Des entrepreneuses rurales

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N'êtes-vous pas – ou plus ? – surpris de voir des rangées de femmes travaillant dans les champs ? On rencontre régulièrement, en fin d’après-midi, des groupes de femmes circulant dans des remorques agricoles ! En cette période où on fête les femmes, nous vous invitons à venir voir des femmes rurales au travail.

Des femmes entreprenantes

L’année dernière, nous avions écrit que des femmes de la région de Ghardimaou, qui fabriquaient de l’huile en piétinant des olives dans des trous enduits d’argile, avaient déploré l’absence d’une huilerie locale et d’un « circuit commercial » leur permettant de vendre leur huile « Bio ».

L’une d’elles avait regretté, en plus, de n’avoir pas la possibilité de fabriquer des « amphorettes » en céramique pour présenter cette huile aux acheteurs éventuels car elle savait faire de la poterie.

Récemment, à Béni Métir, en Khroumirie, une dame est venue nous raconter qu’elle avait des chèvres et qu’elle savait faire du fromage mais que faute d’une « fromagerie » rationnelle et d’un lieu de vente permanent dans un bourg, elle ne faisait rien du lait de ses bêtes.

Une autre, surprise en train de cueillir des mûres de ronce, nous a demandé si nous aimions la confiture de mûres. Comme nous lui avions affirmé que c’était délicieux, elle nous avait engagés à revenir, à la pleine saison des mûres pour goûter sa confiture. « Mais, avait-elle ajouté, apporte-moi les pots pour la mettre, je n’en ai pas » ! « Et puis, sais-tu que c’est un bon « remède » (dwè) ? On mange chaque jour, des fruits et de la confiture ou bien on boit une décoction des feuilles, sucrée avec du miel, pour guérir les maux d’estomac et du ventre ». « Et puis, le myrte aussi (Rihane) est un excellent médicament contre les maux de tête, la toux, les diarrhées, et même le laurier rose, la lavande, le cactus (Hindi), le lentisque (Zaarour) … Et les arbouses qui parsèment la forêt l’hiver, les as-tu goûtés ? Elles aussi deviennent de très bonnes confitures » !

Chemin faisant, elle énumérait, parmi les plantes qu’on rencontrait, celles qui faisaient partie de la pharmacopée locale. Après vérification dans le « Vidal de la phytothérapie », nous avons constaté que ses connaissances empiriques y étaient confirmées. « Si tu reviens avec tes amis, fais-moi prévenir, par le « Omda » par exemple, je vous préparerai des bouquets de plantes, je vous dirai comment les conserver et comment les préparer ».

A l’heure où, manifestement, la phytothérapie et l’utilisation des huiles essentielles ont le « vent en poupe », les connaissances de cette dame pourraient lui rapporter pas mal d’argent si elle disposait d’un « laboratoire » décent et … d’un circuit de vente.

En arrivant au « douar », l’étranger ignorant que nous étions, a d’abord été invité à boire un verre de thé accompagné d’une « tabouna » chaude que nous avons trempée dans une huile locale et un miel de forêt délectable. Puis, toutes les dames rassemblées nous ont instruits des bienfaits de la sauge, du thym, du romarin – que nous connaissions en partie ! – de l’huile – qui semble être une panacée ! – des orties – nous en avions entendu parler ! – de la mauve et des menthes – en Khroumirie la menthe poivrée : « flaïou » forme des prairies !

Que manque-t-il à ces femmes « entreprenantes » qui ont envie de commercialiser leur miel, leur fromage, leurs confitures, leurs plantes et pourquoi pas leurs produits artisanaux ? Juste un léger complément d’information, un petit capital leur permettant d’acheter un alambic, une centrifugeuse, des instruments de cuisine modernes et surtout … un accompagnement commercial, à notre avis.

Des femmes « entrepreneuses »

En février 2013, dans un article intitulé : « Oser », nous suggérions de réaliser un projet « touristico-économique » à l’Oued El Abid : une plage de sable magnifique, une mer poissonneuse, une forêt littorale giboyeuse, une région traversée par un oued où vivaient, peut-être, les dernières loutres de Tunisie et, surtout, un environnement de maquis où l’on trouvait une douzaine de plantes aromatiques, médicinales, culinaires et utilisables en artisanat ! Nous n’avons pas « prêché dans le désert » : une petite entreprise gérée et mise en œuvre par des femmes, appelée « Senteurs de province » a vu le jour.

Patronnée par l’Association : « Alliance de femme et environnement », sponsorisée par l’ambassade du Canada, elle propose des huiles essentielles, des eaux distillées et des savons naturels à base d’huile d’olives et des distillats des plantes sauvages « locales » : le thym, la menthe, le myrte, le romarin et la lavande. Elles essaient de se faire mieux connaître en faisant circuler un charmant petit carnet cartonné, gris-vert, orné d’un dessin de fleurettes encadrant la silhouette d’un buste de « bédouine ».

A tous ceux qui passent sur cette route, joignant Soliman à El Haouaria, pour aller à la plage et pour rejoindre les villas patriciennes superbes qui bordent les deux côtés de la route, nous lançons un appel, en parodiant une chanson qui a eu son « heure de gloire » : « Ce sont des femmes libérées, ne les laissez pas tomber ! », arrêtez-vous : vous avez sûrement besoin d’une savonnette, d’un peu d’essence de romarin : le « vicks » naturel de l’hiver, un peu d’huile de lavande, de myrte ou de menthe pour les soins de la peau, la toux, les spasmes digestifs !

Arrêtez-vous à l’Oued El Abid, allez voir, demandez conseils et essayez, vous ne le regretterez pas ! Et faites circuler l’information autour de vous : chaque « client » nouveau, entraîne une augmentation de la production, une aide supplémentaire et … une protection de l’environnement, demandée par ses femmes, qui en même temps luttent contre un surpâturage dévastateur des chèvres locales qui dévorent « leurs » plantes !

 

Des possibilités

Puisque traditionnellement ce sont les femmes qui « gèrent » le poulailler familial, ne pourrait-on pas lancer l’idée de faire élever et de commercialiser de petites volailles, appelées en Europe : « coquelets », « pigeonneaux », « pintadeaux », qui n’existent pas encore en Tunisie ? Cela n’exigerait ni espace ni investissements très importants.

Puisque, sur les hauts de Béni Métir, il existe des terres « déprises », arrosées par des sources pérennes, ne pourrait-on pas lancer l’idée d’y faire cultiver des fruits rouges : framboises, groseilles, fraises des bois et des noisetiers qui existent à l’état sauvage dans la région ? Tous ces fruits sont importés en totalité. Une production nationale aurait donc sa chance !

Dans un autre ordre d’idées, il existe, en France, une formation pour les jeunes gens appelée « accompagnateur en moyenne montagne ». Elle pourrait intéresser aussi Zaghouan, Thala, El Kef et Aïn Draham etc. … A cette occupation « intermittente » pourrait s’ajouter, au mois d’octobre, les « accompagnateurs des cueilleurs de champignons » que nous rétribuons à raison de 10 Dinars par jour par cueilleur. 10 cueilleurs donnant 10 dinars chacun = 100 dinars par jour.

En hiver, nous employons des accompagnateurs de chasse à la bécasse et à la palombe que nous payons 20 dinars par jour, par chasseur. Cela fait vite plus de 100 dinars par jour pour chaque accompagnateur. Toute l’année les amateurs de photos d’écotourisme paieraient pour aller sur des places d’observation aménagées et entretenues par ces « accompagnateurs ». Nous connaissons une entreprise d’écotourisme : « La bécasse » qui semble prospérer !

N’y aurait-il pas là matière à réfléchir et à entreprendre sans grosses dépenses d’installation ni de fonctionnement ? Les activités créées ne seraient-elles pas, au moins, aussi gratifiantes que les postes de serveur de bar ou de femmes de chambres ?

Alix Martin

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