En marge des évènements de Bizerte 19-23 juillet 1961, servir la République

 

Défense antiaérienne à Bizerte

Le 25 Juillet, on célèbrera la « fête de la République » qui, cette année, restera marquée par l’adoption d’une nouvelle constitution et l’élection d’une Assemblée nationale : ce sera la fête de la Deuxième République.

Cependant, il ne faut pas oublier que la précédente n’a pas été « un long fleuve tranquille ». Elle s’est achevée par le sacrifice de jeunes gens, et, il y a plus d’un demi-siècle, au mois de Juillet 1961, de nombreux citoyens, aux deux extrémités du pays, se sont sacrifiés pour la République. Il ne faudrait pas les oublier.

La bataille de Bizerte

Que s’est-il passé à, et autour de, Bizerte entre le 19 et le 23 Juillet 1961 ?

Ce fut une véritable tragédie pour la population tunisienne parce que, à l’appel du Président Bourguiba, de très nombreux citoyens venus de tout le pays, souvent armés de bâtons, sont accourus manifester devant les casernes françaises, demander le départ de militaires étrangers et, finalement, se heurter à des troupes dont la supériorité militaire était évidente.

La violation d’un accord prévoyant l’évacuation de la Base « atomique », a-t-on dit, de Bizerte, est-elle la seule, voire la plus importante cause du conflit ? Le Président Bourguiba a-t-il sous-estimé l’intransigeance du Général De Gaulle, sans doute influencé par son armée en Algérie, alors que des négociations se déroulaient avec le F.L.N. ? Le président tunisien a-t-il voulu faire un « coup d’éclat », face au « Monde arabe » qui n’avait d’yeux que pour le Président Abdennaceur à ce moment là ? Pensait-il qu’une fois de plus, comme d’habitude, la République française allait négocier, transiger plutôt que de faire « couler le sang » ?

Pourtant le Président Bourguiba qui a toujours su éviter les épreuves de force, a donné l’ordre, à la très jeune armée tunisienne, sous-équipée, de tirer. On ne sait toujours pas avec exactitude le nombre des pertes en vies humaines : 431 militaires sans compter les civils, des milliers dit la mémoire populaire.

Depuis, Bizerte a pansé ses plaies, s’est développée. Elle s’est dotée d’une importante zone industrielle, de grandes entreprises performantes et d’un vaste port de plaisance a qui on reproche, à juste titre sans doute, la construction d’un énorme immeuble en bordure de mer et l’ensablement d’un charmant vieux port de pêche, sans doute en raison de travaux dans le port de plaisance.

Promenade à Bizerte

Mais Bizerte, au bout de quelques kilomètres d’autoroute est toujours aussi accueillante. Elle ouvre les bras aux visiteurs dès sa banlieue : la forêt du Rimel bordée d’une belle plage de sable, ses établissements de conchyliculture sur le lac, ses bourgs pimpants : Menzel Jemil étagé à flanc de colline, Menzel Abderrahmane fondé à l’époque aghlabide, Zarzouna dotée d’une belle plage.

Au bout de la ville et des plages de la Corniche, le Cap Blanc : extrémité septentrionale de l’Afrique accueille les plongeurs, les plages d’Oued Damous, de Ras Angela et de Ras El Koran bordées de pinèdes sont très prisées.

Si l’on rentre dans la ville : le vieux port encadré par des murailles patinées d’ocre, le marché multicolore et parfumé, les alentours de la place Slaheddine Bouchoucha, avec la Grande Mosquée, les petites rues charment les visiteurs.

Au coin sud-ouest du vieux port, dans une salle minuscule, les amateurs se pressent autour de délicieuses grillades de poissons : daurades, sardines et maquereaux, cuites sur le trottoir !

Un peu plus loin, sur le quai nord, au fond d’une grande « terrasse » vitrée, un savoureux thé vert est servi, sous des voûtes « andalouses ». Le « fort d’Espagne », construit par le turc Eulj Ali, en 1570 domine la ville et la baie.

Bizerte mérite de nombreuses et longues visites, à notre avis.

La Borne 233

À l’extrémité sud du pays, les 20 et 21 Juillet 1961, d’autres citoyens se sont sacrifiés pour la République. Après l’Indépendance, Fort Saint devenu Borj Khadhra, avait été occupé par l’armée tunisienne. De l’autre côté de la frontière, en Algérie, les Français occupaient un fortin appelé Fort Carkouet, en souvenir d’un sous-officier mort en 1942 en combattant avec 12 soldats une troupe de 200 militaires italiens dotés de quatre canons !

Au début 1960, le gouvernement tunisien revendiqua Fort Carkouet. Les français cédèrent et construisirent un « poste avancée » appelé Fort Thiriet, juste sur la frontière.

Au début Juillet 1961, le Président Bourguiba souhaitant parachever l’Indépendance du pays proclama que la Tunisie s’étendait jusqu’à la borne 233 à la hauteur de laquelle des combattants algériens avaient planté un fanion vert et blanc pour bien marquer qu’elle était en Algérie.

Le 20 Juillet, une colonne de militaires tunisiens longe la frontière pour aller à la borne 233 puis fait demi-tour, sous une chaleur terrible. Entre-temps, vers midi, des obus de mortier sont tirés contre le Poste avancé : Fort Thiriet, sans efficacité, par l’armée tunisienne.

A l’aube du 21 Juillet, les tirs reprennent, un soldat français est tué. Alors, l’aviation française intervient, d’abord pour dégager les onze soldats français du poste avancé, puis pour arrêter des troupes tunisiennes s’avançant vers Fort Thiriet. Ces derniers subissent de lourdes pertes. La borne 233 restera en terre algérienne. Là aussi, la « sagesse » du Président Bourguiba qui a abandonné toutes les revendications tunisiennes en matière de frontière, a prouvé qu’il ne faut jamais « insulter l’avenir ». Les relations algéro-tunisiennes en sont la preuve ! Mais pourquoi défier les troupes françaises ?

Errances dans l’erg

Aujourd’hui, on ne peut que regretter amèrement que des bandes « incontrôlées » privent le pays de la jouissance de près du tiers de son territoire : « les territoires du sud ». Elles privent la Tunisie d’un atout majeur de son développement touristique : le « tourisme saharien ». Certes les alentours de Tozeur et de Douz sont intéressants mais les raids de 70 kilomètres vers Ksar Ghilane ou Tin Baïn, laissent un goût d’inachevé, laissent le visiteur sur sa faim.

Certes, le petit bout de Sahara tunisien : l’extrémité du Grand erg oriental ne peut rivaliser avec les monts volcaniques du Hoggar, l’immensité des ergs de Mourzouk et de l’Ennedi, ne recèle pas les magnifiques peintures et gravures préhistoriques de l’Algérie et de la Libye.

Mais, « plus me plait une rose dans mon jardin que mille dans les parcs du Sultan » ! Certains raids que nous avons fait, tantôt sur les traces du « Tour automobile et moto de Tunisie », tantôt guidés par le « guide J. Gandini », nous ont fait découvrir des aspects extraordinaires du sud tunisien. Simplement, pourrait-on dire, en suivant la route depuis Borj El Khadhra (à quelques kilomètres de Gh’damès, la « merveille » ! Quel dommage qu’on ne puisse plus y aller !) jusqu’à Thiaret et Mechiguig qui s’appelait Borj Pervinquière, du nom d’un des pères de la géologie du pays. Les « roses des sables », trouvées dans la Sebkha Mzezem, voisine de Bir Pistor sont très particulières.

Le raid Thiaret / SP 3 jusqu’à la carcasse d’un camion abandonné par l’expédition tragique du Général Le Bœuf en 1916 et à El Borma permet de voir des dunes énormes, de plus de 100 mètres de haut (à l’Ouest de la frontière, elles mesurent 250 mètres de haut) ! Arrêtés sur leur flanc, les gros 4×4 semblent des insectes !

La sortie au nord-est vers Bir Ezzoba et la piste qui longe le pipe Aïn Amenas (Algérie) la Skhira, est un grand moment de « hors piste » dont on se souvient longtemps ! Les « débutants » découvrent alors la nécessité de dégonfler les pneus, de ne pas attaquer les dunes « de face », d’essayer de passer par les cols entre les « cordons de dunes ». Ils découvrent aussi « l’ivresse » des descentes toujours « hasardeuses ».

Incontestablement, les promenades, même en 4×4, dans l’erg, sont des moments de grand plaisir. Que serait-ce de les faire à dos de dromadaires !

Alix Martin

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