Cinéma: « La mémoire noire » Témoignages sur la torture sous Bourguiba

 

«La mémoire noire, témoignages contre l’oubli », de Hichem Ben Ammar, a été présenté en avant-première samedi 7 décembre à Tunis, au cinéma Le Mondial. Ce documentaire, consacré au mouvement « Perspectives », est le premier volet d’une investigation sur l’histoire de la torture en Tunisie. Le film a été commandé par le Mémorial de l’ancienne prison de la Stasi à Berlin, et coproduit à Tunis par 5/5 Productions.

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Le mouvement de gauche « Perspectives », créé en 1963, a fait l’objet d’une répression féroce de la part du président Habib Bourguiba : arrestations à partir de 1968, série de procès politiques dans les années 70, lourdes peines d’emprisonnement et torture systématique.

Le film de Hichem Ben Ammar, repose sur les témoignages de quatre personnalités : Hachemi Troudi, journaliste et auteur d’un ouvrage sur le mouvement « Perspectives », emprisonné de 1968 à 1970 et de 1973 à 1979 ; Ezzedine Hazgui, éditeur et éternel opposant (il fut le premier candidat à se présenter contre Ben Ali à la présidentielle de 1989), emprisonné, lui aussi, de 1968 à 1970 et de 1973 à 1979 ; Fethi Ben Haj Yahia, un des leaders de la seconde génération du mouvement, emprisonné de 1975 à 1980, et auteur du livre-témoignage « La gamelle et le couffin » ; et Simone Lellouche, veuve d’Ahmed Othmani, qui fut le leader de « Perspectives » dès 1964.

Leurs récits font froid dans le dos : la torture, atroce, bien sûr, mais aussi les conditions de détention, le manque d’hygiène et la malnutrition. Mais les victimes racontent aussi, parfois avec humour (noir), le rapport complexe qui s’établit entre le tortionnaire et le torturé, le premier se dissimulant derrière la « nécessité » de « faire le sale boulot », le second cherchant en vain l’humanité dans le regard de son bourreau. Mais aussi la difficulté de pardonner, l’impossible oubli, et l’émotion de la Révolution du 14 janvier 2011, tant d’années après.

« Il est absurde de dire que Ben Ali est pire que Bourguiba. Ben Ali est sa continuité. Il était tellement médiocre qu’il n’a fait que reproduire les mêmes méthodes et procédés de répression de son prédécesseur », rappelle Simone Lellouche, lisant les lettres envoyées à l’époque depuis la prison par son mari.

Pour Hichem Ben Ammar, initiateur des Caravanes documentaires, qui sillonnent la Tunisie chaque année depuis 2011 pour projeter des films dans les régions privées de cinéma, et créateur du festival des Douz Doc Days, « ce film sur la mémoire est indispensable aujourd’hui car il peut nous aider à réfléchir sur la justice transitionnelle ».

Il est temps en effet d’ouvrir le débat, alors que Human Rights Watch, vient de publier un rapport inquiétant sur les mauvais traitements en garde à vue et dans les lieux de détention en Tunisie.

Perrine Massy

 

 

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