L’ingérence continue…

Le personnel de La Presse refuse catégoriquement la nomination du nouveau PDG, Mongi Gharbi, à la tête de l’entreprise d’information publique SNIPE La Presse Essahafa. Une décision considérée comme unilatérale et arbitraire. Éclairage.

Une Assemblée générale a été organisée, jeudi 30 octobre, au sein du journal, décidée par le syndicat de base du quotidien La Presse de Tunisie. Cette Assemblée a réuni journalistes, techniciens et personnel de l’administration. Dans le communiqué publié le 1er novembre, les employés ont vivement dénoncé la nomination du nouveau PDG. «Cette décision unilatérale est en total décalage avec le climat de dialogue et de concertation politique entamé à l’échelle nationale. Elle est l’œuvre précipitée d’un gouvernement de gestion d’affaires courantes. Y a-t-il revanche contre un journal dont la ligne éditoriale n’a que trop dérangé?», se demande Hédia Barakat, journaliste.
Mercredi 29 octobre, le gouvernement démissionnaire d’Ali Laarayedh a rendu publique la décision de la nomination. Aussitôt, une mobilisation générale a été proclamée au sein de la rédaction. «L’heure de la nomination coïncidait avec le moment des attentats de Sousse et Monastir. Était-ce une tentative de camouflage?», se demande Olfa Belhassine. «Nous dénonçons le caractère unilatéral et précipité de cette décision, qui survient juste après l’élection transparente d’un nouveau rédacteur en chef (Slah Grichi)», soulignent certains journalistes du quotidien.
À rappeler que Mongi Gharbi a été  rédacteur en chef de janvier 2012 à août 2013, avant de présenter sa démission. Et à de multiples reprises, il avait essayé de «confisquer la ligne éditoriale du journal», comme l’affirment ces derniers.

L’épineuse question de l’indépendance des médias
Cette affaire a déclenché une polémique autour de l’indépendance des médias publics en Tunisie. «Au moins, trois organisations professionnelles auraient dû être consultées pour nommer Mongi Gharbi à la tête de La Presse», précise le communiqué.
Il s’agit : du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), du syndicat général de la culture et de l’information et du syndicat des patrons de presse.
La coalition civile pour la défense de la liberté d’expression a considéré, pour sa part, que la décision du chef du gouvernement est une nouvelle forme de «violation du droit des citoyens à une information publique libre et indépendante» et d’hégémonie du pouvoir exécutif. Elle a exprimé son souhait de voir le prochain cabinet de compétences réviser toutes les nominations arbitraires effectuées par le gouvernement de la Troïka à la tête des médias publics, et ce, conformément aux conditions définies dans le rapport de l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (INRIC), concernant le choix des directeurs des médias publics.
La coalition a rappelé que l’INRIC, le Centre de Tunis pour la liberté d’expression, et la coalition civile pour la défense de la liberté d’expression avaient appelé à la mise en place d’un nouveau système de nomination basé sur l’examen des dossiers de candidature suivant des critères de compétence et d’indépendance De son côté, le nouveau PDG de La Presse a affirmé qu’il ne souhaite pas réagir aux protestations des journalistes.
Ces derniers comptent désormais continuer la mobilisation. «Nous allons sensibiliser les députés de l’ANC, le quartet et les politiques à notre cause. Pour nous, cette nomination est illégale !», affirme Olfa Belhassine.

                                                                                                                                                              Chaïmae Bouazzaoui

 

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