Phosphates et énergie : deux dossiers brûlants sur la sellette à l’ANC !

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Le dialogue qui s’est tenu lors de l’Assemblée générale de l’ANC la semaine dernière avec M. Kamel Ben Nasr, ministre de l’Industrie, n’a pas manqué de révélations importantes et de rebondissements à propos de deux secteurs vitaux de l’économie tunisienne.

En effet, il a porté sur la situation grave qui perdure dans les secteurs des phosphates du bassin minier de Gafsa. Quant au secteur de l’énergie, le déficit se creuse d’une année à l’autre tandis que les projets énergétiques se heurtent à des difficultés. C’est pourquoi les députés de l’ANC veulent voir plus clair dans les dossiers des permis de prospection des hydrocarbures.

Alors que la CPG avait produit en 2010 8 millions de tonnes de phosphates, les prévisions de production pour 2014 ne sont que de 5,5 millions de tonnes, soit environ 60% du chiffre 2010 ce qui est nettement insuffisant, surtout qu’il y a eu des recrutements en masse outre les augmentations de salaires survenues entre-temps. Cela signifie que la compagnie est en difficulté financière alarmante, surtout que la production accumulée durant trois ans a accusé une régression de 70% par rapport à la capacité de l’outil nominal de production. La Tunisie a perdu ses clients à l’export et la balance des paiements a perdu les recettes en devises correspondantes, quant au budget tunisien qui bénéficiait de 1 à 2 milliards de recettes par an, il est resté privé de cette manne depuis trois ans. En période d’activité normale, on compte dix trains par jour transportant un plein chargement de phosphates sur le trajet Metlaoui-Gabès et véhiculant 10.000 tonnes.

 

La paralysie du bassin minier de Gafsa

Un arrêt de dix jours de transport à cause des perturbations engendrées par les contestations relatives au recrutement dans la société de protection de l’environnement a engendré un manque à gagner de 100.000 tonnes.

Cette situation, en réduisant le stock stratégique de phosphates, risque de provoquer pour les usines du Groupe chimique de Tunisie une pénurie de matière première et également de retarder les exportations qui font l’objet d’engagements de la Compagnie des phosphates de Gafsa vis-à-vis de ses clients à l’étranger.

Les répercussions de ces contre-performances sur les recettes en devises de la CPG et du GCT sont évidemment conséquentes. Rappelons qu’en 2010 le stock stratégique du Groupe chimique était de 7 millions de tonnes. Cela a permis aux usines de transformation de Gabès de poursuivre leurs activités durant ces trois années malgré les multiples interruptions de l’extraction du phosphate brut.

Notre pays ne représente plus que 3,5% de la production mondiale de phosphates alors qu’il représentait 4,5%. Les phosphates qui génèrent 27.000 emplois risquent de les perdre très bientôt si les perturbations sociales persistent, faute de voir les autorités recourir à la fermeté dans l’application de la loi sur la liberté de travailler.

Le déficit énergétique : 3 millions de TEP par an

La consommation globale d’énergie de notre pays, qui augmente de 5% chaque année, approche les 8 millions de tonnes  équivalant pétrole (TEP), entre pétrole et gaz. Alors que la production nationale n’excède pas 5 MTEP. Nous devons donc importer près de 3 MTEP chaque année. Or si la consommation augmente, la production a tendance à diminuer avec l’épuisement des gisements de pétrole traditionnels. En effet le ministre de l’Industrie, qui est aussi la tutelle du secteur de l’énergie, a révélé que les réserves actuellement connues seront épuisées dans 18 ans. La politique de l’État en la matière comporte plusieurs orientations stratégiques. Activer la prospection de nouveaux gisements et accélérer l’exploitation des découvertes en réalisant les infrastructures et les investissements nécessaires, comme le gazoduc du gisement gaz du sud, qui porte le nom de Naouara.

L’État encourage le forage des puits lorsqu’il y a découverte et l’ETAP, qui est le bras opérationnel de l’État en la matière, prend en charge 50% des investissements pour l’exploitation des gisements découverts par les sociétés étrangères qui ont obtenu des permis de prospection.

À l’ANC, des suspicions de corruption pèsent sur les conditions dans lesquelles plusieurs permis de prospection de pétrole ont été accordés, c’est pourquoi la commission de l’énergie a demandé d’examiner les dossiers de façon approfondie. Il faut dire que cinq sociétés sur les quarante-cinq sont de nationalité tunisienne.

Rappelons que malgré les gisements de gaz d’Hannibal et de Miskar, exploités par British-Gaz et dont le gaz est vendu à la STEG, notre pays importe 45% de ses besoins en gaz surtout d’Algérie, soit par prélèvement sur le gazoduc algéro-italien à titre de redevance soit par importation directe.

Les autres orientations de la stratégie énergétique consistent à rationaliser la consommation par les audits des gros consommateurs, ainsi que l’encouragement des industriels à produire l’électricité à vendre à la STEG qui assure la distribution.

Enfin, il y a la promotion des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien. La compensation de l’énergie prévue pour 2014 est de 2,5 milliards de dinars alors qu’elle était supérieure à 3 MD en 2013, ce qui signifie que le prix de l’essence à la pompe va augmenter.

Il y a lieu de réviser le Code des hydrocarbures qui a vieilli, il est en effet dépassé par l’évolution de la conjoncture mondiale en matière de prix sur le marché mondial et par les conditions technologiques de la prospection et de l’exploitation. Il a été élaboré quand le prix du baril de pétrole était de 20 à 25 dollars, alors qu’il se situe actuellement entre 100 et 110 dollars le baril de brut.

M. Kamel Ben Nasr a informé les députés de l’ANC que plusieurs projets dans le domaine de l’énergie sont paralysés dans les régions du sud pour des raisons foncières, alors qu’ils sont presque achevés, suite à l’opposition des citoyens. C’est ainsi que l’approvisionnement du bassin minier de Gafsa en gaz est bloqué alors que les canalisations ont été construites à 87%. Le gazoduc Zarzis-Djerba est achevé à 95%, mais demeure bloqué sur les 5% restants par le refus de droit de passage de certains propriétaires.

Quel profit tire notre pays de la manne pétrolière ?

Il faut dire que les sociétés pétrolières paient 1,5 milliard de dinars par an à l’État à titre d’impôts et taxes, ce qui est un montant élevé. Les compagnies qui sont dans la phase exploitation doivent céder une partie de leur produit à la Tunisie à un prix préférentiel, ce qui constitue un autre avantage. Le ministre de l’Industrie a évalué la quote-part retirée par notre pays de la production énergétique à 79%, taux considéré comme le plus élevé au monde.

En outre, il y a des investissements qui sont financés par les compagnies pétrolières qui créent directement et indirectement des emplois, plus le transfert de technologie au profit de notre pays. Il faut également comptabiliser les bénéfices retirés par l’ETAP qui reviennent à l’État tunisien.

Ridha Lahmar   

 

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