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Crash de l’avion militaire libyen à Grombalia : accident ou acte prémédité ?

avion  LibyeL’énigme du crash de l’avion militaire libyen, à Grombalia vendredi dernier, peu avant l’aube, n’a pas été encore élucidée, en attendant ce que va révéler le contenu des boites noires. S’agit-il d’un simple accident ou d’un acte prémédité ?

La question mérite d’être posée surtout lorsque l’on sait qu’il  y avait à bord de l’appareil un élément d’Al-Qaïda. Le 21 février à 1 h 30, un avion médical de type Antonov 26 appartenant à l’armée de l’air libyenne est tombé dans le village de Nianou (Grombalia). Quelques minutes auparavant, le pilote avait averti la tour de contrôle de l’aéroport Tunis-Carthage que l’avion avait un problème au moteur, lequel commençait à brûler.

Il n’a même pas eu le temps de finir son deuxième appel que la catastrophe a eu lieu. On déplore un bilan lourd de onze morts, soit tous ceux qui étaient à bord. Heureusement que le pilote a eu l’intelligence d’arrêter le moteur de l’avion et de s’approcher d’un terrain agricole afin d’éviter que le crasch ne se produise sur une zone habitée.
 

Parmi les onze victimes, on compte deux malades : Noureddine Ali Essid et Meftah Dhaouadi, trois accompagnants (Abdelhakim Ali Essid, Walid Saleh Essid, Tahar Abdelhakim Chérif), un médecin (Mosbah Mohamed Akil) et cinq membres d’équipage, selon les déclarations du colonel Abdessalem Bitrou à l’agence de presse libyenne. Les corps calcinés ont été tout d’abord transportés à l’hôpital à Tunis pour identification, avant d’être transférés en Libye. 

Questionnements sur les capacités de l’avion

Cet accident pose beaucoup de questions, puisque plusieurs points demeurent flous. Tout d’abord le vol nocturne d’un vieil avion, qui devait avoir pas moins de 30 ans. Un appareil dont l’achat remonte à 1980 quand la Libye en avait acheté 30 pièces, dont actuellement cinq sont seulement en fonction et afin de transporter des malades. Il est à préciser qu’il existe 1410 appareils de ce type dans le monde qui sont sortis des usines Antonov de Kiev entre 1968 et 1985, année de l’arrêt de la production.

La spécificité d’un tel appareil «est qu’il est un avion à hélice, de moyen courrier et qui n’est pas très difficile à piloter», indique Noureddine Enneiffer, expert sécuritaire. Il est généralement utilisé dans le transport de matériels, de soldats ou de malades.

Programmer un vol nocturne pour un avion pareil représenterait un risque, car «il n’a pas les spécificités techniques requises, puisque ses radars de navigation ne sont pas au point», affirme Enneifer.

L’autre point ambigu de cette affaire est que l’avion n’avait pas de plan de vol clair. En outre, quand il a eu une panne dans le moteur, il était à 15 kilomètres de l’aéroport d’Enfidha où il aurait pu effectuer un atterrissage d’urgence, d’autant plus qu’il lui fallait seulement six minutes pour le rejoindre.

Meftah Dhaouadhi : qui est-il ?

Ce qui a donné de l’ampleur à cette affaire est surtout la présence à son bord d’un élément d’Al-Qaïda, le nommé Meftah Dhaouadhi (alias Abou Abdelghaffar). Il s’agit de l’ex-émir du Groupe islamique combattant libyen (GICL), affilié à la nébuleuse terroriste et qui a combattu en Afghanistan. Ce leader a beaucoup voyagé au Soudan et à l’est de la Libye dans le cadre des tentatives de son groupe pour renverser le régime de Kadhafi qui se sont soldées par un échec en 1999 et par l’emprisonnement de ses leaders. Dhaouadhi, arrêté sur la frontière égypto-libyenne en 1992, est resté en prison jusqu’au 16 février 2011, soit la veille de la révolution (le 17 février). À sa sortie, il a participé activement à cette révolution durant laquelle il a mené la guerre contre les forces de Khadafi à partir de Misrata, sa ville d’origine. Après la chute du régime, il a été nommé Secrétaire d’État au ministère des Martyrs, des blessés et des disparus dans le gouvernement d’Abderrahim el Kib et il figurait parmi les candidats aux élections du Congrès national libyen en juillet 2012.

La présence de cet élément dans l’avion n’est pas un détail anodin. Elle est d’autant plus suspecte qu’il était accompagné de quatre éléments d’Ansar Acharia de la zone ouest de la Libye (Sabrata ) à savoir Noureddine Ali Essid, Abdelhakim Ali Essid, Walid Salah Essid et Tahar Abdelhakim Chérif. Ce fait confirmerait-il l’hypothèse que ces voyageurs ne partaient pas à Tunis pour des soins ? Selon Enneifer, «ce groupe se dirigerait peut-être vers la capitale pour avoir un meeting avec d’autres éléments d’Ansar Acharia locaux ou venus d’autres pays». Une autre hypothèse serait que «ces éléments transportaient clandestinement, une grosse somme d’argent. D’où l’absence d’un plan de vol clair et l’insistance du pilote pour atterrir à Tunis, plutôt que de se diriger vers l’aéroport d’Enfidha, plus proche

Toutes les pistes sont possibles. N’oublions pas qu’Abou Iyadh (ancien chef avant d’être capturé), était sous la protection de Dhaouadi et de sa milice à Misrata et que ce dernier était très actif en Libye et avait des relations avec Ansar Acharia dans la région.

D’autres hypothèses ont été évoquées, à savoir qu’il s’agirait d’une opération pour éliminer Dhaouadi et ses compagnons, en mettant une bombe dans le moteur.

Pour élucider ce mystère, il va falloir attendre ce que révélera l’analyse des deux boites noires envoyées en Russie.

Hanène Zbiss

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