La photographie comme vecteur de promotion

Du 20 au 23 mai, 30 photographes euro-maghrébins ont collaboré dans " Le Projet Sfax patrimoine mondial ",  organisé et financé par la Délégation de l’Union européenne qui a  pour but d'encourager la candidature de la Médina de Sfax au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le résultat : une exposition qui se tient jusqu’au 15 décembre, à la galerie de la Kasbah et à l'avenue Hédi Chaker à Sfax.

 

L’exposition a été  inaugurée, le 13 novembre à 18 h, par S.E. Mme Laura Baeza, ambassadeur, Chef de la Délégation de l’Union européenne en Tunisie : « C’est le travail de toute une équipe. Mon rôle était de réunir toutes les institutions et tous ceux qui aiment la ville de Sfax, à savoir les associations, les artisans, l’école des Beaux-arts, les Clubs photos et les guides bénévoles ».

 

Une résidence d’artistes pour explorer la ville

« Le Projet Sfax patrimoine mondial » est  une initiative de la Délégation de l’Union européenne en  Tunisie. Il s’agissait en premier temps, d’organiser une résidence euro-maghrébine de photographes, avant de leur permettre d’exposer leurs œuvres. L’objectif étant de favoriser l’échange  entre les artistes des différents pays participants par le biais de l’art de la  photographie. Le  choix de Sfax comme cadre et comme sujet pour cette résidence, était motivé par la volonté de promouvoir le patrimoine culturel si riche, mais méconnu de la ville. « Ces 120 photographies reflètent l’héritage culturel et les traditions locales de Sfax», explique Juan Angel de Corral, commissaire de l'exposition.

La ville de Sfax s’est révélée une terre inspiratrice par excellence pour les photographes qui y ont  séjourné, en mai dernier. Ils ont été charmés par son âme profonde et authentique qu’ils ont retrouvée dans les différents lieux : la Médina, la ville coloniale, le port aux salines à Tyna…Ils ont aussi bénéficié d’un accueil chaleureux de la part des habitants : artisans, historiens, militants de la société civile…

 L’équipe de  travail à Sfax a réuni  toutes les instances officielles, quelques institutions académiques, des associations locales, des volontaires qui se sont mobilisés afin d’accompagner  les photographes dans leurs découvertes des trésors cachés  et parfois inaccessibles de la ville et de ses alentours. Un vrai échange s’est établi entre les photographes et les locaux, autour d’un même projet : « Le Projet Sfax ». Un projet  qui s’est révélé fédérateur et vecteur pour la promotion de Sfax sur tous les plans.

 

Un regard différent sur la richesse culturelle de Sfax

Dans l’exposition, chaque photographe a cherché à donner sa vision personnelle de la ville et ce qu’elle lui a communiqué comme sensations. L’œuvre de l’allemand, Bernard Ludewing, est surréaliste. On est porté au cœur  de l'action, l’image n’apparait que pour mieux disparaître sous forme de bribes. Il a voulu démontrer l'abondance de la vie de la Médina et a réussi ainsi à saisir l'énergie qui s'en dégage.

L'Autrichien, Paul Ott a cherché, lui, à explorer ce qu'il y a derrière les portes des résidences habitées de la Médina .Il nous a fait partager ses précieux secrets. Le Finlandais, Akos Major,  a mis en valeur les différentes teintes de blanc de la saline de Sfax. Ons Abid, de son côté, a voulu jouer avec deux teintes le noir et blanc. J’ai essayé d'arrêter le temps : de la Médina à la ville coloniale, de la gare à la zone industrielle, en arrivant au port de pêche : 4 lieux qui illustrent le rapport différent avec la temporalité. Ouvrier derrière son casque à soudure, coiffeur derrière sa serviette, bijoutier derrière sa loupe, grand-mère derrière son ordinateur, tous témoignent de toute une culture ». Quant à Sabrina Belkhouja, touchée par la gentillesse, l'amabilité et le savoir-faire des Sfaxiens, elle en a fait l’objet principal de son œuvre. La photographe Héla Ammar, a utilisé, elle, les différents matériaux à sa disposition et plusieurs pratiques artistiques pour faire une installation photographique sur le thème de Sfax

Et qu’en est-il de la réaction des habitants par rapport à cet évènement ?

« Sfax est une ville de gens humbles et fiers, qui  a été délaissée pendant des décennies. Aujourd'hui, des artistes viennent nous faire réaliser la valeur du trésor qui est tout juste en dessous de nos pieds. Accaparés par nos tourments et par la routine, nous avons oublié à quel point cette ville est exceptionnelle. Nous souhaitons aujourd'hui qu’elle redevienne cosmopolite et propre comme avant », souligne un sfaxien, Khalil Dhieb, past -président du " Rotaract Flambeau "   

Espérons, que le comité du patrimoine mondial, juge  la Médina de Sfax  comme ayant une valeur universelle exceptionnelle.

A noter que l’exposition sera installée du 15 janvier au 10 février 2014 au Palais Kheiredine à la Médina de Tunis, ensuite elle partira en France et en Belgique .

Aida Kchaou

 

Colloque international  sur  “La représentation de la douleur dans le discours”

« Le discours de la souffrance »

 

L’étude de la transcription langagière et littéraire de la  douleur dans l’œuvre de différents écrivains et poètes, permet de remarquer que l’épreuve intime de la douleur conduit le scripteur à mettre en œuvre des formes scripturaires particulières qui la représentent dans le discours. 

 

Le colloque  qu’organise la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines (Université de Sousse) avec la collaboration de l’Université de Paris-Sorbonne, de l’Université El-Jadida, au Maroc et de la Revue Romane de l’Université de Copenhague, du Mercredi 27 au Samedi 30 novembre 2013, fera son objet de  cette émotion essentielle qui est la douleur et  de ce que d’aucuns appellent, plus généralement,   « le discours de la souffrance » et qui  semble procéder de la quête du sens  par l’esprit ou le corps souffrants, et de la volonté, chez le scripteur, mais, peut-être aussi chez le  récepteur du texte littéraire, de  dépasser, par la continuité de ce discours,  la brisure,  la désarticulation,  la fragmentation ou encore  la discontinuité  que la douleur  installe dans l’esprit ou dans le corps, et la solitude psycho-mentale à laquelle elle contraint le sujet. 

C’est en fait toute la question du poids du passé, des souvenirs (mal) refoulés, du regret, de l’ennui et de la rencontre avec soi et avec le monde qui est mise en jeu par la triple dimension, sensorielle, cognitive et affective,  autour de laquelle s’articule  cette émotion, accablante ou déstructurante, mais motivante, au sein de laquelle se construit  le discours :

On s’interrogera sur les traces scripturaires de la douleur  dans les diverses composantes textuelles de ce discours. On cherchera à préciser la manière dont est « nommée », dans le texte,  la douleur, souvent difficilement saisissable et adoptant quelquefois une expression détournée :  est-elle  toujours perceptible dans le sens  du texte ou  seulement portée par un autre langage « un langage sous les mots » (Lionel Ray) qui traverse tant le lexique que la grammaire, le rythme, la typographie et la ponctuation du texte, et qui exprime naturellement plusieurs thèmes à la fois,  tels la mort, l’absence, le regret, le mal être, le vague à l’âme, l’amour ou encore la maladie. On se demandera aussi si, dans la création de ce discours  motivé  par la douleur, celle-ci peut se transformer curieusement en  une « jouissance ». On répondra aussi à cette question principale : Pourquoi exactement parle-t-on de la douleur ou l’écrit-on dans le texte littéraire ?  Est-ce un acte volontaire ou un processus dont la motivation est inconsciente qui s’exerce à l’insu du scripteur ? Est-ce pour l’appréhender,  l’exorciser, l’apprivoiser, la comprendre en déchiffrant, par l’écriture, ses propres signes et en structurant dans les mots, ce qui est déstructuré dans l’être ou le corps par la douleur (l’écriture en miroir, spéculaire, ou l’écriture prophylactique, préventive)? La  douleur serait-elle une expérience initiatique, à travers et par  l’écrit,  pour se connaître  soi-même ? La douleur serait-elle le moteur même  de la création et sa raison d’être « L’écriture est un appétit pour un manque », disait René Char. Et le manque est aussi une douleur: douleur causée par  l’absence, la séparation, l’impossibilité de retrouver l’autre,  la frustration, etc.) ? Ecrirait-on la douleur pour en témoigner, pour rendre compte d’une existence marquée par une douleur individuelle ou collective (par exemple, La douleur de Marguerite Duras ; la douleur dans la littérature de l’exil, etc.).

Forme et sens de la douleur constitueront le contenu de ce colloque soutenu par l’Institut français de Tunisie et la Délégation Wallonie-Bruxelles à Tunis, et  auquel contribueront d’éminents professeurs-chercheurs, psychiatres et écrivains de Tunisie, de France, du Maroc, de Belgique, d’Allemagne et de Copenhague. Bienvenue à toutes et à tous !

Ridha Boukhris

 

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