Blanchiment d’argent en Tunisie: levier du terrorisme et de la contrebande

Blanchiement d'argent

Le nombre des milliardaires en Tunisie aurait cru de 16,2% entre 2011 et 2012. La Tunisie est classée à la 120e place mondiale en termes de « finances saines ». Y aurait-il un rapport entre les deux classements ? L’argent sale en serait-il à l’origine ?

 

Abderrahman Ladgham, ministre auprès du chef du gouvernement chargé de la Gouvernance et de la lutte contre la corruption, estime que 20% du PIB provient du commerce illicite. Bien que difficile à quantifier en Tunisie depuis la Révolution, un total de 1000 déclarations de suspicion de blanchiment d’argent ont été déposées à la Commission tunisienne des analyses financières (CTAF). 249 déclarations de suspicion ont été déposées par des banques et des sociétés d’assurances, dont les premiers responsables sont des personnes politiquement exposées (PPE) c’est-à-dire des politiciens en fonction. 119 ont été transférées à la justice, dont 58 ont donné lieu à un gel des avoirs des personnes impliquées. Outre les PPE, les banques et le marché financier sont les meilleurs canaux de circulation de l’argent sale.

Outre un impact conséquent sur l’économie nationale en termes de fiscalité, puisque cet argent n’est pas sous contrôle fiscal, le blanchiment d’argent converge dans la plupart des cas avec le commerce parallèle ou le terrorisme. En effet, le blanchiment d’argent en Tunisie apparait sous de nouvelles formes et fait partie de tout un circuit de transactions corrompues. D’une part, nous avons un  commerce parallèle qui représente plus de 50% de l’économie nationale et selon l’UTICA, plus de 85% des entreprises opèrent dans l’informel. D’autre part nous avons le terrorisme qui a fait une ascension depuis la Révolution.

Comment peut-on établir le lien entre le blanchiment d’argent, le commerce parallèle et le terrorisme ? Les associations en nombre de 16.000 en Tunisie, deviennent difficiles à contrôler (activités, financement, etc). Des milliards en devises sont entrés et sortis des comptes de ces associations sans qu’on sache ni leur provenance ni leur finalité. C’est l’argent de ces associations, dont l’origine est inconnue, qui finance le terrorisme. Nabil Abdellatif, président de l’ordre des experts comptables, a signalé que son institution a découvert des dossiers de blanchiment d’argent même avant la Révolution, mais le problème qui empêchait de suivre ces dossiers était le manque de visibilité et des moyens de protéger celui qui déclare le crime. Aujourd’hui, certes les langues se sont déliées et il est plus facile de dénoncer des crimes, mais il est impératif de mettre en place un  observatoire spécialisé qui aura la mission de gérer ces dossiers. Bien qu’on soit toujours dans le théorique, à travers le CTAF, le pôle juridique et financier pourrait être l’institution adéquate. Ceci dit, ce pôle intervient après coup, il nous faudra donc une institution qui permet d’agir en amont pour la prévention contre le blanchiment d’argent. Ceci est indispensable lors des appels d’offres. D’ailleurs, la Tunisie a failli vendre les parts de la Banque de Tunisie à un donds suspect, il s’agit d’un Fonds de Luxembourg dont les sources de financement étaient inconnues. À l’échelle internationale, sur le marché mondial, une affaire de blanchiment d’argent, à travers une société écran implantée en Tunisie, a été démasquée.  Deux millions d’euros ont été gelés et l’affaire est actuellement entre les mains du Pôle juridique et financier.

 

Comment prévenir le blanchiment d’argent

Les moyens de prévention du blanchiment d’argent sont multiples mais difficiles à réaliser actuellement dans l’environnement d’insécurité qui règne dans le pays. Une mesure serait efficace dans l’immédiat et qui a été saluée par l’Ordre des experts comptables et faisant partie de la loi des Finances de 2014. Cette mesure propose de baisser les transactions cash à moins de 20.000 dinars. Cela permettra de baisser le flux illicite d’argent. Abderrahman Ladgham, ministre auprès du chef du gouvernement chargé de la Gouvernance et de la lutte contre la corruption, insiste sur le renforcement du  cadre juridique, la diffusion de la culture de l’honnêteté et l’intégrité et la création de nouvelles sources de revenus stables. Selon le ministre, le département chargé de la gouvernance et de la lutte contre la corruption a adopté une démarche globale basée sur l’identification des zones à risques, le renforcement de la coordination entre les différents intervenants à l’échelle nationale et internationale, la réforme des systèmes financier, fiscal, douanier et bancaire, la protection des divulgateurs, ainsi que le renforcement de la loi sur la déclaration des biens.

N.J

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