Jardins d’enfants coraniques : Un coup d’État permanent

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Difficile d’avoir des chiffres, car ces institutions, qui se sont développées en 2011, échappent à tout contrôle et attirent de plus en plus de parents crédules. Après l’essor de ces jardins d’enfants, c’est au tour des écoles coraniques et des universités d’assurer la relève ! Aussi  bien dans les régions que dans la capitale, ces jardins d’enfants sont présents dans les quartiers chics et populaires. Partout rentables : Radès, Mourouj 2, La Manouba, Cité Ennasr 2, Ain Meriem (Bizerte), Sousse, Menzel Kamel (Monastir), Kairouan, Zarzis…

 Les conséquences sont très lourdes sur la psychologie et le développement des enfants. Il s’agit, bien sûr, d’une atteinte à l’école républicaine. Que seront donc ces futurs «citoyens» ainsi formatés ?

L’endoctrinement

Nous ne sommes pas bien loin des méthodes de torture classiques. On alterne les messages subliminaux et l’apprentissage direct, le lavage de cerveau auxquels l’enfant, véritable pâte à modeler, est livré en pâture. On ne l’oblige pas à porter le voile, mais on choisit une petite fille comme exemple de comportement, ou de critères esthétiques.

«Les enfants, qui ont à cet âge un esprit moutonnier, vont forcément suivre cet exemple et essayeront de faire comme les autres. On façonne un modèle et les enfants auront tendance à vouloir suivre, à ressembler et faire pareil», nous confirme le Dr Moez Chérif, président de l’association «Les Droits de l’enfant.»

Pendant la sieste, pendant que les enfants dorment, des émissions télévisées bien choisies passent en boucle. Ce sont des messages subliminaux qui sont envoyés au cerveau des enfants. Les filles et les garçons sont, bien entendu, séparés.

Dépersonnalisation

La pensée wahhabite interdisant l’art figuratif, les enfants sont donc appelés à dessiner des visages sans yeux, sans bouche, sans nez. Une façon de dépersonnaliser complètement l’être humain.

Les animaux, eux aussi, ne sont plus que des formes, des courbes, sans détail, sans yeux … Les enfants n’appellent pas les maîtresses par leur prénom, mais ils interpellent les animatrices en disant «Islam», «Islam» pour toutes.

 

Le danger  et les conséquences !

Le phénomène existe depuis 2011 et nous nous attendons encore à voir des dégâts et des troubles occasionnés chez les futurs «moutons de Panurge programmés». On peut considérer qu’il s’agit là d’une bombe à retardement.

Certains parents ont décidé de sauver leurs enfants. C’est le cas d’une petite fille de 4 ans qui est arrivée chez le Dr. Moez Chérif en compagnie de sa maman. «L’enfant prétendait qu’elle ne voyait plus. Son institutrice porte le niqab et à force de dessiner des visages sans bouche, sans yeux, sans nez, sa perception a été affectée. Il s’agit d’une atteinte au schéma d’apprentissage et de développement de l’enfant. Un autre enfant aussi est venu me voir avec ses parents, car il s’est remis à faire pipi au lit depuis qu’il est dans ce jardin d’enfants. L’enfant était propre auparavant. Il s’agit d’un trouble affectif.»

Le danger est présent sur le plan pédagogique, mais les troubles que cela peut engendrer sur le schéma corporel sont infinis.

Mystère et boule de gomme

Les parents déposent leurs enfants dans un S.A.S et les récupère au même endroit. Pas question de venir perturber le programme ni même de visiter les locaux.

On dit qu’une partie du temps est consacrée à l’apprentissage du Coran, mais aussi aux préceptes de la religion selon la pensée wahhabite.

On parle d’une simulation du «tawef» avec un carton noir. On prépare les enfants au pèlerinage. Certains prétendent aussi que certains établissements les sensibilisent au djihad, une information qui n’est pas officielle. Beaucoup de ces enfants refusent de parler de ce qu’ils font ou vivent dans ces jardins.

Des parents dociles

Les parents sont attirés par ce genre d’établissements parce qu’ils pensent que les personnes qui se disent proches de la religion sont des gens honnêtes qui traiteront bien leurs enfants.  Ils cherchent aussi à inculquer à leurs enfants les préceptes de la religion et les imprégner de l’identité arabo-musulmane.

Ces jardins d’enfants promettent d’apprendre aux enfants le Coran et sont généralement «bon marché.»

C’est un programme préétabli  avec des supports pédagogiques et de nombreux imprimés. Tout est scrupuleusement préparé et les programmes sont identiques d’un établissement à l’autre. La formation d’une animatrice ne dure alors que deux ou trois jours puisqu’elle n’aura plus qu’à suivre les instructions et les fiches qui lui sont confiées. Elle est opérationnelle après quelques heures de formation.

Ceci n’est pas un «Kotteb»

Il ne faut surtout pas confondre ces établissements anarchiques avec le traditionnel «Kotteb» où les enfants apprennent le Coran et où les programmes sont contrôlés par le ministère et les autorités de tutelle. Ces lieux sont donc soumis à un contrôle et disposent d’une liste de ce qu’ils sont autorisés à faire et à ne pas faire.

Et les autorités dans tout ça ?

Si ce qui était «le ministère de la Femme» a souvent encouragé ce type d’institutions non réglementées qui ne sont soumises à aucune règle, aucune norme, aujourd’hui les choses ont quelque peu changé.

Avant, lors de la rencontre annuelle à l’UTICA, à la grande surprise de tous les participants, le représentant du ministère faisait l’éloge de ces établissements en les citant en exemple. Il a notamment prétendu qu’ils étaient exemplaires au niveau de l’équipement et de l’aménagement et que beaucoup de jardins d’enfants réglementés n’arrivaient pas à ce niveau de propreté et d’hygiène. Il a ensuite pourtant dû s’excuser pour ces propos qui ont provoqué une indignation générale !

Aujourd’hui, le secrétariat d’État a établi une liste des jardins d’enfants qui ont une autorisation. Le nombre d’établissements anarchiques s’élève à 350 et 170 en ont été fermés. Le secrétariat d’État travaille en coordination avec le ministère de l’Intérieur, mais ses décisions passent aussi par les gouverneurs, les municipalités et les contrôleurs d’État, ce qui engendre des lenteurs administratives. 

Après les jardins d’enfants coraniques, c’est au tour d’écoles privées coraniques et des universités dites «zeitouniennes», de prendre la relève. Il s’agit aussi d’une atteinte à la République et à son école républicaine, à l’unicité des programmes et aux droits des enfants. 

Yasmine Hajri

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