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Les tourismes alternatifs

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Nous avons appris récemment que la région du Kef avait opté, dans le cadre des actions du projet « D.E.P.A.R.T. », pour les tourismes alternatifs comme facteurs de développement régional. Ce projet de « Développement économique et plan d’action régional pour la création d’emplois décents pour les jeunes en Tunisie » : « D.E.P.A.R.T. », patronné par l’ambassade des Pays-Bas, est le fruit d’une collaboration étroite entre l’Association de sauvegarde et de développement de la médina du Kef, du Bureau international du travail (BIT) et de l’ambassade des Pays-Bas à Tunis.

Les tourismes alternatifs

Puisque c’est nous qui en avons lancé l’idée et l’appellation, il y a déjà longtemps, nous préférons parler des tourismes alternatifs, au pluriel, au tourisme estival, balnéaire, de masse qui se pratiquait naguère.

Dans la région du Kef – nous souhaitons sortir du cadre étroit du gouvernorat – les possibilités de tourismes alternatifs sont très nombreuses.

Le plus simple à mettre en œuvre – il survit encore ! – c’est le tourisme cynégétique. Bien organisé, il serait « écologiquement responsable » à savoir par exemple que les gros sangliers : les reproducteurs, le capital cynégétique, ne seraient pas tirés et que les grives bénéficieraient de journées de « non-chasse » pour se nourrir correctement avant d’entreprendre leur migration de printemps. C’est une activité intéressante à laquelle pourrait être ajoutée la chasse photographique et l’organisation de loisirs plaisants pour les accompagnateurs ou accompagnatrices des chasseurs.

Les belles forêts de Touireuf, Kalaat Esnam, Makthar, etc. … pourraient offrir de nombreuses journées de chasse qui coûtent en Europe jusqu’à 1000 € / jour, par chasseur !

Nos nombreux lacs de barrage empoissonnés pourraient bien tenter des pêcheurs surtout en hiver en Europe quand les poissons ne mordent plus aux appâts en raison du froid.

Le tourisme culturel pourrait se nourrir non seulement des journées de musique et de théâtre qui se déroulent au Kef mais aussi des nombreuses « zerdas » ferventes qui regroupent les « fidèles » à Sidi Amor, à Sidi Abdallah Sghaier, ancêtre d’une tribu locale, à Sidi Ahmed Zoughlami et à Sidi Abdel Jaoued sur la « Table de Jugurtha ». Musiques, danses, présentation de chevaux dressés, grands coucous festifs intéressent tout le monde, sans parler de l’artisanat régional riche et varié.

Le tourisme historique a – dirait-on ! – la part trop belle dans la région du Kef. Indépendamment des vestiges historiques de la ville elle-même : sa Kasbah, ses thermes, ses citernes – 5000 m3 ! – et sa basilique d’époque romaine, ses mosquées magnifiques et toutes singulières, son musée des Arts traditionnels dont une grande salle consacrée au nomadisme ancien, la région est parsemée de sites historiques de toutes les époques : le site paléolithique de Sidi Zin, le plus important du pays, Medeïna / Althiburos où l’on vient de découvrir que les berbères pratiquaient la métallurgie du fer avant même la fondation de Carthage, Zanfour / Assuras et Mustis fondées par les vétérans romains vainqueurs de Jugurtha, Koudiat Nadhour, en face du village de Zouarine, tapissé d’une centaine, au moins, de tumulus berbères. Et, Haïdra / Ammaedara, Makthar, Bulla régia, Chemtou, La Kesra … il y en a trop !

Et l’histoire de la terre ? Le géotourisme est en deuil à El Haria où l’on avait découvert la référence mondiale de la couche K / T. La couche alluviale contenant une proportion importante d’iridium qui pourrait expliquer la disparition des dinosaures entre la fin du Crétacé (K) et le début du Tertiaire (T) par le heurt d’un énorme astéroïde, a disparu faute de protection. Mais, espérons qu’une prochaine mission scientifique la retrouvera pour la plus grande gloire du Kef et qu’un séminaire universitaire sera organisé à ce sujet.

Toute la région offre des curiosités géologiques : les diapirs : dômes de sel remontant vers la surface des terres et formant le Jebel Dabadib, par exemple, les inversions de relief : les vallées perchées du Jebel Dyr, de la Kalaat Esnan, les calcaires récifaux du Secondaire, contenant des minerais, des Jebel Jérissa, Slata, Bou Jabeur. On peut facilement organiser une grande excursion intéressante juste au-dessus de la ville du Kef. On découvrira d’abord que le Jebel Dyr est le fond d’une vallée faillée. Ensuite, la promenade, soit vers le nord-ouest, vers le « Dour Essned », soit vers le sud-est, vers Koudiat El Bayada, permettra d’observer la succession des roches calcaires tertiaires au sommet reposant sur des marnes de transition puis sur de vastes bancs de calcaires blancs du Secondaire formant la « Bayada ».

L’écotourisme

Tout le monde en parle sans y mettre le même sens à chaque fois. Il va de la promenade champêtre au voyage d’études scientifiques. Pour faire de l’écotourisme dans la région du Kef, il faut y aller soit au printemps soit en automne. A la belle saison, la splendeur du camaïeu vert formé par les blés, les orges, les avoines et les plantes à fourrage n’a d’égal que le superbe patchwork des parcelles labourées, ocre, marron, terre de Sienne, en automne ou la mer des blés d’or sur laquelle les premiers siroccos font courir des vagues d’or blanc. Pourquoi ces grandes cultures ? N’est-ce pas parce que le Tell est une terre argilo-calcaire capable d’assurer la totalité du cycle végétatif des céréales sans irrigation ? Cette même terre porte aussi des oliviers aux branches tantôt saupoudrées de fleurettes blanches à la belle saison, tantôt courbées vers le sol sous le poids des fruits noirs ou violets.

Si l’écologie est la science des liens unissant tous les êtres vivants entre eux et les liant au milieu dans lequel ils vivent, l’écotourisme est l’observation de ces liens. Pourquoi les migrateurs « becs croisés » sont-ils si nombreux dans les bois de pins et les pignes décortiquées si abondantes par terre ? N’est-ce pas parce que les sols « gypseux » portent surtout des pins d’Alep. Les nuages d’étourneaux et les vols de grives n’arrivent dans la région qu’en hiver, au moment où … les olives sont mûres ? Ces grands rapaces au plumage blanc rayé de noir : les circaètes Jean Le Blanc reviennent du sud du sahara, au printemps, parce que les reptiles dont ils se nourrissent de préférence sortent de leur trou en cette saison. Et nous n’avons pas écrit un mot à propos des tourismes de randonnées à pied, à V.T.T., à cheval, demain peut-être.

Et l’entraide

Pourquoi certaines écoles rurales, isolées, défavorisées, ont-elles été brûlées, vandalisées, à plusieurs reprises, à tel point qu’il a fallu, pour arrêter les « Barbares », mettre les « enfants en cage », en installant des portes en fer et des barreaux aux fenêtres ?

Pourquoi les élèves sont-ils joyeux en cette fin d’année ? Parce que toute l’année, une petite association : « Terre verte », basée dans un gîte rural local : « Dar Manaï », qui porte le nom de sa présidente, originaire du Henchir Manaï environnant, leur a apporté ce qui pourrait être appelé une « Interaction » entre les citadins aisées qui offrent des cartables garnis et des vélos et les enfants pauvres ainsi que ceux qui habitent loin. Ce pourrait être un « écosystème humain » dans lequel « les grands arbres » et « les bonnes récoltes », que sont les gens aisés, procurent aux démunis : des vêtements pour l’hiver, des fêtes au printemps, un peu de moutons pour l’Aïd et un peu d’aide toute l’année.

Manifestement, le « D.E.P.A.R.T. » a un très vaste et magnifique champ d’action. En effet, il est souhaitable de mettre en valeur les richesses patrimoniales de la région du Kef afin de stimuler des créations d’emplois décents, pour les jeunes, surtout.

 

Alix Martin

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