Hakim Ben Hammouda rectifie le tir

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  • L’emploi et le développement régional d’abord
  • L’investissement plutôt que la consommation
  • Une croissance à 10% en 2015
  • Le tourisme et la réforme fiscale parmi les priorités

Entretien conduit par Taïeb Zahar

Quoi de plus normal que Hakim Ben Hammouda, aujourd’hui ministre de l’Économie et des Finances du gouvernement Jomaâ, réserve sa première grande interview à son journal de toujours, Réalités ? C’est en toute franchise qu’il nous a répondu.

Il n’a pas cherché à occulter les difficultés que traverse le pays, notamment dans le domaine économique et il s’avère que la tâche qui l’attend, ainsi que ses collègues du gouvernement, ne sera pas de tout repos.

Entre les revendications sociales et la nécessaire rigueur dans la gestion des deniers publics, la marge de manœuvre est étroite et le chemin semé d’embûches.

L’occasion a été propice à un tour d’horizon des questions que se posent l’opinion publique et le monde économique.

 

 

Il semble que vous êtes surpris par la situation alarmante de l’économie. Avez-vous fait un inventaire global ?

Oui, on savait que la situation économique était très difficile. Dès notre prise de fonctions, nous avons fait un travail sur les chiffres. Ce travail n’a pas été facile, pour une raison très simple, c’est qu’il a nécessité de rechercher ces chiffres entre plusieurs situations qui ne concordent pas toujours entre elles et nous avons dû mettre tout le monde ensemble pour parvenir à avoir une vue générale de la situation. Nous sommes quand même parvenus à la situation la plus proche de la réalité. Pour cela nous avons dû mettre en place un système de tableau de bord qui existe dans tous les pays et toutes les institutions internationales et qui permet de voir l’ensemble de la situation. Nous sommes en train de travailler avec un grand bureau d’études international qui va nous permettre d’utiliser ce tableau de bord afin de suivre l’ensemble des indicateurs de l’économie de manière régulière, presque quotidiennement, afin de ne pas attendre une année pour connaître l’état de notre économie.

Ceci étant, je pense que nous sommes parvenus à un diagnostic qui semble le plus proche de la réalité et qui montre effectivement l’ampleur des dérapages qui ont été occasionnés et qui ne datait pas seulement d’une année. C’est pratiquement la fin d’un modèle de développement qui, dans les années 2000, était encore fondé sur les industries intensives au travail et, après la Révolution, il y a eu une dérive et un dérapage importants et les subventions ont pris le pas dans la dynamique et le fonctionnement de l’économie, bien évidemment au détriment de l’investissement productif.

Avez-vous commencé à alerter les partis politiques de cette situation. Est-ce qu’ils vous soutiennent ? Sont-ils conscients de cette situation et sont-ils prêts à faire l’effort nécessaire en sortant un peu de la démagogie populiste ambiante aujourd’hui ?

Dès que nous avons eu les premiers résultats, on a commencé à les partager en mettant en place une task force composée d’experts connus. Le chef du gouvernement a réuni d’autres experts à plusieurs reprises avec l’idée d’échanger avec eux sur cette situation économique difficile et ce processus a mené vers une longue rencontre avec les partis politiques, organisée samedi, avec lesquels on a partagé la situation économique et surtout  nous leur avons donné une petite idée sur ce que nous comptons faire pour redresser la situation économique. Personnellement j’ai été très satisfait par cette réunion parce qu’ils nous ont donné l’occasion d’expliquer ce qui a été fait depuis un mois, non seulement sur le dossier économique, mais aussi sur le dossier politique et sécuritaire, sur la mise en œuvre, en somme, de la feuille de route du Quartet et de l’ensemble du climat du consensus national. Et nos invités ont été très satisfaits de cette initiative et ont même demandé de la renouveler de manière régulière, ce à quoi le gouvernement s’est engagé. La deuxième chose, c’est que nous les avons trouvés assez attentifs au sujet de la situation économique et disposés à aider le gouvernement à prendre un certain nombre de décisions. De cette réunion, nous sommes sortis avec une idée très importante, à savoir l’organisation d’une conférence nationale le plus tôt possible, que le gouvernement va préparer et à laquelle nous appelons toutes les parties prenantes à commencer par les organisations syndicales et patronales…

Avez-vous fixé une date ?

Pas encore, mais cela va être organisé assez vite pour partager encore plus le caractère critique de la situation.

Quelles sont les mesures prioritaires que vous allez prendre pour assurer la relance économique du pays ?

Je pense que ce qui est très important c’est la démarche. Généralement, dans un contexte de crise des finances publiques tel que celui que connait la Tunisie actuellement, les solutions qui sont privilégiées sont toujours des solutions financières pour mettre fin aux dérapages financiers. Compte tenu du contexte social et politique dans lequel nous vivons, nous avons décidé de faire autrement et de donner une réponse globale aux questions financières et de favoriser une réponse qui prend en considération un certain nombre d’attentes sociales : l’emploi et le développement régional. Donc, nous avons développé une réponse qui cherche à rompre avec la dynamique économique qui a été mise en place depuis la Révolution et qui met l’accent sur la consommation, pour privilégier une optique qui met l’accent sur l’investissement. La mesure la plus importante est la mise en place d’un pacte d’investissement sur lequel nous allons travailler, avec pour objectif une croissance de 10% en 2015, avec trois types d’actions. La première au niveau du cadre législatif pour faciliter l’investissement et réduire les attentes, ce sont des choses que les investisseurs n’ont pas arrêté de souligner, comme la lourdeur de l’appareil administratif et d’autres problèmes. Nous allons donc exercer une action volontariste dans ce sens, à deux niveaux. Tout d’abord les PME, dont un bon nombre sont pratiquement à l’agonie et qui sont éparpillées dans un certain nombre d’organismes et ne sont pas organisées, la BPFME qui devrait continuer comme dans le passé à jouer un rôle actif et dynamique auprès des PME, mais elle doit aussi revoir son business model, car aujourd’hui ses difficultés viennent du fait qu’elle ne prend en charge que les aspects très peu rentables du financement des PME et l’idée est de lui donner les moyens de prendre aussi en compte les aspects plus rentables. Le deuxième aspect, ce sont les grands projets intégrateurs, où l’idée est de mettre en place une unité beaucoup plus dynamique dont le rôle serait de faciliter ces investissements et de les accélérer.

Une des conditions primordiales pour la poursuite de notre action est la paix sociale. Aujourd’hui, l’un des gros problèmes, c’est la Caisse de compensation dont il faut maitriser le déficit tout en assurant la paix sociale. Or, vous avez vu le tollé général soulevé devant l’augmentation de la boite de concentré de tomates !

Comment faire avec ce casse-tête qui plombe votre action, tout en assurant la paix sociale ?

Je pense qu’au sujet de la paix sociale il y a des discussions très importantes et des échanges en cours avec l’UGTT et nous espérons parvenir à un accord qui nous permettra d’avancer. L’UGTT a joué un rôle politique très important lors des périodes récentes et nous essayons de discuter avec elle sur la question de la gestion de la situation sociale. Pour la Caisse de compensation, elle constitue vraiment une énorme préoccupation, car elle est passée en très peu de temps à un taux de croissance de 240%. En 4 ou 5 ans, elle est passée de 1,5 milliard en 2010 à presque 5 milliards aujourd’hui, la compensation est pratiquement l’équivalent du budget d’investissement dans la loi de Finances de 2014, ce qui montre l’ampleur de la dérive.

Pour la maitrise de cette Caisse il y a des actions qui ont été entreprises dans différents domaines. La première consiste à diminuer les subventions sur le secteur énergétique (le cas du ciment)…

N’envisagez-vous pas d’augmenter le prix de l’essence ?

Le deuxième aspect est aussi la rationalisation des prix à la consommation et de ce point de vue la loi de Finances a envisagé un certain nombre de mécanismes, notamment l’augmentation du prix de l’essence.

Comme vous le savez, cette décision a été reportée en début d’année et, sur cet aspect et sur d’autres aspects de la loi de Finances, on va voir dans quelle mesure nous allons y travailler dans quelques semaines.

Avez-vous une idée sur la date où vous allez la présenter ? 

Nous allons préparer la loi de Finances complémentaire pour 2014 et la loi de Finances 2015. Pour cette dernière j’ai déjà lancé la procédure de préparation, quant à la loi de Finances 2014, on va probablement la mener en parallèle et nous commencerons à y travailler au plus tard dans un mois, probablement à la mi-avril. On a commencé à envisager tous les scenarii financiers, à voir les déséquilibres et les ressources que nous avons et surtout celles que nous n’avons pas et les moyens de préparer cette loi.

Venons-en à la réforme fiscale. Qu’allez-vous faire pour les forfaitaires qui jusqu’à aujourd’hui payent fort peu ?

Il est évident que l’augmentation des recettes fait partie des priorités d’une nouvelle loi de Finances ; un certain nombre de mesures ont été envisagées dans la loi de Finances 2014, nous sommes déterminés à envisager la réforme fiscale dans très peu de temps et surtout à faire en sorte qu’un certain nombre de mesures soient intégrées dans la nouvelle loi de Finances pour dégager des recettes supplémentaires. Depuis une semaine je vois des experts en fiscalité, j’ai tenu un certain nombre de réunions avec eux et l’idée est de trouver des niches fiscales qui nous permettent d’avoir des revenus plus importants…

Et de soulager ceux qui payent !

Exactement. Il est certain qu’actuellement la justice fiscale doit être obtenue, qu’il s’agisse des salariés ou des entreprises. L’une des préoccupations des acteurs de ce système est de toucher ceux qui ne payent pas et il y a un certain nombre de choses que nous sommes en train de discuter afin de les mettre en place.

Il y a vraiment un manque au niveau de l’administration fiscale et nous avons quelques moyens qui nous permettent de voir l’impact des décisions dans le domaine fiscal et je pense que ces méthodes ne sont pas encore très avancées ni développées, il faut en faire des outils plus performants qui nous permettent de prendre des mesures efficaces qui puissent rapporter et non de prendre des mesures dont le poids fiscal serait limité et qui pourraient générer un mécontentement très important.

Quels sont les résultats des audits des banques ?  Pourquoi celui de la BNA n’est-il pas encore prêt ?

Comme vous l’avez dit, le gouvernement a envisagé l’audit des trois banques publiques, deux sont au stade final de l’audit, la STB et la BH.  Pour la BNA il y a eu un retard très important lié à la qualité des entreprises qui ont été engagées, nous sommes en train d’accélérer le processus pour engager une autre entreprise pour véritablement rattraper le temps perdu et avoir l’audit en même temps.

Pour les deux premières banques, l’audit comprend deux étapes : un audit complet, global, qui ne comprend pas que l’aspect financier, mais aussi institutionnel, managérial, l’aspect des ressources humaines, donc pratiquement l’ensemble des aspects liés au management de la banque. La deuxième étape qui a commencé concerne les propositions pour redynamiser les banques et leur donner une plus grande présence et un plus grand dynamisme. Je pense que le premier résultat de l’audit justifie la pertinence de cet exercice, parce que les deux audits ont mis en exergue les difficultés de ces banques, qui ne sont pas seulement des difficultés financières, mais qui sont liées à des aspects institutionnels, à des aspects liés à leur positionnement sur le marché. Ces audits justifient la volonté du gouvernement de procéder à une vraie réforme de ces banques, pour mieux les positionner sur le marché. Actuellement cette réforme s’intéresse seulement aux trois banques publiques, je pense qu’il faudrait aller plus loin, vers l’ensemble du métier. J’ai rencontré les PDG de toutes les banques exerçant en Tunisie et nous avons convenu de travailler pour porter une véritable réforme bancaire qui s’impose et qui serait un élément essentiel pour le développement de ce secteur de notre économie.

Le déficit des entreprises publiques plombe le budget de l’État. Parmi les solutions, envisagez-vous la réduction des effectifs ?

On a commencé à discuter la question des entreprises publiques qui, comme vous le dites, est importante. C’est probablement là que nous sommes en train de finaliser l’audit financier pour avoir une idée sur l’ampleur des dérives et des déficits des vingt-huit entreprises publiques les plus importantes…

À combien se monterait le déficit ?

Je vous donnerai le chiffre dans la semaine, car je ne suis pas satisfait de celui que j’ai actuellement. Ce que nous voulons, pour les entreprises publiques, c’est avoir une approche globale de la situation. Jusqu’à présent la démarche qui a dominé dans la discussion avec les entreprises publiques c’est que celles qui ont des difficultés demandent des ressources supplémentaires à l’État pour continuer leur exercice. Nous allons maintenant inscrire notre action dans une démarche différente qui serait d’établir des “contrats à objectifs” avec toutes les entreprises, en contrepartie d’une certaine souplesse et de l’appui de l’État. Il faut voir ce que les entreprises doivent faire, y compris dans le domaine des ressources humaines.

Leur donner plus d’autonomie ?

Oui et surtout voir les économies qu’elles veulent faire, le positionnement stratégique auquel elles aspirent. J’ai encouragé les entreprises publiques à faire des audits stratégiques ; une entreprise publique à laquelle on donne seulement des ressources financières et qui ne prend pas le temps de réfléchir à sa position sur le marché et de faire un plan stratégique est une entreprise qui nous reviendra à nouveau pour nous demander de nouvelles ressources. Nous leur demandons d’engager des bureaux d’études internationaux pour réfléchir sur leur avenir stratégique.

Votre démarche est de leur demander de faire un vrai diagnostic ?

Exactement. Venir au Conseil des ministres avec un vrai diagnostic pour savoir, au-delà des ressources financières, quelles sont les décisions à prendre pour assurer un meilleur positionnement pour garantir leur viabilité.

TUNISAIR est une entreprise-phare qui représente la souveraineté tunisienne. Je sais que vous êtes à son chevet. Est-ce qu’il y a bon espoir qu’elle puisse se relancer ?

Comme beaucoup d’entreprises publiques, la situation de TUNISAIR est critique et nous le savions depuis très longtemps. Nous allons aider la société à surmonter la passe difficile, mais aujourd’hui TUNISAIR a besoin d’une vraie réflexion stratégique sur son positionnement dans un marché de plus en plus concurrentiel, et d’une réflexion sur l’aviation civile où il y a de plus en plus de pression pour l’Open sky. Elle doit commencer une étude stratégique qui va permettre de voir quel sera son positionnement sur l’avenir du marché.

TUNISAIR a beaucoup souffert pendant les dernières années de l’ancien régime à cause d’un certain nombre de dépenses qu’on l’a obligée à faire… et même après la Révolution puisqu’on l’a obligée à recruter des intérimaires…

En effet, mais je pense que TUNISAIR a besoin d’une réflexion stratégique sur ce qu’elle doit faire, et qu’elle ne peut pas se limiter à ses courts besoins financiers, mais aussi au contrôle de la qualité du service, de la relation avec la clientèle et à un certain nombre d’autres choses. TUNISAIR est une grande entreprise-phare du domaine de la souveraineté, elle doit avoir une réflexion stratégique sur son avenir, sur les alliances qu’elle doit passer. Nous sommes prêts à l’aider, comme d’autres entreprises publiques, mais en même temps nous souhaitons avoir une discussion beaucoup plus stratégique, qui ne se borne pas aux aspects financiers.

Quelles solutions faut-il privilégier pour sauver l’hôtellerie surendettée auprès des banques ?

Je pense qu’il y a deux questions de principe : l’importance du tourisme et celle de l’hôtellerie, c’est un choix stratégique.

Le projet économique du gouvernement se décline en grandes initiatives nationales et en objectifs sectoriels. Le secteur du tourisme fait partie des objectifs stratégiques pour 2014 et nous espérons accueillir 7 millions de touristes pour l’année. C’est un objectif pour que les hôtels puissent travailler, mais aussi pour que l’économie nationale puisse créer des emplois, des revenus. Il faut que le secteur du tourisme reste un secteur stratégique dans les nouvelles priorités du gouvernement. Ceci étant, nous sommes tous conscients des difficultés que rencontre le secteur touristique et nous savons que le règlement de la question du secteur est lié aussi à la situation des banques, c’est-à-dire qu’à travers un règlement du secteur touristique on parviendra à aider les banques dans une grande partie de leur créances. Une des idées sur lesquelles nous sommes en train de travailler c’est de créer une instance qui va gérer les créances des banques et particulièrement celles du secteur touristique, nous sommes en train d’y réfléchir avec la Banque mondiale et la BIRD. L’objectif de cette instance est de reprendre un certain nombre de créances et notamment celles du secteur touristique et de donner une nouvelle chance à l’ensemble du secteur et de travailler de manière  très étroite avec ces hôtels pour les aider à redémarrer et à continuer à constituer un secteur important, pour ceux qui sont capables de le faire et en ont les moyens. Nous connaissons la situation du secteur touristique…

Beaucoup d’hôtels souffrent d’un endettement excessif auprès des banques et d’ailleurs beaucoup reprochent un certain nombre de dérives dans les intérêts, la faute est peut-être partagée aussi…

J’en suis conscient, je discute régulièrement avec les deux parties, les hôteliers et les banques. Cette situation doit être réglée en bonne entente, le gouvernement suivra cette situation de très près en prenant en considération la volonté du gouvernement que les hôtels fonctionnent, que l’hôtellerie continue à attirer les investisseurs et constitue un secteur d’activité pour les investisseurs locaux et étrangers tout en s’assurant que cette activité prenne en considération les intérêts des banques et tout cet effort de recapitalisation des banques.

Donc les solutions que vous avez préconisées consistent à soulager les banques et en même temps les hôteliers ?

Mon principe est très simple : je souhaite soulager les banques, mais en même temps soulager le secteur touristique. Vous savez aussi bien que moi qu’il y a des hôtels qui fonctionnent très bien, d’autres qui, probablement du fait de l’ampleur de l’investissement, auront de grosses difficultés structurelles. Une grande partie des hôtels est dans une situation de difficultés de trésorerie, d’endettement de trésorerie, etc., mais avec des propriétaires qui sont prêts à continuer l’aventure, à vouloir continuer l’investissement. Donc l’idée est de nous concentrer sur cette partie, soulager les banques et en même temps donner une chance à ceux qui veulent continuer à croire en l’avenir de l’investissement dans le secteur hôtelier, qui est véritablement un secteur important pour notre économie. C’est cette démarche que nous allons mettre en place et nous sommes d’autant plus optimistes que cette idée commence à intéresser beaucoup d’institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale et la BIRD.

C’est la décision que l’ATFD avait prise, dans le cadre de la mise à niveau du secteur industriel, elle avait donné des crédits aux entreprises, donc il faut assainir avant de mettre à niveau.

Absolument. C’est un peu cela et nous sommes confiants dans la possibilité de le faire, parce qu’il y a des institutions internationales qui sont prêtes à nous suivre, donc cela veut dire que ce n’est ni le citoyen ni la communauté qui vont supporter ces efforts financiers. Et je reste déterminé sur l’engagement des investisseurs dans le domaine de l’hôtellerie…

Vous pensez résoudre le problème lors de votre mandat ?

En tout cas, on va au moins essayer de tout mettre en place pour qu’après notre départ, ce travail soit fait dans un état d’esprit qui prenne en considération la grande importance du secteur touristique, l’intérêt des banques publiques et privées et surtout encourage les investisseurs à croire en l’avenir du tourisme en Tunisie.

La semaine dernière les propriétaires de journaux se sont mobilisés pour attirer l’attention sur la précarité de leur situation. Aujourd’hui tout le monde sait que la presse écrite est menacée de mort, de disparition, malgré tous les efforts qui ont été faits par la Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ) depuis trois ans. Elle n’a pas été suivie d’effet ; pis encore, la situation s’est détériorée et aujourd’hui c’est un cri d’alarme que nous lançons. Connaissant votre fibre journalistique et votre sensibilité, est-ce que votre gouvernement va tendre la main à ces éditeurs, ces directeurs de journaux, pour sauver, au-delà des entreprises de presse, leur indépendance, et pemettre d’assurer une bonne transition démocratique avec des journaux indépendants ? La réussite de la transition démocratique dépend en grande partie de l’existence de médias transparents qui jouent le rôle de leaders d’opinion. Nous sommes dans une situation totalement désespérée et nous lançons un appel au gouvernement pour sauver ce qui peut l’être encore, sachant qu’il n’y a pas de groupe de presse qui puisse avoir l’assurance de se maintenir.

Je pense que la présence d’une presse indépendante et professionnelle est un élément essentiel non seulement de la transition, mais également du fonctionnement des sociétés démocratiques. La presse reste un pouvoir très important. Ayant été à Réalités et connaissant d’autres entreprises de presse je suis conscient des difficultés qu’elles connaissent et je pense qu’il faut effectivement qu’il y ait une action déterminée pour aider la presse. Je pense que dans tous les pays démocratiques, il y a un certain nombre de secteurs qui ne peuvent pas survivre par leurs propres moyens, à savoir le secteur de la presse, de l’agriculture, etc., parce que ce sont des secteurs qui ne sont pas rentables par eux-mêmes, mais qui sont socialement importants, on ne peut pas se permettre de les négliger. Aujourd’hui nous avons intérêt à ce que la presse soit libre, qu’elle continue à prospérer en restant professionnelle et respectueuse de la déontologie, au service de la démocratie. J’en suis convaincu. Il faudrait étudier les propositions que vous avez formulées.

On compte sur vous pour sensibiliser les responsables…

Je pense que vous avez demandé un rendez-vous avec le chef du gouvernement qui est lui-même convaincu de la nécessité de maintenir la presse et nous allons travailler ensemble pour mettre en place des mesures qui vous permettront, je l’espère, de continuer à travailler de manière très forte. Le secteur de la presse est un secteur global qui demande un regard global pour poser les fondations pour un développement de la presse. Je suis prêt, au niveau de mon département, à étudier, si une réforme structurelle prend du temps, un certain nombre de mesures qui permettraient, à court terme du moins, de soulager la presse et lui permettre d’être un acteur important dans cette transition.

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