Réduire la fragilité: Principal défi des politiques économiques ! N° 1461-1462

Un autre regard

Par Hakim Ben Hammouda

 

La notion de fragilité économique est relativement nouvelle dans le débat économique. Elle a été utilisée dans différentes études et diagnostics économiques depuis l’éclatement de la grande crise globale à l’automne 2008. Cette crise qui est partie du secteur des subprimes aux États-Unis avant de toucher le secteur bancaire et financier pour devenir une crise de l’économie réelle est devenue un phénomène global qui a touché toutes les économies. La crise a été à l’origine d’une importante réaction de la part de la communauté internationale avec notamment la formation du G20 devenu rapidement l’organe de coordination des politiques économiques globales.

Après le premier sommet de Washington en novembre 2008, c’est surtout le sommet de Londres en avril 2009 qui va permettre à la communauté internationale d’apporter une réponse vigoureuse et à la hauteur des défis posés par les années finance folle. La réponse de la communauté internationale a visé plusieurs objectifs dont la relance des économies, le sauvetage des grandes banques empêtrées dans la crise, une plus grande régulation du système financier et la réforme des institutions internationales pour assurer une plus grande présence des pays émergents dans la gouvernance globale. La vigueur et l’ampleur de la réaction de la communauté internationale ainsi que l’ouverture de la coordination des politiques économiques aux pays émergents ont ouvert une nouvelle ère dans la gouvernance économique mondiale. Mais, surtout cette réaction a permis d’éviter la transformation de cette crise dans une déflation de l’ampleur de la grande crise des années 1930.

En dépit de cette réaction, l’économie mondiale reste fragile et la reprise relativement faible. Les grandes banques, si elles ont pu sortir de la passe difficile de 2008, elles poursuivent d’importants efforts afin de renforcer leurs bilans. Les pays développés continuent aussi à connaître d’importants déficits externes et un fort d’endettement. Par ailleurs, la crise des dettes souveraines en Europe noircit l’horizon de la croissance globale et rend la sortie de crise plus problématique. Ces perspectives sont d’autant plus fragiles que les pays européens, sous l’influence de l’Allemagne, ont décidé de mettre fin rapidement aux politiques non conventionnelles de relance pour renouer avec les politiques traditionnelles de stabilisation qui ont eu pour effet immédiat de fragiliser la croissance économique. En dépit des pressions des pays qui ont poursuivi leurs politiques contra-cycliques mises en place avec la crise, notamment les États-Unis, la plupart des pays européens ont maintenu le cap de la stabilisation depuis plusieurs années et rendent ainsi la coordination des politiques économiques globales relativement difficiles.

C’est dans ce contexte de faible coordination des politiques économiques, de l’atonie de la croissance et d’une grande incertitude économique que la notion de fragilité a frayé son chemin dans le débat économique. L’idée derrière cette notion est de mesurer la capacité des pays à faire face à des chocs externes et à disposer des ressources nécessaires pour rebondir.

Cette notion nous paraît aujourd’hui intéressante pour saisir la situation des économies arabes, particulièrement dans le contexte du Printemps arabe et des transitions en cours. La question essentielle est de mesurer la capacité de résilience des économies arabes prises en étau entre une crise globale dont l’impact se fait de plus en sentir et les défis des conflits liés aux transitions en cours.

Les difficultés économiques étaient postérieures à la Révolution et les modèles de développement avaient atteint leurs limites dans la plupart des pays arabes avant les changements. Mais, le vent des changements révolutionnaires seront à l’origine de nouveaux défis économiques. Les gouvernements arabes ont cherché à apporter des éléments de réponse à cette détérioration rapide de la situation économique. Mais, ces politiques de relance n’ont pas eu les effets escomptés dans la plupart des pays arabes.

En effet, la croissance, même si elle est positive, est restée faible. Par ailleurs, ce nouveau modèle de croissance porté par la consommation a été à l’origine d’une grande dégradation de la situation macroéconomique et des grands déséquilibres. Enfin, l’amélioration de l’emploi est restée faible.

 C’est dans ce contexte de détérioration de la situation économique dans environnement marqué au niveau interne par les défis de la transition économique et au niveau global par l’impact de la crise mondiale que la notion de fragilité des économies a toute sa pertinence dans nos pays. L’objectif des politiques économiques aujourd’hui est de répondre à cette fragilité et de relancer les sources de croissance de nos économies.

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