De la légitimité électorale à la légitimité consensuelle

dialogue copieLa création d’un gouvernement de compétences nationales, avec le début imminent du dialogue national, permettra de passer de la légitimité électorale à la légitimité consensuelle. Un ensemble de défis lui seront posés et des questions urgentes sont à résoudre. Focus

Déclarations, contre-déclarations. Doute sur le sérieux d’Ennhadha concernant son acceptation de la feuille de route du quartette parrainant le dialogue et position tranquillisante de la part de l’UGTT. Une chose est sûre : le début du dialogue national est imminent. Ce dialogue permettra, selon un agenda bien précis, de choisir une personnalité nationale indépendante pour mener le cabinet de compétences et en définir les missions.

Tout d’abord, il est important de dire que ce gouvernement n’a pas une baguette magique et ne va pas résoudre tous les problèmes où baigne le pays depuis la Révolution et remontant même avant. Mais l’avantage d’un tel cabinet indépendant est qu’il permettra de rétablir la confiance, aussi bien au niveau du peuple tunisien que de la scène internationale.

Il aura besoin  d’un minimum de dix mois, voire d’une année, afin de pouvoir réellement entreprendre quoi que ce soit : prendre des mesures d’urgence au niveau sécuritaire et économique, réviser les nominations partisanes dans les rouages de l’État et accorder le temps nécessaire à l’instance indépendante des élections pour organiser le scrutin (au moins 8 mois.)

Il n’est pas sûr qu’Ennahdha et ses alliés acceptent ces délais, eux qui ne cessaient d’affirmer leur disposition à organiser les élections au plus vite (6 mois maximum). Même leur conception d’un gouvernement de technocrates  ne correspond pas à ce qui est proposé par le quartet et par le Front de Salut. Le parti islamiste reste attaché à l’idée d’un «gouvernement d’élection», dont la durée de vie ne dépasserait pas les deux mois, lesquels seraient consacrés uniquement à l’organisation du scrutin. Voilà une des premières questions épineuses qui sera posée durant le dialogue national.

 

Profil du prochain chef du gouvernement

La personnalité nationale et indépendance à qui incombera la charge de guider le prochain cabinet devra être consensuelle. Or comment arriver à un consensus alors qu’il existe trois types de profils proposés qui correspondent aux trois parties prenantes de la crise (Troïka, Front de Salut et quartet). En effet, le quartet guidé par l’UGTT opterait pour un chef de gouvernement qui aurait une fibre syndicaliste et qui serait sensible aux revendications des classes sociales et ouvrières, afin de mettre en place les mesures urgentes pour améliorer leur situation. Le nom de l’ex-ministre des Affaires sociales, Mohamed Ennaceur, est proposé comme candidat adéquat. Le Front de Salut choisirait un chef de l’Exécutif qui aurait un profil d’économiste, afin de réussir à sortir rapidement le pays de la crise économique et de rassurer les investisseurs. Ici, le nom de l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Mustapha Kamel Ennebli, est proposé. En ce qui concerne Ennahdha, il est préférable d’avoir une personnalité qui n’est pas hostile au parti islamiste, qui a un passé syndicaliste (nécessaire pour calmer les tensions sociales) et qui a travaillé avec l’ancien régime (donc elle connaît les rouages de l’État). Il opte, donc, pour Noureddine Hached, fils de Farhat Hached.

Or, le profil idéal pour la situation actuelle est un personnage charismatique, patriotique, ayant à la fois une expérience politique et une connaissance économique, capable de tenir le pays avec fermeté et de rétablir la sécurité et la paix sociale. Cette personnalité pourrait être étroitement aidée par un bon ministre de l’Intérieur, issu de l’appareil sécuritaire et d’un ministre de la Défense fort et ferme, pouvant faire face au terrorisme.

Quant au prochain cabinet de compétences, il devrait être composé d’un nombre restreint (pas plus de quinze personnes) de technocrates, connaissant très bien les dossiers brulants (pour ne pas perdre de temps à les étudier) et capables d’apporter des solutions rapides et urgentes dans le but d’arrêter, au moins, la chute libre de l’économie et de rétablir le contrôle de l’État sur son territoire.

 

Défis économiques et sécuritaires

Au niveau économique, un ensemble de mesures est à prendre. Tout d’abord, il faut que le nouveau gouvernement procède immédiatement à l’arrêt des augmentations de prix, afin de permettre au citoyen moyen de souffler un peu, lui, qui ne cesse de voir son pourvoir d’achat dégringoler de jour en jour. Il est, aussi, nécessaire de geler les augmentations de salaires, suite aux recrutements massifs au niveau de la fonction publique. Parallèlement, un accord doit être trouvé avec les partenaires sociaux pour installer une trêve sociale de quelques mois, voire d’une année. La politique d’austérité devrait continuer, mais il faut veiller à ce qu’elle ne touche pas, avec la même sévérité, les classes sociales moyennes et celles aisées. Une réforme rapide de la fiscalité s’impose, d’ailleurs, afin de ne pas taxer tout le monde de la même manière (les riches et les pauvres.)

Les zones intérieures du pays étant les plus touchées par la crise et la pauvreté, il est urgent de lancer un vaste programme de travaux touchant l’infrastructure, pour créer de l‘emploi et drainer des investissements. Dans les villes frontalières, il est aussi possible d’établir des zones de libre échange, afin de permettre à la population, qui gagne sa vie essentiellement grâce à la contrebande, de travailler dans la légalité.

Au niveau sécuritaire il est indispensable de lancer une lutte sans merci contre le terrorisme, en élaborant une stratégie globale, incluant le volet sécuritaire, politique et socioéconomique. Une meilleure coordination entre les ministères de l’Intérieur et de la Défense s’impose, ainsi qu’une collaboration renforcée avec les forces régionales et les pays voisins pour lutter contre le terrorisme. Rétablir la souveraineté de l’État et le sentiment de sécurité chez le citoyen est un élément fondamental pour créer un environnement de paix sociale où il est possible de construire et de produire. Il faut aussi réformer le système judicaire pour pouvoir punir ceux qui mettent en cause la stabilité du pays et faire respecter la loi.

 

Révision des nominations, garantie d’un scrutin transparent

Au niveau politique, dépasser la crise actuelle passe d’abord par un rétablissement d’un climat de confiance, ce qui nécessite de donner des garanties mutuelles aux uns et aux autres qu’il n’y aura aucun parti qui accaparera le pouvoir. Pour cela, il faut garantir des conditions de déroulement des élections transparentes et démocratiques, ce qui exige une Constitution consensuelle, une loi électorale neutre, une commission pour les élections qui soit indépendante et la révision des nominations partisanes. En effet, il est impensable de tenir un scrutin quand 19 gouverneurs sur 24 appartiennent actuellement à Ennahdha et de même pour les 236 délégués sur un total de 265, sans compter les nominations dans tous les rouages de l’État. Revoir ces nominations dans leur intégralité, ou du moins celles qui pourraient avoir une incidence directe sur le résultat du scrutin, est plus qu’urgent.

Le prochain gouvernement sera donc devant un vaste chantier. Sa seule garantie de succès est le consensus de toutes les parties.

 

Hanène Zbiss

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