en effet pour la stratégie du compromis. Le leader actuel d’Ennahdha  ne considère pas en effet la Tunisie comme propice au projet pour le moins conservateur qu’il prépare pour le pays. Aussi, Ghannouchi et en cela rejoint-il Abdel Fattah Mourou, veut travailler sur un long terme et en silence en s’écartant de la responsabilité politique et de ses pièges et autres épreuves. Le leader du parti veut à présent travailler au niveau de la scène internationale sur son image d’islamiste modéré à un moment où certains pays arabes sont fortement déstabilisés par la naissance intempestive de l’État islamique, Daech, qui sème la terreur dans le monde arabe.

Mohamed Ali Elhaou

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